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African Business

Covid-19 : Une gouvernance africaine est indispensable

Un rapport de la Fondation Mo Ibrahim pointe les atouts et les retards de l’Afrique face à la crise sanitaire. La Fondation appelle à une gouvernance saine et coordonnée, ainsi qu’à de meilleures informations et collectes des données.

Par Laurent Soucaille

Le rapport « Covid-19 en Afrique, un appel à une gouvernance coordonnée, à une amélioration des structures de santé et à de meilleures données » détaille les failles et les avantages de l’Afrique face à la crise sanitaire.

En effet, si sa population jeune, sa relative expertise en matière d’épidémie, constituent des avantages, relativement aux autres régions du monde, l’Afrique souffre de la faiblesse de son système de santé. Aussi, l’Afrique doit-elle se doter d’une gouvernance saine et coordonnée, recommande la Fondation Mo Ibrahim.

Les dirigeants africains doivent tirer les enseignements de l’épidémie Ebola, en 2015, afin d’améliorer les systèmes de santé et l’accès des citoyens aux soins et aux informations, ce qui passe aussi par un renforcement des capacités statistiques.

A priori, et sous réserve que les statistiques soient fiables, justement, si l’Afrique présentait un faible risque d’importation du coronavirus, sa vulnérabilité est plus importante qu’ailleurs.

Bien sûr, la jeunesse de sa population constitue un atout, avec un âge médian inférieur à vingt ans. Le climat, également, pourrait être plus favorable à l’Afrique, bien que l’on manque de recul sur cet aspect. La grippe et autres virus respiratoires se transmettent principalement durant les saisons froides.

L’Afrique n’est pas démunie. Le CDC, sous l’égide de l’Union africaine, permet aux pays de réunir leurs efforts en matière de santé, d’épidémie. Dans chaque pays, les services publics de santé permettent une bonne intégration des politiques conduites.

En revanche, détaille la Fondation, d’autres facteurs sont plus inquiétants, comme le fait que 43% de la population vit dans des zones urbaines, comme le Caire (25 millions d’habitants ou Lagos (13,9 millions)…

Il sera difficile, dans ces mégapoles, de maintenir les « distances sociales » entre personnes, d’autant que les conditions d’hygiène et d’assainissement ne sont pas toujours optimales. De plus, on sait que l’Afrique souffre du sous-équipement, en nombre d’hôpitaux et de centre de santé. Surtout en matière de lutte contre les difficultés respiratoires.

Toute pandémie nécessite une collaboration

Précisément, un autre facteur qui distingue l’Afrique est le nombre élevé de maladies infectieuses et respiratoires auxquelles elle doit faire face ; le continent abriterait 22 des 25 pays les plus vulnérables aux maladies infectieuses, (indice de vulnérabilité IDVI, en 2016) et aux maladies qui semblent les plus dangereuses en cas d’infection au coronavirus.

Si certains pays ont commencé « à prendre des décisions énergiques », la faiblesse de ses systèmes publics d’Administration affaiblit la capacité des États à mettre leurs plans en œuvre.

C’est que le continent se caractérise aussi par les failles dans ses chaînes d’approvisionnement en médicaments et autres équipements de santé. Le continent ne compte que 2,1 médecins pour 10 000 habitants, dix fois moins qu’en Amérique latine et aux Caraïbes, par exemple.

Sur la base de diverses données internationales, dont l’indice Ibrahim de la gouvernance en Afrique (IIAG), la Fondation a identifié des défis immédiats lui conduisant à appeler à l’action : « Une gouvernance saine et coordonnée est nécessaire à travers le continent ».

Toute pandémie nécessite par nature une coordination générale des efforts au-delà des frontières nationales et régionales, et avec des acteurs multilatéraux et partenaires, encore plus dans un monde globalisé.

Seuls dix pays africains fournissent des soins de santé gratuits et universels à leurs citoyens, alors que les soins de santé dans 22 pays ne sont ni gratuits ni universels. « Les gouvernements doivent apporter des améliorations rapides «pour gérer et améliorer l’accès aux services de santé de base. »

Face aux lacunes, travailler ensemble est essentiel

 « Les efforts pour renforcer et améliorer la préparation pourraient aider à sauver des vies. » De plus, la couverture des données sur les établissements de santé et les résultats sanitaires en Afrique est faible.

