Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

African Business

Bruno Mettling , président d’Orange Afrique Moyen-Orient

Je soulignerai un autre paramètre important : ce qui est en train de se passer à l’intérieur de la révolution numérique. Nous vivons une nouvelle révolution du Web. Pendant longtemps, le web était « passif » : vous accédiez à Internet…

Il est ensuite devenu interactif, vous pouviez échanger, chatter en direct, etc. Une nouvelle révolution arrive : le web devient conversationnel. Nous passons du transactionnel – j’écris un message que je poste et on me répond – au conversationnel, dans la mesure où c’est la voix qui devient le vecteur de transmission, grâce notamment aux assistants vocaux.

Qui intègre le fait qu’en Afrique, des centaines de millions d’Africains ne peuvent pas avoir accès à Internet ? Parce que, tout simplement, ils n’ont pas d’accès correct à l’écrit ! Cette révolution conversationnelle qui vient va supprimer la barrière de l’écrit pour ces centaines de millions d’Africains.

C’est la voix, dans leur langue, qui devient le nouvel outil de communication ! Aujourd’hui, les moteurs de recherche permettent de parler en swahili, bambara, wolof… beaucoup plus facilement. Il faut imaginer la portée de cette révolution, à travers la qualité des échanges qui vont pouvoir se nouer ! Des centaines de millions de personnes, aujourd’hui exclues de fait de l’Internet, vont pouvoir y accéder, grâce à de nouveaux smartphones beaucoup moins chers autour de 20 $ intégrant cette transformation.

De même, en matière d’énergie, nous ne parlons plus de lignes à haute tension ou de barrages hydroélectriques. Nous parlons de kits solaires qui coûtent entre 100 et 150 $ pièce, qui peuvent permettre d’apporter la lumière, le froid, la radio, la télévision et aussi… Internet, dans des lieux où personne n’avait encore jamais eu la chance d’avoir accès à l’énergie, parce que personne n’avait jamais imaginé pouvoir l’y apporter.

Ces solutions existent, elles ont été testées. L’enjeu désormais est celui de la généralisation et de la mobilisation générale des acteurs autour de cette transformation numérique. 

Vous êtes non seulement un cadre dirigeant d’Orange, mais aussi une personnalité influente auprès du MEDEF international. Comment expliquer cette envie d’ impulser ces politiques nouvelles vis-à-vis de l’Afrique ? 

J’ai l’honneur de diriger un des plus grands groupes de télécommunications présent en Afrique qui compte plus de 120 millions de clients en matière de communications téléphoniques, et 40 millions de clients comme opérateur bancaire ! 

D’un côté, je vois ces énormes besoins et de l’autre, je vois toutes ces expériences qui réussissent et qui démontrent que l’on peut changer les choses ! De là cette envie, dès lors que l’on croit au continent et en son avenir, de prendre la parole pour engager le débat et contribuer à la nécessaire transformation des esprits. 

Mais si l’on voit par exemple les négociations en cours à propos des ACP, le schéma de ces négociations n’est pas adapté à cette grille de lecture que vous préconisez… 

Le changement des mentalités peut effectivement apparaître parfois un peu lent et pour autant, il faut aussi mesurer les progrès réalisés. Pour la première fois, le secteur privé, traditionnellement écarté des négociations, a été invité au sommet UE-UA d’Abidjan. 

Je dirais deux choses : la première, c’est qu’il faut toujours, aussi, saisir les opportunités quand elles se présentent. Il y a quelques années, le secteur privé était écarté des négociations UE-UA. J’ai eu l’honneur de prendre la parole à Abidjan, avec un représentant du patronat africain, et tous les deux, pour la première fois, nous avons porté la parole du secteur privé dans une enceinte internationale. 

J’ai l’honneur d’avoir été nommé par l’UE parmi les experts qui vont accompagner la réflexion de la Communauté européenne sur l’évolution des politiques d’Aide au développement.

J’étais en décembre 2018 au Business Summit EU-Africa à Marrakech où j’ai pu présenter cet enjeu du numérique et de la jeunesse. Nous sommes donc dans ce moment, toujours important, où les éléments de prise de conscience existent. Mais c’est vrai qu’il faut qu’un certain nombre d’acteurs – dont les grandes entreprises présentes en Afrique – participent à l’accélération des processus. 

Il faut aussi voir le verre à moitié plein : la communauté internationale et les bailleurs de fonds me semblent prendre la mesure de ces enjeux du numérique. Encore une fois, le vrai sujet aujourd’hui, c’est de sortir de l’expérimentation pour entrer dans la phase de généralisation et de repenser en conséquence les politiques de développement. 

C’est un discours de sagesse que vous délivrez… 

Je crois beaucoup à l’Afrique et à la solution du numérique. Nous l’avons tous vécue à travers la transformation du mobile ! Regardez comment, grâce au mobile, les opérateurs ont contribué à recréer de l’échange et de l’interaction en Afrique.

Nous avons contribué à transformer l’Afrique, qui était le continent le moins bancarisé, sur lequel tous les échanges se faisaient en espèces ! En quelques années, le mobile a permis l’accès à la bancarisation de populations qui en étaient exclues, contribuant de manière décisive au développement économique observé ! Ce qui s’est passé pour le mobile, je vous le répète, se passera pour l’énergie, pour l’agriculture, pour l’éducation, pour la santé… C’est la même logique ! 

Il faut tout de même avoir les moyens… 

Oui, mais sachez que la transformation numérique a aussi cette caractéristique de coûter infiniment moins cher que l’approche par les grandes infrastructures physiques.

Il faut bien mesurer que par rapport à ce qui se passe aujourd’hui, par rapport au niveau de l’Aide publique au développement qui est mobilisée sur l’Afrique – par l’Europe, par les bailleurs de fonds – il est possible de faire beaucoup plus efficace pour beaucoup moins cher. Je ne dis pas cela pour qu’on réduise le niveau des aides, mais pour que l’on prenne conscience que l’on peut être beaucoup plus efficace dans des conditions économiques tout à fait acceptables.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts