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African Business

Ilyes Mnakbi (PDG de Tunisair) : « Nous devons changer le mode de gouvernance »

Voilà qui ressemble à une situation d’entente tacite entre compagnies aériennes pour maintenir les marges…

Non, c’est la loi de l’offre et de la demande ! Dans les périodes de faible trafic, il nous arrive de baisser le prix du billet jusqu’à 100 euros… En été, nous accordons jusqu’à 40 % de remises aux familles nombreuses qui résident à l’étranger, grâce à notre statut de compagnie nationale, alors que nos concurrents haussent leurs tarifs durant cette période. Nous accordons aussi à ces familles la gratuité de bagages supplémentaires.

Peut-on dire, pour résumer, que Tunisair demeure en deçà de ses ambitions dans l’attente d’une amélioration de la situation ?

La taille du marché est en soi un atout. Le potentiel existe. Si Tunisair possédait 50 avions, nous serions en mesure de les faire voler. La demande touristique existe. Malheureusement, nous sommes souvent dans l’obligation d’affréter des appareils.

Pourtant, d’autres solutions semblent envisageables : la mutualisation, les partenariats avec d’autres compagnies…

Nous nous heurtons à des résistances syndicales : pour certains, l’entrée de partenaires équivaut à une vente de Tunisair et constitue donc une ligne rouge à ne pas franchir. Il nous faudrait, en fait, trouver un partenaire susceptible d’injecter de l’argent frais dans la compagnie.

C’est une solution qui nous permettrait de rebondir et de répondre aux exigences d’un marché en pleine expansion et de nous mettre au niveau de nos concurrents. Surtout, il ne faut pas oublier que la Tunisie jouit d’une position géographique unique : à une heure de vol de l’Europe, nous sommes le point le plus septentrional de l’Afrique. Malheureusement, comme nous venons de le voir, Tunisair traverse aujourd’hui une période extrêmement difficile.

Pour sortir de cette situation, comment dialoguez-vous avec vos autorités de tutelle ? Avez-vous les mains libres pour opérer ?

Là encore, tout est une question de moyens. Le gouvernement lui-même en est parfaitement conscient : le secteur de l’aérien a un coût. Nous ne pourrons pas rebondir et nous mettre au niveau des autres compagnies sans d’importants moyens financiers.

Malgré tout, nous faisons preuve d’optimisme et nous sommes confiants en l’avenir et en les décisions que notre tutelle réserve à Tunisair. Dès son arrivée à son poste en novembre, notre ministre a bien souligné qu’il faisait de Tunisair « sa priorité » et que « la restructuration sera entamée en 2019 ».

Quel est votre principal défi, aujourd’hui ?

Il faut avant tout résoudre ce problème de retards, qui ternit le plus notre image de marque. Nous manquons aussi de moyens matériels sur les services d’assistance au sol, dont l’acquisition suppose, là encore, d’importants moyens financiers que nous n’avons pas. Nous devons aussi moderniser et renouveler notre flotte.

Nous sommes enfin confrontés à la question de la saturation des infrastructures : aujourd’hui, l’aéroport de Tunis-Carthage n’est plus en mesure de gérer le trafic que nous connaissons aux heures de pointe. Ce sont toutes des difficultés que nous devons gérer en même temps, mais nous finirons par y arriver !

Une chose est sûre, dès que la restructuration sera en marche, les choses finiront par reprendre leur cours normal progressivement et Tunisair finira par retrouver son prestige d’antan.

Avec la collaboration de Guillaume Weill-Raynal

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