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African Business

Étienne Giros (Président délégué du Conseil français des investisseurs en Afrique – CIAN) : « Les Français doivent jouer davantage groupés en Afrique »

Pour sortir des voeux pieux, concrètement, comment opérer ? Comment sortir des vieilles idées, innover, rénover ?

Nous devons franchir l’étape de certaines réflexions qui en sont encore à un stade trop théorique, notamment pour aider au financement des entreprises. Je pense tout particulièrement aux PME.

Il existe en France un tissu de PME très désireuses d’aller en Afrique, mais qui n’y parviennent pas parce qu’elles ne savent pas très bien comment s’y prendre. La première réponse à leur donner passe d’abord par un accès à des financements intéressants.

Nous devons ensuite simplifier les procédures en prenant soin qu’il n’y ait pas de distorsion de concurrence entre les entreprises européennes soumises à des conditionnalités d’exercice – RSE, protection de l’environnement, respect des droits humains, etc., ce en quoi nous sommes totalement d’accord –, et de nouveaux entrants qui ne sont pas soumis aux mêmes obligations.

Troisièmement, l’approche en direction des entreprises reste encore trop bureaucratique. Il faut aller beaucoup plus vite. Nous ne sommes pas assez agiles. Les Chinois le sont beaucoup plus que nous.

Les Allemands, aussi, agissent souvent plus rapidement et beaucoup plus franchement en faveur de leurs entreprises. En France, et parfois ailleurs dans l’UE, les procédures sont encore trop lourdes, et nous disqualifient, ou nous retardent dans la compétition internationale.

Au-delà de l’intérêt propre de vos adhérents, en quoi êtes-vous le plus utile ?

D’abord, effectivement, nous aidons beaucoup nos adhérents et nos entreprises à se tenir au courant de ce qui se passe, à partager des retours d’expérience, à fonder notre doctrine sur toutes les questions qui touchent au management général des entreprises en Afrique.

En second lieu, nous contribuons à essayer de créer une atmosphère et une ambiance favorables aux entreprises. D’abord, en défendant l’image de l’entreprise en elle-même, à faire en sorte qu’elle ne soit pas attaquée et qu’on lui facilite la vie.

Car tout ce qui est bon pour l’entreprise est bon pour le développement africain. Mais il faut aussi expliquer l’Afrique aux entreprises. J’ai l’habitude de dire que l’Afrique n’est pas compliquée, mais particulière.

Et pour bien y réussir, il faut avoir l’expérience, et de bons réflexes qui ne s’apprennent pas dans les livres, mais par du retour d’expérience, des échanges et de l’acculturation. C’est ce que le CIAN essaye de faire.

Vous êtes à la tête du CIAN, vous sillonnez les forums, de nombreux pays… Comment, dans votre équation personnelle, regardez-vous ce rapport au continent ?

D’abord, l’Afrique est un continent de l’affection. C’est un continent qu’on aime ou dont on se désintéresse. Mais si l’on ne s’en désintéresse pas, on ne peut qu’avoir de l’affection pour lui, ce qui est mon cas.

Ensuite, l’Afrique est un continent qui réserve plein d’espoirs, mais aussi de surprises. Et pour cela, défendre le secteur privé ou s’occuper des entreprises pour l’Afrique est un champ passionnant ! Il est à la fois médiatique, politique, diplomatique…

Nous avons beaucoup de choses à faire, et même s’il existe d’autres opportunités dans le monde, notre travail représente une partie de notre avenir commun. C’est cela qui est passionnant !  

Avec la collaboration de Guillaume Weill-Raynal

ENCADRE

Le baromètre affiche optimisme raisonné

Africaleads, le baromètre CIAN des leaders d’opinion en Afrique, est réalisé par l’institut Immar Research & Consultancy, spécialiste des enquêtes concernant l’Afrique. Il s’agit de la première étude analysant l’état d’esprit de chefs d’entreprise, de décideurs politiques, de hauts

fonctionnaires, de leaders associatifs et de la société civile, de religieux, d’artistes, de blogueurs, etc. La première vague d’étude s’est déroulée dans huit pays d’Afrique francophone, portant sur précisément sur 1 244 interviews. La prochaine enquête, publiée en 2020, élargira la recherche à l’Afrique anglophone. D’ailleurs, l’objectif du « baromètre » est

de s’inscrire dans la durée, afin de faciliter des comparaisons dans le temps. Les résultats de l’étude 2019 « suggèrent un afro-optimisme raisonné », commentent ses promoteurs. « Si les progrès sont spectaculaires dans les domaines où l’initiative privée se déploie sans entrave, comme le numérique, la question de la gouvernance demeure une préoccupation centrale. »

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