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African Business

Covid-19 en Afrique : Quand les présidents parlent…

Dans la première catégorie, on retrouve, par exemple, Denis Sassou Nguesso qui manie la rhétorique guerrière en usant vingt-quatre fois du vocable « combat » et de ses dérivés dans sa longue allocution du 28 mars dernier, le tout à grands coups d’anaphores performatives (« Nous allons tous combattre »). Signe d’impuissance face aux épreuves à venir ?

Beaucoup évoquent également la question des fake news. Ainsi le gabonais Ali Bongo épingle ceux qui diffusent des « messages outrancièrement alarmistes ». Le tchadien Idriss Déby note « que les réseaux sociaux, au lieu de diffuser des informations de bonne source, authentiques et vérifiées, s’adonnent à la désinformation et à la manipulation, semant ainsi le doute, la panique et la psychose » pour ensuite « mettre en garde tous ceux qui se livrent à cette pratique criminelle. » 

D’autres, comme l’Équato-guinéen Teodoro Obiang, à la tête du pays depuis plus de quarante ans, se confinent dans leur palais pour « montrer l’exemple » ou restent muets. Ainsi au Cameroun, Paul Biya, au pouvoir depuis trente-sept ans comme président (après sept ans passés à la primature), n’a toujours pas parlé à son peuple début avril 2020, ce qui rassure… Il est vrai que l’occupant du palais d’Etoudi, Popaul comme on le surnomme au Cameroun, ne parle quasiment jamais… Demeures en marbre, mutisme et silence, n’arrêteront pas le virus ni ses conséquences socio-économiques.

Beaucoup restent toujours bloqués sur leur « je » omnipotent (Gabon, Togo, Tchad), histoire de faire entendre qu’ils sont à la manœuvre. Il est ainsi assez facile de distinguer Ali Bongo (Gabon) et son « je » qui pressent l’inquiétude et l’anxiété de ses compatriotes, du président malgache qui les « ressent et [les] comprend » (« votre crainte est ma crainte »).

En effet, du côté des leaders, on joue plus sur l’association de toutes les forces vives du pays en insistant sur la consultation des autorités religieuses et des instances étatiques (Madagascar, Côte d’Ivoire).

On appelle à la responsabilité non pas sur un mode quasi-injonctif mais en utilisant le « nous » (avec le « our survival is in our own hands » du ghanéen Nana Akufo-Addo résonne le « c’est ensemble que nous stopperons la propagation du coronavirus » de son homologue ivoirien).

Quant au sud-africain Cyril Ramaphosa, président d’un pays quelque peu à part sur le continent car disposant de plus de ressources sanitaires et économiques, il développe un discours d’union, empathique et plutôt humble. Le « We » (nous) qui associe est omniprésent (« We the government, We the Nation »).

Les mesures annoncées expriment une stratégie qui se veut claire (tests and tracing system), mais ce sont surtout les remerciements collectifs qui dominent, où le « I » (je) n’apparaît que comme une anaphore empathique (« I speak of the farmworker. I speak of the technician, I speak of the caregiver »). Finalement, assez éloigné du leader omnipotent, il annonce les difficultés, problèmes et ratés, à venir (« a number of mistakes will be made »).

Une chose est sûre, on veut convaincre que tout est mis en place pour faire face et gérer la pandémie (Kenya) et l’on remercie les acteurs de la santé (Libéria, Tchad, Gabon, Burkina-Faso). C’est la moindre des choses.

Dans les pays les plus pauvres du continent, on sent pointer une réelle impuissance que certains présidents tentent de cacher par de grandes considérations déconnectées des urgences et incompréhensibles pour la quasi-totalité de leurs concitoyens (tel le président centrafricain Faustin Archange Touadera parlant de « synergie d’actions » et évoquant des « considérations socio-anthropologiques et économiques »…) ou alors on appelle Dieu à la rescousse, au-delà des traditionnelles formules conclusives.

Ainsi au Niger, le 17 mars dernier, Mahamadou Issoufou évoque la fermeture de la « plus sainte des saintes mosquées, la Kaaba » avant d’annoncer diverses mesures. Au Mali, le 25 mars 2020, le président évoque lui aussi « le spectacle de la Kaaba vide (…) éprouvant pour un croyant » puis en appelle à la miséricorde divine. Dieu qui, dit-il, sera d’autant plus avec nous si l’on respecte les mesures prises par le gouvernement…

Alors que le président béninois joue franc jeu en affirmant que son pays n’a pas les moyens de lutter efficacement contre une probable expansion du virus, d’autres montent au créneau en annonçant, assez courageusement, une batterie de mesures tant sur les plans sanitaires qu’économiques (Sénégal, Côte d’Ivoire, Ghana, Kenya), même si certaines s’avèrent difficilement applicables au vu des contextes africains comme on l’a rapidement vu.

Beaucoup évoquent également la question des fake news. Ainsi le gabonais Ali Bongo épingle ceux qui diffusent des « messages outrancièrement alarmistes ». Le tchadien Idriss Déby note « que les réseaux sociaux, au lieu de diffuser des informations de bonne source, authentiques et vérifiées, s’adonnent à la désinformation et à la manipulation, semant ainsi le doute, la panique et la psychose » pour ensuite « mettre en garde tous ceux qui se livrent à cette pratique criminelle. » 

Même chose au Burkina Faso où Roch Marc Christian Kaboré dénonce « celles et ceux qui, à travers les réseaux sociaux, entretiennent la désinformation et sèment la panique. » La question est de taille. La Côte d’Ivoire, en partenariat avec les Nations unies, a d’ailleurs mis en place une cellule destinée à former 500 jeunes au numérique afin de mener une campagne contre les « infox ».

Par-delà ces allocutions, c’est de communication à destination du plus grand nombre dont il s’agit. S’il n’y a pas lieu ici d’évoquer les stratégies de communication des différents pays face au Covid-19, certains croyant encore qu’il suffit de parler pour être entendu et écouté, c’est cependant un point crucial.

Les grands discours en « gros français », comme on dit en Afrique de l’Ouest, ou les déclarations managériales de certains leaders anglophones, doivent être traduits dans les langues réellement parlées dans les rues et les campagnes africaines.

Ainsi, le discours de Macky Sall a été traduit en wolof, Andry Rajoelina s’adresse à ses concitoyens en malgache, le Bénin a lancé une série de spots radio dans une quinzaine de langues nationales, et le président tchadien « invite vivement à traduire les messages […] dans nos différentes langues nationales pour atteindre un large public ».

En guise de conclusion provisoire, on se rend compte que ce virus met une fois de plus en lumière des styles et des modes de gouvernance variables.

Entre présidents dinosaures (Cameroun, Guinée équatoriale), habitués des rodomontades (République du Congo), présidents plus ou moins managers (Nigeria, Kenya), leaders sur tous les fronts (Sénégal, Ghana, Madagascar) et d’autres avouant en creux leur impuissance (Mali, République démocratique du Congo, République centrafricaine), quasiment toute la gamme se retrouve.

On constate surtout la « fatigue » des mécanismes de fonctionnement de certains États et de certains potentats en bout de course mais également – répétons-le – la difficulté, voire l’incapacité, de beaucoup à vraiment toucher leurs populations.

Une chose est quasi certaine, en cas d’aggravation – malheureusement fort probable – des conséquences de l’épidémie, les populations africaines seront peu enclines à pardonner les erreurs, inconséquences et légèretés de leurs dirigeants. Certains l’ont d’ailleurs bien compris.

*De la Fondation Jean Jaurès

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