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African Business

Kelvin Tan (Économiste) : « Comment Singapour mène sa politique en Afrique »

Concrètement, nous devons absolument survivre, face à tout, et que, pour cette fin, tous les moyens sont bons. Dans le sens où, à l’époque, il fallait créer des emplois, mettre fin à la corruption, construire les infrastructures, faire venir des touristes…

Et nous ne pouvions pas le faire en nous contentant de moyens conventionnels. Nous devions donc nous appuyer – deuxième composante de notre structure – sur un leadership orienté « entrepreneurs ».

Le troisième élément était constitué de ce que j’appellerais un conservatisme fiscal : ne pas trop s’endetter, conserver une gestion rigoureuse des finances publiques.

Singapour gère des fonds souverains… Comment expliquer la réussite de cette gestion ?

Je viens d’évoquer le conservatisme fiscal… C’est notre ministre des Finances de l’époque, Goh Keng Swee, qui est à l’origine de cette doctrine. Nous le considérons un peu comme le père fondateur de tous les outils de la financiarisation.

Moins de neuf ans après notre indépendance, qui était intervenue en 1965, un fonds souverain était créé ! Sur ce modèle d’une holding stratégique réunissant les actifs de l’État, Singapour est le « grand-père » de tous les fonds souverains qui ont été créés depuis… au Sénégal avec Fonsis, récemment, en Malaisie, au Vietnam, au Kazakhstan, etc.

Aujourd’hui, plusieurs pays africains rencontrent des difficultés à gérer les comptes publics et doivent s’endetter. Singapour, à l’époque, se trouvait dans la même situation ! Le pays a beaucoup d’actifs, des holdings d’État, pour chaque secteur d’activité : immobilier, banques, énergie, tourisme, etc.

En fait, nous avions pris conscience qu’en mettant ensemble toutes ces entreprises d’État – à l’époque, il y en avait 35 – dans une holding nationale, elles parviendraient à dépasser la faiblesse due à leur isolement. Il s’agissait de créer une cohérence de groupe en vue de la réussite d’une stratégie.

Ensuite, cela permettait de réduire considérablement et d’optimiser les coûts opérationnels. De cette manière, en s’appuyant sur une base d’actifs consolidée et sur le groupe comme garantie, l’État a pu lever des fonds à travers des emprunts et, plus tard, des émissions obligataires.

Ainsi, progressivement, nous sommes parvenus, en cinquante ans, à bâtir un groupe qui pèse plus de 200 milliards $ ! Ce groupe a constitué un levier pour le développement économique local et nous a aussi permis de nous construire et de nous développer en tant que place financière dans la mesure où les entreprises clé du groupe (une société télécoms, une compagnie aérienne, une banque…) étaient cotées en Bourse.

Par la suite, nous avons pu acquérir des participations stratégiques, aussi bien sur les marchés chinois qu’américains, ou européens. Nous ne nous sommes pas autant déployés que, par exemple, les fonds souverains norvégiens, mais nous sommes tout de même très bien positionnés en Asie.

Comment fonctionnent ces fonds souverains singapouriens, en matière de complémentarité, d’investissements ou de choix ?

Il me faut redéfinir la notion même de fonds souverain dans le contexte singapourien. Je les appelle des mini-fonds, mais destinés à des fins différentes. D’abord le fonds souverain Temasek, consolidé par les entreprises publiques, qui investit dans le privé.

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