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African Business

Karim Senhadji (Directeur général de OCP Africa) : Un immense défi de sécurité alimentaire

Forte de l’expertise d’un grand groupe, la filiale OCP Africa, créée en 2016, entend répondre aux besoins spécifiques des fermiers : la hausse de la productivité, la distribution et la transformation sur place des denrées. Explications de son directeur général, Karim Senhadji.

Propos recueillis par Olivier Deau

L’Afrique semble être le nouveau marché à conquérir pour les industriels et vendeurs d’engrais agricoles, quelle est l’approche du continent de OCP Africa ? 

Le marché africain a beaucoup de potentiel, effectivement. Je crois que nous voyons les choses à OCP Africa avec une sensibilité différence de celle des autres acteurs du secteur et de celle des industriels de manière générale. Dans les prochaines décennies, l’essentiel de la croissance démographique mondiale viendra de l’Afrique. Nous sommes en face d’un immense défi de sécurité alimentaire, et quelle que soit la réponse que nous pouvons donner à cette problématique, il faudra impérativement augmenter la productivité de l’agriculture africaine pour assurer l’autosuffisance, ou tout du moins la sécurité alimentaire, sur le continent. 

À eux seuls, l’Éthiopie et le Nigeria représentent presque le quart de la population africaine. Nos usines représentent des investissements d’environ 1,2 à 2 milliards $ et nous proposons à ces pays de co-investir dans ces projets industriels pour produire localement 

Aujourd’hui les pays africains importent pour plus de 100 milliards de dollars par an de produits alimentaires. Cela ne peut pas continuer ainsi. Et pourtant, les ressources sont là, 80 % de la population travaille dans le secteur primaire et 60 % des terres arables non exploitées dans le monde sont situées en Afrique. De plus, l’Afrique a de l’eau en quantité, même si la ressource n’est pas répartie de manière égale sur le continent. Enfin, OCP est un producteur africain qui détient de grandes ressources en phosphate, un des éléments de base des engrais agricoles. L’urgence existe, mais les facteurs d’opportunité également et c’est à partir de là que nous pouvons nous saisir de cela à deux titres : en tant qu’Africains et en tant que OCP Africa. 

La création de la filiale OCP Africa répond-elle à une démarche spécifique pour le continent ? 

OCP Africa a été créé en 2016 mais le groupe OCP réfléchit à son approche de l’Afrique depuis au moins 2010, avec trois objectifs centrés sur les besoins fondamentaux des fermiers : la hausse de la productivité agricole, la distribution et la transformation sur place en Afrique des denrées. Notre approche du marché est complexe car nous savons que le potentiel est là et qu’il est encore largement inexploité. En poursuivant ces trois objectifs, une des résultantes sera une croissance considérable du marché africain. Celui-ci représente aujourd’hui 5 millions de tonnes d’engrais annuellement, mais la demande devrait en réalité être d’au moins 25 millions de tonnes et le véritable potentiel serait de 50 millions de tonnes. 

Face à cela, nous développons les différents marchés africains à travers des écosystèmes et des partenariats avec les fermiers, les autorités publiques, les acteurs privés et les banques de développement. Ces partenariats doivent servir à comprendre les besoins spécifiques des producteurs et à y répondre avec des produits et un accompagnement adaptés. 

Nous sommes à la fois privés, en tant que Société anonyme, et société publique, car nous sommes détenus par l’État marocain. Ce double ADN nous permet d’avoir le langage approprié pour parler à tous les acteurs des problèmes de rentabilité, compétitivité et approche des marchés, mais aussi d’avoir un pas plus lent qui envisage le développement socio-économique dans le long terme et de manière holistique. 

L’agriculture africaine manque de productivité et d’investissements, mais quels sont les autres facteurs qui ralentissent son développement ? Sur lesquels pouvez-vous agir ? 

La priorité numéro un pour nous est de connaître les sols et leur fertilité. C’est le point de départ. Notre programme « OCP School Lab » permet d’appuyer des laboratoires et d’effectuer des analyses localisées au bénéfice des fermiers, en partenariat avec les ministères et les universités locales. Il faut que les fermiers africains aient ensuite accès à des intrants adaptés et de qualité, les engrais bien sûr mais également les semences. 

Nous nouons des partenariats avec les semenciers et les instituts de recherche pour garantir l’accessibilité. Nos engrais sont produits localement et non pas exportés depuis le Maroc. Avec cette méthode de travail et cette approche locale, nous cherchons à promouvoir des filières en partenariat avec les États, par exemple pour le riz au Sénégal, le blé en Éthiopie ou le maïs au Nigeria. 

Ensuite, viennent d’autres problématiques que nous devons également contribuer à résoudre comme l’accès aux financements. Dans certains pays, les taux d’intérêt excèdent 25 % et il est impossible 

pour le fermier d’accéder à un crédit. Nous sommes attentifs aussi au problème du stockage et de la distribution. Sans la capacité de stockage, le fermier peut perdre 30 % de sa récolte et ne pas vendre au meilleur moment. Notre programme « Agribooster » s’inscrit dans une approche inclusive de toute la filière et permet au fermier de se développer et d’avoir accès à un environnement amélioré jusqu’aux débouchés. 

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