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African Business

Didier Acouetey (Président de AfricSearch) : L’Afrique doit transformer son capital humain

Nous devons arrêter de penser que la Banque mondiale, le FMI et les autres bailleurs internationaux sont là pour formuler nos politiques comme une sorte de vade-mecum de notre développement. L’échec de notre développement vient de ce que les politiques africaines n’ont jamais été conçues par les Africains, pour les Africains, pour changer réellement les structures économiques africaines, mais suggérées par d’autres en échange d’une aide hypothétique… 

La situation est-elle rattrapable ? Est-on à la hauteur des défis ? 

Les défis sont gigantesques ! Le continent comptera 2 milliards de personnes en 2050, dont 60 % auront moins de 25 ans. C’est considérable ! Et honnêtement, aujourd’hui, il faut bien reconnaître que les dirigeants ne sont pas à la hauteur de ces défis. Nos dirigeants n’ont pas la capacité d’aborder 

ces ruptures avec les règles de fonctionnement et les sacrifices qui s’imposent aux populations… et aux dirigeants qui doivent donner l’exemple. Mais le défi peut être relevé, à certaines conditions. La première est celle de la gouvernance publique. Il ne peut y avoir de développement sans un minimum de gouvernance. Certains pays – je ne les citerai pas –, n’arrivent pas, à longueur d’années, à gérer les ressources publiques, ce qui constitue le coeur même de la notion de gouvernance : la manière dont vous allouez et dont vous gérez vos ressources est un prérequis. 

La deuxième condition est celle de la définition des priorités. Tout d’abord, le système éducatif doit être fixé. Aujourd’hui, plus de 60 % des Africains interrompent leur scolarité avant même la fin de l’école primaire. Moins de 10 % accèdent à l’enseignement supérieur. Une masse considérable d’Africains, n’est ni éduquée ni formée.

Bien entendu tout le monde n’a pas vocation à étudier à l’université, mais lorsque vous avez une masse aussi importante d’individus qui sort aussi précocement du système éducatif, vous n’avez pas grand-chose à lui proposer. Car pour eux, la formation professionnelle est aussi inexistante ! À peine 2 % y accèdent. Le défi ne pourra pas être relevé tant que nous ne serons pas en mesure de permettre aux jeunes d’apprendre un métier. 

Certains pays présentent-ils un début d’espoir et de faisabilité ? 

Effectivement, certains pays comme le Rwanda donnent aujourd’hui une leçon à l’Afrique en matière de développement. C’est un pays assez petit, avec un système politique relativement fermé, mais dont les transformations structurelles en cours apportent la preuve qu’on peut y arriver. Le modèle pourrait être transposable ailleurs, avec quelques règles de base. D’abord, la gouvernance publique est au coeur de sa stratégie. Un dollar est un dollar.

Ce n’est pas comme ailleurs, où l’on annonce que l’on affecte dix dollars, pour en engager finalement un seul ! La gestion des ressources publiques est essentielle. Deuxièmement, le Rwanda mise massivement, aujourd’hui, sur le système éducatif. De grandes écoles s’y installent, et y constituent un hub qui offre des garanties de stabilité. Il s’agit d’une tendance lourde. Le système politique représente un élément structurant du miracle rwandais, sous réserve que l’avenir continue d’être bien géré.

Certes, mais l’Afrique se pose-t-elle les bonnes questions, pour tout ce qui touche à son développement économique et social ? 

Non, je ne le crois pas. Je peux vous donner des exemples : en ce qui concerne le secteur privé, tout le monde organise des forums d’investissements pour attirer les investisseurs internationaux. Lorsque vous regardez l’épargne intérieure africaine de ces dernières années, et les obligations émises par les États qui, bien souvent, ont été massivement sursouscrites par l’épargne domestique, il y a de quoi s’interroger : pourquoi ne pas mobiliser l’épargne domestique pour nos investissements ?

Et comment y parvenir, pour assurer notre développement, au lieu de s’endetter en dollars, en euros, avec les problèmes de change que cela se pose ? Pourquoi toujours solliciter les investisseurs internationaux ? Autre exemple, s’agissant du secteur informel, dont tout le monde considère qu’il s’agit du véritable drame de l’Afrique, qu’il faut le supprimer, etc. Mais ce secteur informel joue le rôle d’une soupape de sécurité ! C’est le secteur qui absorbe le plus de main-d’oeuvre en Afrique, et qui s’adapte le mieux aux changements de l’économie. 

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