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African Business

Abderrahmane Ameur (Cofondateur de Pectoris) : « L’Afrique participe à la révolution de la santé »

Tout cela suppose aussi l’existence d’un modèle économique…

Il est très simple. D’abord, tout ce que je décris ne nécessite pas énormément d’argent. Il n’y en a pas pour des milliards… Cela nécessite d’abord et surtout des accords avec des établissements… tout simplement ! Et ne nécessite ensuite que des consultations.

Les nouvelles technologies vont nous permettre de transmettre notre savoir sans nous déplacer, et permettre ainsi un gain très important de temps et de frais de déplacements C’est de cette idée qu’est née notre plateforme.

Ce sont des consultations que nous faisons, tout simplement ! Sur le plan financier, cela ne va pas très loin. N’importe quel pays peut gérer cela ! Et le bénéfice est énorme : ainsi, grâce à la télémédecine, il est possible de gérer l’insuffisance cardiaque, une pathologie qui coûtait très cher jusqu’à présent : le patient n’était mis en unité de soins intensifs qu’à partir du moment où il était déstabilisé.

La télémédecine permet de surveiller le moment précis où il va commencer à se déstabiliser, ce qui permet de demander à son médecin d’intervenir très vite pour réévaluer le traitement avant qu’il ne se déstabilise réellement. Cela peut permettre d’éviter ce qu’on appelle les hospitalisations itératives, aujourd’hui trop nombreuses et extrêmement coûteuses.

Un tel système convient-il aussi à une médecine d’urgence, où les moyens requis sont nécessairement importants ?

Absolument ! Ces moyens ne sont pas si importants. Si vous prenez, par exemple, le cas de quelqu’un qui se trouve en Afrique et qui éprouve subitement une douleur dans la poitrine. Autour de lui, les gens n’ont pas reçu la formation nécessaire pour en connaître la cause.

Avec notre système, cette personne va pouvoir se diriger vers nos cliniques référentes partenaires, où des médecins vont déjà pouvoir le prendre en charge. S’ils pensent avoir besoin d’un avis spécialisé plus pointu, ils vont pouvoir, via Pectoris, se connecter à Paris où des experts pourront aussitôt consulter les images, les documents et préconiser la meilleure prise en charge possible.

Et tout cela se fera en temps réel ! Pas un ou deux jours après… Paris va pouvoir gérer la consultation alors que le patient se trouve dans le cabinet du médecin africain. Tout cela ne coûte pas nécessairement beaucoup d’argent. Cela va juste permettre d’apporter une expertise qui manque trop souvent. Grâce à cette expertise, le patient va être pris en charge immédiatement, mieux soigné grâce à cette expertise… et on va lui sauver la vie !

Peut-on redouter un risque de mercantilisme, de marchandisation de l’information ?

Non, il n’y a pas de marchandisation, mais une expertise fournie sur un cas précis. La marchandisation, cela signifierait que nous cherchons à vendre de l’information à un maximum de personnes. Nous ne donnons notre expertise que si on nous la demande.

Si vous allez voir un médecin, c’est parce que vous avez mal quelque part. Ce n’est pas nous qui démarchons les patients en venant leur demander s’ils n’ont pas quelque chose à nous raconter ! Nous n’intervenons que sur appel d’un médecin correspondant.

Concrètement, comment va se dérouler le déploiement de Pectoris ?

Nous allons signer des partenariats avec des cliniques, des hôpitaux ou des centres de santé partenaires. En présence d’un problème, ils vont se connecter à Pectoris, tout simplement ! Nous serons joignables 24h/24h, tout comme nos experts.

Nos partenaires n’ont plus qu’à se connecter pour nous adresser leur demande : en cas d’infarctus, en temps réel, ils ont besoin d’une assistance, d’une expertise, etc. Et de notre côté, nous leur donnons aussi de la formation, en plus : une ou deux fois par mois, ils réunissent tous leurs médecins, et nous réalisons une connexion multi-sites, à laquelle participent plusieurs cliniques, plusieurs hôpitaux, où chacun peut s’exprimer.

Une fois, nous avons réuni en même temps, Alger, Marrakech et Dakar ! Une autre fois, Alger, Marrakech et la Côte d’Ivoire ! Nous appelons ces procédures des « télé-staff »

Voilà une chance pour ces pays qui manquent de tant de moyens… Qu’est-ce qui vous porte, sur le plan personnel ?

De faire évoluer la santé ! Je pense que nous allons changer de paradigme, que nous allons changer la manière de soigner les gens, durant les dix ou quinze prochaines années, par l’irruption de ces nouvelles technologies, par l’irruption du Big Data…

Cela vous pousse-t-il à l’optimisme ?

Ah oui, absolument ! Car cela nous pousse à optimiser les choses de manière très importante. Je vous donne juste un exemple : si je vous parle de changement de paradigme, c’est que nous allons nous servir de ce qu’on appelle les « quatre P » : la Prédiction.

Grâce au génome et au Big Data, nous allons pouvoir mieux prédire les choses. Du coup, la Prévention sera mieux ciblée. La troisième chose, c’est la Personna­lisation : parce que chaque personne ne répond pas de la même manière au même traitement.

Et enfin, le quatrième P est la Participation du patient lui-même, au traitement de sa maladie. Voilà résumée la nouvelle manière de faire de la médecine dans les cinq prochaines années. Oui, c’est une révolution !

Qu’est-ce qui empêche, aujourd’hui, d’accélérer le pas ?

Nous nous heurtons à beaucoup d’inertie. Les gens nous disent : « Oui, on va voir… » Ils devraient réagir plus vite, mais les nouvelles technologies semblent leur faire peur… Regardez, même en France, la télémédecine a mis quatre ans à se mettre en place !

Quels sont vos besoins les plus pressants ?

Nous sommes à la recherche de partenaires financiers. Parce que, pour mettre tout cela en place, financièrement, nous ne pourrons pas y arriver tout seuls !

Alors, pourquoi ne pas s’adresser à des investisseurs institutionnels tels que la BAD, par exemple ?

Nous sommes en train de monter des dossiers pour ces différentes structures, bien entendu ! Un ancien haut fonctionnaire ayant une forte compétence public-privé, qui a exercé des responsabilités dans une grande multinationale, va prochainement nous rejoindre pour diriger la société Pectoris.

Au départ, Pectoris n’est qu’une affaire médicale entre médecins. Mais elle va devenir une affaire technologique et financière ! Quand la structure va se mettre en place en mai-juin, le staff va en étonner plus d’un ! Tous les ingrédients sont là pour le succès de Pectoris : les ingrédients scientifiques, économiques, technolo­giques… tout est là !

Quel est votre défi, aujourd’hui ?

Comme je le dis souvent quand on me pose la question, c’est de soigner de la même manière à Paris et à Tombouctou et que la santé devienne un droit opposable, en Afrique.


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