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African Business

Bruno Mettling , président d’Orange Afrique Moyen-Orient

Oui, le numérique peut permettre aux agriculteurs de voir croître leurs revenus de l’ordre de 10 % à 80 % et d’utiliser leurs réserves de terres agricoles qui sont encore largement sous-exploitées sur le continent ! Oui, l’e-administration, ça fonctionne pour collecter l’impôt, pour moderniser les services de l’administration !

« Le numérique révolutionnera l’Afrique », dixit Bruno Mettling 

Il est permis d’imaginer une administration beaucoup moins tatillonne et bureaucratique, et à terme, beaucoup plus efficace. Oui, le numérique permet, comme il l’a démontré dans la téléphonie mobile, pour la banque, de favoriser l’inclusion économique des populations.

Mais l’Afrique est confrontée à des urgences, face auxquelles les inerties demeurent et empêchent souvent un développement généralisé du continent. 

C’est tout le problème de l’Afrique aujourd’hui ! Mais je ne souhaite pas, pour autant, me cantonner dans ce discours fataliste et pessimiste… 

C’est un discours réaliste… 

Lorsque nous voyons les potentialités du numérique, notamment à travers les nouvelles applications… ce qui se passe,  par exemple au Rwanda, au Sénégal, en Côte d’Ivoire et dans d’autres pays africains, toute cette dynamique que le numérique permet, je dis – et c’est la thèse que je défends dans mon livre – que derrière ce sentiment que nous avons trop souvent d’un certain immobilisme ou d’une trop grande lenteur, se cache pourtant une dynamique irréversible !

Nous savons aujourd’hui, concrètement, que la transformation numérique est une clé majeure pour donner à la population africaine l’accès aux services d’éducation, de santé, de développement de l’agriculture, etc.

D’ici 2030, le continent va devoir supporter un accroissement démographique équivalent à celui de la population de l’Union européenne ! Ce n’est pas un défi théorique, c’est une réalité !

Et face à ce défi, de très nombreuses illustrations montrent que les enfants formés par des outils interactifs acquièrent une capacité d’apprentissage bien supérieure. C’est une illusion de faire croire aux gens que l’on va pouvoir leur donner accès à un système traditionnel d’éducation – un professeur dans une classe – alors que dans le seul quartier d’Abobo, à Abidjan, cinquante bébés naissent chaque jour ! Qui peut croire que l’on peut créer une classe par jour pour ce seul quartier ?

C’est toute notre façon de penser que nous devons revoir. Nous ne devons pas nous contenter d’inclure un peu de numérique dans des politiques de développement conçues à partir d’un modèle traditionnel. Nous devons repenser l’éducation, la santé, l’agriculture à partir des potentialités du numérique qui nous ouvrent des perspectives immenses. 

Vous connaissez bien l’Afrique pour avoir sillonné le continent : en quoi est-elle disruptive dans ce processus de digitalisation ? 

L’Afrique possède un énorme avantage que nous avons déjà observé avec la téléphonie mobile : celui de pouvoir accéder au numérique en ayant contourné la mise à niveau via des infrastructures physiques traditionnelles.

Ainsi l’Afrique a eu accès au numérique – à la 4G et demain à la 5G – selon quasiment le même calendrier que celui de l’Europe, sans être passée par l’étape de la construction des réseaux fixes. Aujourd’hui, le taux de bancarisation sur mobile en Afrique est supérieur à celui des États-Unis et à celui de l’Europe. C’est le taux le plus élevé au monde ! L’Afrique n’a pas toujours besoin de passer par l’étape des infrastructures traditionnelles.

Ce qui me navre aujourd’hui, par exemple quand on parle de l’énergie, c’est que l’on a toujours le réflexe des infrastructures lourdes, alors que le solaire pourrait apporter aujourd’hui, pour un coût extrêmement raisonnable, des réponses et des solutions à la demande légitime des populations africaines, notamment rurales, d’accès à l’énergie.

Si vous apportez l’énergie dans un village grâce à des kits solaires pour un montant total qui ne dépasse pas mille dollars, comme je l’ai vu à Madagascar, vous transformez la vie du village ! Il faut dépasser les visions pessimistes. Nous devons accepter la remise en cause de nos habitudes et de nos manières de voir en donnant au numérique toute la place qui doit lui revenir pour accélérer le développement.

Dans la bataille mondiale pour la matière grise, l’Afrique a un besoin d’afflux massif de compétences et de cerveaux… On en est encore loin. 

La formation de la jeunesse est prioritaire. L’expérience conduite aujourd’hui en Afrique – par exemple à travers l’université virtuelle du Sénégal – montre que l’on peut former 20 000 étudiants grâce aux nouveaux outils numériques, en leur permettant l’accès à la licence et aux masters de mathématiques.

Les contenus sont téléchargés directement sur des supports mobiles ; des enseignants peuvent les accompagner à distance ; des épreuves de contrôle et d’examen peuvent être conduites dans des formes non-traditionnelles, etc. Le besoin en compétences est crucial. Il faut pour y répondre, revisiter le système d’éducation traditionnel.

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