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African Business

De meilleures infrastructures pour libérer le potentiel agricole

De meilleures infrastructures pour libérer le potentiel agricole
  • Publiéavril 11, 2024

Les efforts visant à améliorer la sécurité alimentaire et à stimuler les exportations agricoles restent entravés par une pénurie d’installations de stockage et de transformation.

 

Il ne fait aucun doute que l’Afrique a le potentiel pour devenir une puissance agricole mondiale. Avec d’excellentes conditions de croissance sur une grande partie du continent, une main-d’œuvre agricole considérable et une relative abondance de terres qui pourraient être converties en cultures arables, l’Afrique semble posséder tous les ingrédients nécessaires à l’augmentation de la production alimentaire dans les années à venir.

Or, la réalité actuelle est que de nombreuses régions du continent restent tributaires des importations alimentaires, alors qu’elles ont théoriquement les moyens de produire d’importants excédents. Akinwumi Adesina, président de la BAD (Banque africaine de développement), déplorait, en 2023, que l’Afrique doive dépenser 110 milliards de dollars en importations alimentaires d’ici 2025, alors que 283 millions de personnes souffrent de la faim sur le continent.

Les organisations qui cherchent à améliorer les infrastructures de transformation des produits agricoles risquent de perdre la bataille si elles ne choisissent pas les bonnes zones dans lesquelles investir.

De nombreuses raisons expliquent la contre-performance à long terme de l’Afrique dans le domaine de l’agriculture, mais l’un des principaux facteurs est l’insuffisance des infrastructures pour le transport, le stockage et la transformation des récoltes. Selon le World Resources Institute, plus d’un tiers de toute la nourriture produite sur le continent, y compris des céréales d’une valeur de plus de 4 milliards $, est perdue ou gaspillée. Cela s’explique par le fait que les agriculteurs ont du mal à transporter les denrées périssables vers les marchés et qu’ils n’ont pas accès à des installations de stockage au froid.

En fait, l’absence d’infrastructures agroalimentaires dans la plupart des régions d’Afrique n’incite pas à investir dans l’augmentation de la production alimentaire. Il est également presque impossible pour les exportateurs africains de produits alimentaires de passer de la production de matières premières à celle de produits alimentaires transformés de plus grande valeur. L’augmentation des coûts d’importation des denrées alimentaires exerçant une pression accrue, certains signes indiquent que les décideurs politiques prennent désormais le problème plus au sérieux.

 

Amélioration des capacités

L’investissement dans l’agriculture, bien que généralement négligé par les gouvernements africains pendant de nombreuses années, est largement reconnu comme un élément clé de l’augmentation des revenus sur le continent.

« Pour chaque augmentation de 10 % de la production agricole en Afrique, on obtient une diminution correspondante de 8 % de la pauvreté chez les petits exploitants », calcule Fredrick Kiio, de l’ONG African Enterprise Challenge Fund. Il note que si l’augmentation de la production doit clairement être une priorité pour les gouvernements, il n’est « logique » pour les agriculteurs d’investir dans l’augmentation de la production que si l’infrastructure agroalimentaire est disponible.

Fredrick Kiio ajoute que la première étape pour stimuler la production alimentaire est de s’assurer que l’infrastructure de base est en place. Il s’agit notamment d’étendre les réseaux routiers pour permettre aux agriculteurs d’acheminer leurs produits vers les marchés. Selon un rapport des Nations unies datant de 2022, près de la moitié de la population rurale africaine doit voyager au moins cinq heures pour atteindre le marché le plus proche.

L’augmentation des surfaces irriguées est une autre priorité essentielle. Malgré les progrès considérables réalisés au cours des deux dernières décennies, les chiffres de la FAO montrent que seulement 1,5 % des terres agricoles en Afrique sont irriguées, contre 14,7 % en Asie. L’amélioration de la disponibilité de l’électricité est également essentielle pour permettre le stockage frigorifique et alimenter les opérations de transformation. Près de la moitié de la population africaine n’a pas accès à l’électricité, qui est généralement beaucoup plus rare dans les zones rurales.

Sara Mbago-Bhunu, directrice du Fonds international de développement agricole (FIDA), une agence des Nations unies, met en garde contre le fait que « très peu de progrès » ont été accomplis dans l’électrification des installations agricoles au moyen de la production solaire hors réseau. Bien que cette technologie ait un grand potentiel, elle note que la volonté des gouvernements de maintenir des tarifs « irréellement bas » a sapé les investissements.

