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African Business

Covid-19 en Afrique : Quand les présidents parlent…

Dès lors, les « conseils », prononcés ex cathedra, de certains, assis derrière leur bureau ou debout à leur pupitre, sur le lavage régulier des mains ou l’utilisation de mouchoirs jetables, peuvent laisser pantois leurs concitoyens : il n’y a pas de Kleenex pour l’écrasante majorité des Africains, quant à l’accès à l’eau, plus de la moitié d’entre eux estiment que leur gouvernement n’est pas à la hauteur.

Du côté des comptes Facebook, Twitter et autres groupes WhatsApp proche des oppositions traditionnelles souvent dirigées par des gérontes revanchards, ils ne sont pour le moment pas vraiment à la hauteur de l’enjeu et continuent comme si de rien n’était, en prônant encore et toujours l’affrontement ou en rajoutant de l’huile sur le feu (Guinée, Nigeria, Côte d’Ivoire). D’autres semblent nettement plus responsables (Sénégal).

Rappelons qu’en moyenne, à peine un peu plus d’un quart des Africains ont un accès direct à l’eau dans leur parcelle. Et il en va de même pour les consignes de distanciation sociale, peu applicables, notamment dans les grandes agglomérations où, selon la Banque mondiale, plus de 60 % de la population urbaine vit dans des bidonvilles.

Dès lors, les mesures-conseils de distanciation sociale dans des mégapoles comme Kinshasa ou Lagos, dans certains quartiers d’Abidjan, d’Accra ou de Dakar, ne peuvent véritablement s’appliquer.

Autre point important : la concurrence des réseaux sociaux, variables selon les pays en fonction de l’accès à Internet, qui diffusent fake news et informations parfois délirantes. Fin mars 2020, une étude conduite auprès des Dakarois indiquait que plus de quatre interviewés sur dix avant entendu parler du Covid-19 pour la première fois via les réseaux sociaux…

Outre les traditionnels « le virus, une maladie de blancs ne touchant pas les noirs », « un virus inventé pour casser l’Afrique », qui rappellent l’époque d’Ebola, pullulent tout un tas de « conseils » médicaux inopérants voire dangereux.

On retrouve également les traditionnelles interrogations sur l’état de santé des dirigeants, grand classique africain. On voit fleurir ici et là des attaques contre tel ou tel président, le virus devenant en quelque sorte l’un des catalyseurs de la grogne de certaines catégories de population.

Du côté des comptes Facebook, Twitter et autres groupes WhatsApp proche des oppositions traditionnelles souvent dirigées par des gérontes revanchards, ils ne sont pour le moment pas vraiment à la hauteur de l’enjeu et continuent comme si de rien n’était, en prônant encore et toujours l’affrontement ou en rajoutant de l’huile sur le feu (Guinée, Nigeria, Côte d’Ivoire). D’autres semblent nettement plus responsables (Sénégal).

Notons également que les mouvements citoyens de type Y en a Marre (Sénégal) ou du Balai Citoyen (Burkina Faso) se sont mobilisés pour informer et sensibiliser de manière exemplaire. Même chose dans certains pays d’Afrique centrale où ces mouvances, à l’instar de La Lucha en RDC, tendent à être les aiguillons de pouvoirs lents à réagir et peu à même de communiquer.

Face à cela, quasiment tous les présidents s’aperçoivent, une fois de plus, qu’il leur faudra compter sur la mobilisation des acteurs religieux, des organisations de la société civile, des artistes et des grandes entreprises pour aider les États à communiquer et sensibiliser sur la question de la prévention et les mesures à respecter, sans parler de la mobilisation de fonds.

Beaucoup ont d’ailleurs appelé les autorités religieuses et coutumières à la rescousse (Côte d’Ivoire où la constitution de 2016 a créé une Chambre nationale des rois et chefs traditionnels, Tchad, etc.) pour répercuter leurs messages.

Les grandes entreprises africaines ont répondu présent, les stars populaires aussi, du milliardaire nigérian Aliko Dangoté au footballeur ivoirien Didier Drogba, en passant par les musiciens célèbres, tout le monde s’y met. Les filiales des entreprises étrangères apportent également leur pierre à l’édifice comme Orange en Afrique de l’Ouest.

La Chine n’est pas en reste via les actions de Jack Ma, fondateur d’Alibaba, etc. Diverses organisations patronales ayant des intérêts sur le continent appellent également à la mobilisation, à l’instar du Medef français par la voix de Momar Nguer.

Sans soutiens et relais parmi les grands acteurs de la société civile et du monde religieux, la parole des leaders africains et des pouvoirs publics n’aura pas un impact réellement dimensionné à la crise. Ce sont donc des acteurs non-étatiques qui viennent suppléer aux défaillances et autres déficiences.

III – De quelques discours présidentiels (mars 2020)

Entre interventions télévisées old school ou discours parfois vraiment has been à coups de grandes envolées lyrico-patriotiques et volonté de lutter contre la pandémie en prenant les devants, on trouve toute une palette de réactions qui révèlent des façons de faire et des modes de gouvernance.

À côté de dirigeants parlant tôt (Rwanda, Gabon, Madagascar), certains prennent vraiment la parole tardivement (Guinée, Nigeria, Bénin) au point que certains se sont demandé s’il y avait un capitaine à la barre. Ainsi le nigérian Muhammadu Buhari parle trente-cinq jours après le premier cas déclaré dans le pays.

En Guinée, Alpha Condé, focalisé sur son référendum constitutionnel du 22 mars dernier, fait une courte allocution quatre jours après dans laquelle il se contente d’annoncer une suite de mesures. Quant au béninois Patrice Talon, il justifie son silence lors d’une interview télévisée le 29 mars 2020 parce qu’il est « à la tâche, jour et nuit, minute après minute. »

Aux discours, souvent longs et assez techniques (énumération de mesures) de nombreux leaders francophones, on trouve des présidents anglophones peut-être moins solennels mais qui essayent via une politique de rendez-vous réguliers (Ghana) d’informer et de sensibiliser.

L’une des initiatives les plus intéressantes en la matière semble être celle du président du Libéria, l’un des pays les plus pauvres du continent. En effet, à côté de discours classiques, George Weah enregistre une chanson Let stand together and fight Coronavirus qui passe sur les ondes. Certains pourraient trouver cela saugrenu, mais dans un pays où Internet est rare et cher, où les coupures d’électricité sont légion, la radio reste le moyen le plus simple pour toucher les populations.

Dans toutes ces interventions, on retrouve également la traditionnelle distinction entre des rulers, plus ou moins autocrates et des leaders, plus ou moins démocrates.

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