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African Business

Covid-19 en Afrique : Quand les présidents parlent…

Plus globalement, les rues des métropoles africaines peuvent être éruptives et cela pourrait créer des désordres. Ainsi, tout début avril dernier, à Yopougon, commune populaire d’Abidjan, suite à diverses rumeurs colportées sur les réseaux sociaux, des habitants ont détruit un centre de dépistage croyant qu’il s’agissait là d’un centre de traitement des malades.

Plusieurs présidents dans leurs discours ont évoqué ce dernier point, les uns de manière assez franche et combattive (Côte d’Ivoire et surtout Sénégal). D’autres – notamment les pays exportateurs d’hydrocarbures déjà affectés par une baisse des cours depuis plusieurs années – se contentent d’annoncer la mise en place de comités Théodule (République du Congo, Nigeria).

Des oppositions irresponsables souvent sans projet réel essayeront de jouer leur carte en manipulant tel ou tel segment de la population à coup d’arguments « populistes », surtout dans les pays devant connaître des élections à brève échéance (Guinée, Ghana).

Dernier fléau : une crise macro-économique impactant durablement toutes les économies du continent. L’ONU, le FMI, la Banque mondiale ont tiré la sonnette d’alarme : la crise économique que va entraîner le virus sur les économies africaines s’annonce impitoyable et brutale.

Les pays exportateurs de matières premières au premier rang desquels on trouve les pétroliers (près de 90 % des exportations du Nigeria) ont tablé sur des budgets avec des cours à un certain niveau. Ceux-ci s’effondrent sous l’effet de la crise et tout est remis en question.

Les investissements directs étrangers, les fameux IDE, vont se réduire. Sur un continent où près de 70 % des produits alimentaires de base sont importés, la désorganisation des circuits et l’augmentation des prix risquent fort d’ébranler des économies aux équilibres déjà précaires. Que dire des pays touristiques (Tunisie, Kenya) ?

Quant à la question de la poursuite de construction de grandes infrastructures ou celle de projets attenants, elle passe en mode stand-by (par exemple, au Burkina Faso, la construction de la route Ouagadougou-Bobo Dioulasso pour un montant d’un peu plus d’un milliard de dollars est gelée et au Ghana, deux milliards d’euros d’investissements chinois sont pour le moment bloqués).

Les diverses institutions financières sous-régionales (Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest) sont certes à la manœuvre mais cela ne devrait pas suffire pour atténuer les effets de la crise.

Plusieurs présidents dans leurs discours ont évoqué ce dernier point, les uns de manière assez franche et combattive (Côte d’Ivoire et surtout Sénégal). D’autres – notamment les pays exportateurs d’hydrocarbures déjà affectés par une baisse des cours depuis plusieurs années – se contentent d’annoncer la mise en place de comités Théodule (République du Congo, Nigeria). Plusieurs observateurs évoquent d’ailleurs un « désastre » à venir pour les pays bénéficiant de la manne pétrolière.

Outre ces cinq fléaux, potentiellement incomparables aux problèmes occidentaux, l’épidémie survient dans un contexte particulièrement épineux pour certains pays, notamment sahéliens. Ainsi, au Mali, où l’État est virtuel sur une partie du territoire et où les structures de santé sont particulièrement déficientes, le tout dans une situation sécuritaire de plus en plus aléatoire, le Covid-19 a devant lui « un terrain de chasse » rêvé.

D’autant plus qu’à la suite de la France et de ses élections municipales de mi-mars 2020, de la Guinée avec son double scrutin du 22, le premier tour des élections législatives maliennes du 29 mars dernier a été maintenu, en l’absence du principal candidat de l’opposition (Soumaïla Cissé) enlevé par un groupe djihadiste.

Le second tour est prévu le 19 avril prochain… Que dire du Tchad, du Burkina Faso ou du Niger qui se débattent face à la menace djihado-terroriste dans un combat qui mine, depuis des années maintenant, leurs économies et leur stabilité, déplace des centaines de milliers de personnes et traduit l’incapacité d’États fragiles, débordés et peu à même d’assurer leurs missions ? Même chose au Cameroun ou au Nigeria avec ses provinces septentrionales. Quid, également, de la République centrafricaine ou du Soudan du Sud, pays aux États faillis ?

Des paroles potentiellement décrédibilisées et concurrencées : le nécessaire recours aux acteurs non-étatiques

Par-delà ces quelques points, la tâche des pouvoirs publics est titanesque. Ils doivent informer au maximum pour éviter une crise multidimensionnelle – rappelons que, fin mars 2020, plus de neuf Maliens sur dix n’avaient pas entendu parler du coronavirus – et mobiliser a minima autour d’un projet destiné à préserver le plus possible les populations et à sauver les économies.

Les présidents et les pouvoirs publics doivent faire face à deux écueils : le discrédit de la parole politique et la concurrence des réseaux sociaux, puissants vecteurs de fake news.

La parole politique, sauf exception, ne porte pas vraiment en Afrique : on n’écoute plus vraiment les leaders, au pouvoir ou dans l’opposition, éloignés des aspirations populaires. Leurs déclarations « hors-sol » se heurtent généralement à l’indifférence.

Il n’y a qu’à voir les discours de vœux de Nouvel An de certains pour s’apercevoir de la déconnexion entre des tirades technocrates et autres satisfecit étonnants d’avec les aspirations des populations. Qu’on se souvienne également du peu de confiance que les populations ouest-africaines accordaient à leurs leaders lors de la dernière grande épidémie d’Ebola.

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