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African Business

Étienne Giros (Président délégué du Conseil français des investisseurs en Afrique – CIAN) : « Les Français doivent jouer davantage groupés en Afrique »

Vous avez raison. C’est pourquoi je prends le résultat de cette étude comme un signal d’alarme. C’est un résultat un peu douloureux… Nous, Français, avons une qualité de relation et une globalité de nos actions en Afrique qui fait qu’il est parfois décevant de se voir dépassé par d’autres pays qui en font moins que nous. Cela doit nous interpeller.

Il ne s’agit pas de critiquer quiconque en Afrique, mais de s’interroger sur les raisons de cette situation et sur les moyens que nous avons pour l’améliorer. Bien entendu, nous ne devons pas non plus oublier que, très certainement, nous payons notre histoire séculaire avec l’Afrique, qui n’est pas celle de ceux qui, aujourd’hui, nous devancent…

Mais il y a aussi des réalités humaines : la population française compte 12 à 15 millions de personnes issues de la diversité. Ainsi que le montre votre étude sur les diasporas, cette chance, sur le plan sociologique, n’est pas intégrée dans l’équation…

Nous ne parlons que de cinq millions de personnes…

Avec un cercle élargi, cela représente 15 millions.

Dans tous les cas, il est vrai que cela fait beaucoup de monde, et vous avez sans doute raison de dire que cela pourrait être une cause de proximité et d’affection plus grandes.

Je crois surtout – et les autorités françaises s’en occupent – que nous devons rénover notre relation avec l’Afrique. À cet égard, j’ai le sentiment que, dans la globalité de sa relation, la France ne joue pas un jeu assez uni vis-à-vis de l’Afrique.

Y a-t-il réellement unanimité de vision entre les entreprises, les pouvoirs publics, l’opinion, une partie des médias, certains partis politiques et les intellectuels sur la relation franco-africaine ?

Mettons-nous bien en avant tout ce que nous faisons de bien en Afrique et tirons-nous bien tous dans le même sens ? L’une des premières leçons à tirer de ce baromètre est que nous devons travailler davantage groupés.

Le moment n’est-il pas venu de rebattre les cartes pour imaginer cette convergence et cette mise en intelligence, afin d’aller vers une Afrique où le partage humain est si important ?

Je pense que oui. En tout cas, je prends le résultat de cette étude comme un petit signal d’alarme, qui n’est d’ailleurs pas une grande nouveauté. Cela fait longtemps que j’entends autour de moi dire qu’il faut regarder les choses en face : l’action de la France et de ses entreprises n’est pas toujours très appréciée en Afrique.

Nous ne devons ni nous plaindre ni critiquer, mais tout simplement essayer d’analyser objectivement les raisons de cette situation et d’y remédier. Tout le monde aurait à gagner à ce que cette relation soit, non pas apaisée – elle n’est tout de même pas nerveuse – mais davantage reconnue. Tout le monde!

À commencer par les entreprises. Tant que les entreprises ne se développeront pas davantage en Afrique, il n’y aura pas de croissance inclusive. C’est à cet égard que le partenariat entre les entreprises françaises et africaines est très important.

La France, depuis l’élection d’Emmanuel Macron, élabore une approche nouvelle de sa politique africaine. Peut-on y voir un renouveau de ce partenariat ? Et comment le conforter ?

La politique a définitivement tourné la page de ce qu’on appelait autrefois la Françafrique, qui disparaît progressivement. Pour notre part, nous considérons que cette Françafrique appartient au passé et ne peut plus servir de fondement à nos relations avec le continent africain.

Je crois que le président Macron a lui aussi définitivement tourné cette page. Quant à cette nouvelle relation avec l’Afrique qu’il veut construire, il la fonde largement sur la relation avec la jeunesse – et il a raison ! –, sur la relation avec la modernité, notamment à travers le numérique – là aussi, il a raison –, mais j’ajoute qu’il ne faut pas totalement oublier la « vieille économie ».

Cette nouvelle relation doit largement s’appuyer sur les entreprises. Il faut les aider, aussi bien en matière de financements, d’image, que de simplifications administratives, pour éviter la bureaucratie. Nous devons éviter de mettre trop de barrières ou de freins à l’action des entreprises qui doivent être totalement partie prenante de cette nouvelle relation avec le continent africain.

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