Sara Mbago-Bhunu juge que les modèles de paiement à l’utilisation pour l’énergie solaire hors réseau, qui permettent aux utilisateurs d’éviter un investissement initial important, peuvent contribuer à améliorer de manière significative l’accès à la réfrigération et à l’éclairage. Toutefois, elle estime que ces modèles « ne sont généralement pas adaptés à l’agro-industrie et à l’agro-transformation ». Elle estime que les fournisseurs de technologie solaire hors réseau doivent proposer des offres adaptées à l’agriculture, par exemple en proposant des services pour toute une série de fonctions agro-industrielles.

 

Le Nigeria accueille favorablement les investissements

Des progrès ont toutefois été accomplis dans la modernisation des installations agro-industrielles africaines. Valency Agro Nigeria, la filiale locale d’une société de produits agricoles basée à Singapour, a ouvert au début du mois une installation de chaîne d’approvisionnement dans la ville d’Ibadan, dans le sud-ouest du Nigeria : elle servira à l’entreposage et à la transformation de diverses cultures vivrières.

Sumit Jain, PDG du groupe Valency, explique que le complexe offre une capacité d’entreposage de plus de 45 000 tonnes de produits agricoles, soit l’équivalent de la production d’environ 10 000 petits exploitants agricoles. Le site comprend également des unités de nettoyage et une aire de séchage pour des produits tels que la noix de cajou et le cacao. D’autres installations de transformation devraient ouvrir au cours des deux prochaines années.

« Des complexes de cette nature ne peuvent qu’accélérer la chaîne d’approvisionnement globale et réduire le gaspillage alimentaire », explique l’entrepreneur. Qui souligne que cela est essentiel pour renforcer la sécurité alimentaire. La population du Nigeria devant dépasser celle des États-Unis à horizon 2050 environ, Sumit Jain estime que « ce pays aura besoin d’investissements appropriés pour nourrir la population locale et traiter les produits destinés à l’exportation ».

L’installation, qui a bénéficié d’un investissement de 15 millions $ de la part du British International Investment, a pour but d’aider le Nigeria à accroître l’utilisation des sous-produits agricoles. Par exemple, Sumit Jain fait remarquer qu’il est possible d’obtenir des lubrifiants et d’autres sous-produits à partir de la noix de cajou, ce qui permet de remplacer les produits à base de pétrole ou de charbon.

 

Créer des grappes d’entreprises

Cela étant, prévient Sara Mbago-Bhunu, il n’est pas facile de réaliser davantage de projets agro-industriels de cette nature. La perception accrue des risques liés à l’agriculture africaine rend plus difficile et plus coûteux l’accès au financement. Elle note que les investissements dans l’agro-transformation sont plus fréquents dans les zones périurbaines du continent. Ces zones ont un meilleur accès aux consommateurs, qui sont concentrés dans les villes. Elles bénéficient également de liaisons routières et sont plus susceptibles d’avoir un approvisionnement en électricité raisonnablement stable.

La responsable du FIDA affirme qu’une prochaine étape clé consiste à se concentrer davantage sur un modèle de grappe dans le secteur de l’agro-transformation. Il s’agit de créer une masse critique en concentrant les entreprises qui offrent des services couvrant plusieurs parties différentes d’une chaîne de valeur dans une zone donnée.

Les agriculteurs ont du mal à transporter les denrées périssables vers les marchés et qu'ils n'ont pas accès à des installations de stockage au froid.
Les agriculteurs ont du mal à transporter les denrées périssables vers les marchés et qu’ils n’ont pas accès à des installations de stockage au froid.

 

Le FIDA a investi, aux côtés de banques de développement et de l’État fédéral, pour créer des zones spéciales de transformation agro-industrielle au Nigeria. Le programme SAPZ, lancé en 2022, vise à stimuler le développement de chaînes de valeur autour de cultures sélectionnées, notamment le maïs, le manioc et le riz. Au moins sept États cherchent à accueillir des SAPZ dans le cadre de la première phase du programme.

Selon Sara Mbago-Bhunu, les organisations qui cherchent à améliorer les infrastructures de transformation des produits agricoles risquent de « perdre la bataille » si elles ne choisissent pas les bonnes zones dans lesquelles investir. Certaines des zones rurales les plus marginales ne sont pas vraiment bien placées pour attirer les investisseurs, d’autant plus que les catastrophes climatiques obligent de plus en plus de gens à partir. Mais en créant des groupes ou des corridors, les zones qui ont un bon potentiel de développement agricole peuvent décoller.

« Nous constatons de plus en plus que les gouvernements souhaitent concevoir des programmes de ce type, ciblant des zones d’investissement spécifiques afin d’attirer les investisseurs », explique-t-elle. Dès lors, lLes fonds publics ou ceux provenant d’institutions de développement peuvent contribuer à réduire les risques liés aux investissements du secteur privé dans les infrastructures de soutien.

@AB

 

 

 

Écrit par
Ben Payton

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