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African Business

Kelvin Tan (Économiste) : « Comment Singapour mène sa politique en Afrique »

Le secrétaire général de la Chambre de commerce Afrique-Asie du Sud-Est, Kelvin Tan, détaille la stratégie en Afrique de cette grande place financière qu’est Singapour. Qui pourrait servir de modèle, notamment dans sa gestion de fonds souverains.

Propos recueillis par Guillaume Weill-Raynal

Comment définir vos fonctions ?

Je suis secrétaire général de la Chambre de commerce Afrique-Asie du Sud-Est (ASEACC). Je suis aussi associé-gérant d’un cabinet de consultants, Core Advisory, qui apporte des solutions vis-à-vis des marchés émergents.

Mon activité s’appuie sur l’expérience acquise en Afrique, en tant que directeur adjoint en charge d’une centaine de pays émergents au ministère du Commerce et de l’industrie de Singapour, suivi par la SFI (Banque mondiale) et la Banque centrale de Singapour.

Comment expliquez-vous cet intérêt de Singapour pour l’Afrique ?

En 2009, Singapour a pris conscience qu’il lui manquait une compréhension de l’Afrique. J’ai donc été désigné, dans un premier temps pour visiter des pays clés, et ensuite pour nouer des relations économiques et formuler une stratégie.

C’est dans ces circonstances que j’ai fondé le département Afrique du ministère du Commerce et de l’industrie de Singapour ; dans le cadre duquel nous avons rédigé un document qui portait sur la stratégie d’engagement économique.

Vers quels pays s’adresse cette stratégie ?

Globalement, l’Afrique présente des opportunités. Je ne vous apprends rien. Pour Singapour, c’est l’abondance des matières premières qui comptait, dans un premier temps ; l’Asie qui émerge en a, chaque jour, besoin pour sa consommation.

Singapour est située au coeur de cette problématique et doit pouvoir se positionner vis-à-vis d’un fournisseur de matières premières, de produits secondaires, et éventuellement de services, en provenance d’Afrique. C’est donc sur un axe Afrique-Asie que Singapour se positionne pour l’avenir.

Les Africains ne doivent pas regarder Singapour comme « une autre Chine », mais comme un partenaire qui peut aider le continent à former ses cadres, et à injecter un peu de l’ADN de Singapour dans celui du leadership africain, pour participer à l’institutionnalisation de la gouvernance future.

C’est ainsi que je définirais le cadre de notre stratégie. Pour y parvenir, nous avions besoin de trois piliers : d’abord, la connaissance, ce qui passe par l’installation de bureaux de représentation, l’engagement d’institutions qui connaissent déjà l’Afrique, identifier des leaders, créer des institutions…

Nous avons ainsi créé le premier Centre d’études africaines en Asie en collaboration avec l’université NTU de Singapour. Nous avons créé aussi, en 2009, le premier Afrique- Singapour Business Forum, qui à l’époque, était le premier du genre, et que nous rééditons chaque année.

Singapour est un pays sans ressources. Comment se donne-t-il les moyens de la rentabilité ?

Il faut regarder notre histoire avec du recul, à propos de la gouvernance de Singapour qui a été instaurée par notre père fondateur Lee Kuan Yew, et ses proches. Pour identifier la nature de cet ADN, il faut se souvenir du contexte dans lequel les Britanniques ont quitté Singapour.

Ils nous laissaient avec une économie qui supportait un taux de chômage de 20 % et alors que nous ne disposions à peine que de 50 millions de dollars dans nos caisses, que nous étions plongés dans des conflits ethniques entre Chinois, Malais, Indiens…

Nous étions un jeune pays dépourvu de toute ressource ! Dans ce contexte, Lee Kuan Yew et son équipe ont donc forgé un ADN, qui procède, d’abord, de pragmatisme. Un pragmatisme pur et dur !

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