Seuls huit pays africains ont une couverture complète de leurs systèmes d’enregistrement. Cela a un impact sur la production en temps opportun de données, cruciale en cas d’urgence sanitaire. Des statistiques de qualité et financement et l’autonomie des offices nationaux de statistique, sont indispensables à toutes les étapes de la prise de décisions et formulation de politiques.

Les statistiques de qualité sont essentielles à toutes les étapes de la prise de décisions. Aussi, le manque de financement et d’autonomie pour les offices nationaux de la statistique (ONS) signifie qu’ils n’ont toujours pas accès à de données, ne sont pas en mesure d’utiliser les dernières méthodologies statistiques et présentent des lacunes dans les connaissances statistiques en matière de flux de métadonnées et de mise à jour.

L’Afrique a montré des progrès, ces dernières années, avec une amélioration croissante de la santé publique. Selon l’indice IIAG, au moins 20 pays réalisent davantage de campagnes sanitaires auprès des populations, depuis 2008.

Mais 15 pays ont également enregistré une baisse. Toutes les parties devraient contribuer des campagnes d’information et de sensibilisation et contribuer à lutter contre la désinformation et les fausses nouvelles.

Une infrastructure médiocre peut empêcher le personnel d’atteindre les zones touchées à la vitesse requise, tandis que les communications l’infrastructure est tout aussi importante car elle permet d’établir un diagnostic. Les données montrent que toute action visant à renforcer des services dans ces domaines serait bénéfique.

L’Afrique n’est pas démunie

Enfin, une communication efficace avec le public est un facteur important pour la lutte contre les épidémies et est la clé de la gestion de la santé publique les urgences pour informer les citoyens, partager les informations et fournir des conseils sur l’atténuation des risques et de l’exposition.

Selon l’indicateur IIAG, 18 pays n’ont pas fait d’effort spécifique pour alerter leurs populations d’un risque d’épidémie, depuis 2008 ; 14 pays obtiennent le score maximum qui signifie que les urgences de santé sont aisées à sensibiliser et promptes à informer.

La plupart des pays affichent un score correct mais perfectible, c’est-à-dire que l’information auprès des populations n’est pas parfaite. La Fondation Mo Ibrahim s’étonne du cas de l’Algérie, l’un des pays prioritaires de l’OMS pour Covid-19, seul pays à recevoir le score le plus bas possible de zéro.

Ce qui signifie que les épidémies déclenchent à peine une campagne de sensibilisation. L’Algérie dispose pourtant d’une des meilleures couvertures sanitaires du continent, signale le rapport.

Bien sûr, l’Afrique n’est pas démunie. Le CDC, sous l’égide de l’Union africaine, permet aux pays de réunir leurs efforts en matière de santé, d’épidémie. Dans chaque pays, les services publics de santé, également coordonnées à l’échelle du continent, permettent une bonne intégration des politiques conduites.

Ce qui a conduit, dès février, à la création d’une Task Force spécialement dédiée au Covid-19. Très tôt, au moins 43 pays africains ont été dotés d’un laboratoire permettant de diagnostiquer le virus. Les services de contrôle ont été renforcés, 11000 agents de santé ont bénéficié de formation dispensée par l’OMS…

Carte

La couverture des données statistiques dans les établissements de santé, par les États, montre les retards pris par certains pays, comme l’Afrique du Sud, au contraire de bonnes performances de nations comme l’Algérie, par exemple.

…Bref, les pays ont appris de l’expérience Ebola. Ils ont consenti des investissements en ressources humaines, en information, en capacités de surveillance ainsi que dans la détection des maladies et leurs réponses.

Ainsi, de nombreux pays ont-ils commencé à contrôler la température des passagers aux aéroports. Les pays touchés par Ebola disposent encore d’installation d’isolement et d’une expertise en matière de maladies infectieuses.

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