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African Business

Didier Acouetey (Président de AfricSearch) : L’Afrique doit transformer son capital humain

Sur les sujets cruciaux des ressources humaines, Didier Acouetey s’est forgé une expertise et une notoriété incontestables. Il dresse un tableau sans concession de cette Afrique qu’il parcourt en permanence.

Entretien avec Hichem Ben Yaïche 

Comment définissez-vous votre action, professionnellement et personnellement ? J’ai presque envie de vous demander : dans quelle planète êtes-vous ? 

L’action d’AfricSearch, et celle des PME, est comme une épine dorsale de la transformation de l’Afrique, et ce, pour trois raisons. La première, c’est que vous n’avez pas de développement sans ressources humaines. Et nous répondons à cette problématique des ressources humaines. En second lieu, vous n’avez pas de développement sans formation et sans système éducatif performant. Là encore, à travers notre observation, nous contribuons à structurer le système éducatif.

Le Rwanda est un petit pays, au système politique relativement fermé, mais dont la gouvernance publique est au coeur de la stratégie. Ses transformations structurelles en cours apportent la preuve qu’on peut y arriver ! Le modèle peut être transposable, avec quelques règles de base.

Enfin, vous n’avez pas de développement sans un secteur privé profitable qui construit les opportunités économiques du pays, en particulier les PME qui, bien souvent, constituent 80 % à 90 % du secteur privé. En ce sens, notre action est structurante, dans la mesure où elle sert de base à tout ce qui se fait en matière de politique de développement et de politique sociale. Malheureusement, depuis les indépendances, ces éléments ont été beaucoup trop sous-estimés en Afrique. 

Ces problématiques sont évoquées depuis des décennies, et l’évolution, même si elle va parfois dans le bon sens, est toujours trop lente, jamais dans le bon tempo… 

J’ai pour ma part le sentiment que l’Afrique et les dirigeants africains se développent, malgré tout, au même rythme que les autres. Le problème est que nous n’avons eu que trop rarement de véritables schémas de politiques de développement, conçus et mis en oeuvre par des Africains, avec des ressources correspondant aux besoins. Si vous comparez avec la trajectoire des pays asiatiques ou de certains pays d’Amérique latine, effectivement, ces pays ont réussi leur transformation en décidant de suivre leur voie, nonobstant les recommandations des bailleurs de fonds. Les Africains se développent « par procuration », en reprenant les slogans du narratif dicté par ces bailleurs de fonds tels que Africa Rising, la Nouvelle frontière, etc., et passent trop souvent à côté des éléments structurants de transformation de nos pays. 

On leur envoie un courrier en leur disant ce qu’ils doivent faire, qui est ensuite transmis aux populations, sans que nous n’ayons jamais réellement pris notre destinée en mains en tenant compte des exigences de transformations structurelles qui s’imposaient à nous. Rappelez-vous les plans d’ajustements structurels qui avaient été imposés aux Africains et que nos dirigeants avaient signés sous la promesse de subsides en contrepartie : ces plans ont détruit les systèmes éducatifs ! Ils ont détruit les filières, les systèmes sociaux et de santé ! Lors des assemblées générales de la BAD en Corée, les Coréens – à commencer par l’ancien président de la Banque mondiale, lui-même coréen – nous ont fait à nouveau la leçon en nous expliquant que nous ne devions pas compter sur les institutions internationales pour nous aider à développer notre éducation ou notre système de santé.

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