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African Business

Covid-19 en Afrique : Quand les présidents parlent…

Quelles sont les réactions – dans le discours et l’action – de la part des différents chefs d’État africains face à l’épidémie et ses conséquences, véritables menaces sanitaires mais aussi alimentaires, économiques, sécuritaires et sociales pour nombre de pays du continent ? Quelle est leur efficacité ? 

Par François Backman*

Avec l’expansion de l’épidémie de Covid-19, nombre d’observateurs annoncent le pire pour l’Afrique, à l’instar d’une récente note du Quai d’Orsay reprenant en grande partie ce que disent nombre de think tanks et d’observateurs africains.

Comment les divers présidents africains ont-ils réagi face à la menace grandissante ? Comment l’ont-ils dit à leurs populations ? Deux questions auxquelles cette note apporte quelques éléments de réponse.

Au Nigeria, par exemple, les pouvoirs publics ont mis en place des dispositifs WhatsApp et des numéros verts pour signaler les « comportements non-professionnels » (unprofessional conduct) de l’Armée, signe que le problème est réel.

À partir d’une centaine de déclarations de dirigeants, on analysera rapidement comment ceux-ci parlent à leurs populations et comment ils entendent affronter l’écueil.

Toutes ressemblances avec les déclarations de leaders occidentaux, asiatiques ou sud-américains, plus ou moins dépassés, n’est pas nécessairement fortuite…

Après avoir ensuite évoqué les cinq calamités qui vont percuter les pays du continent à des degrés divers, on constate que la parole présidentielle reste fragile et que, dans nombre de pays, elle peut être le révélateur de l’incapacité du politique à communiquer.

Enfin, on passera en revue quelques-uns des thèmes émaillant les allocutions présidentielles. Derrière cela, c’est une fois de plus la question de l’État et celle du leadership qui sont posées mais également celle de la dévalorisation de la parole politique émanant d’acteurs institutionnels.

Du Liberia au Kenya, de Madagascar au Mali, en passant par le Ghana ou le Gabon, rapide incursion dans une vingtaine de pays.

Covid-19 : quintuple peine pour l’Afrique

Face au Covid-19, le continent va devoir affronter cinq fléaux et il n’en avait vraiment pas besoin, les prévisions pour les années à venir n’étant déjà pas au beau fixe pour nombre de pays.

En Afrique, pas de filet de sécurité, pas de chômage partiel, pas de système de santé adéquat, les crises se payent cash. Bien évidemment, tous les pays ne sont pas nécessairement égaux à l’encontre de cette menace multidimensionnelle.

Comme on s’en doute, le premier fléau est sanitaire. Le deuxième est alimentaire, on est ici au niveau micro-économique, c’est du prix du sac de riz ou de la boule d’attiéké dont il est question. En découlent deux autres : un qui sera social et un autre sécuritaire.

Le cinquième est macro-économique et impactera le développement du continent si l’on se contente de demi-mesures et d’atermoiements. Quintuple peine donc sur fond de discrédit de la parole politique et du peu de confiance accordé aux leaders.

Au niveau sanitaire, il n’y a pas lieu ici de s’étendre sur l’état des infrastructures du continent : elles sont défaillantes voire quasi inexistantes dans les pays les plus faibles et les cliniques privées sont hors de prix pour la presque totalité de la population.

Quant à l’expérience des pays ayant connu de récentes épidémies d’Ebola (République démocratique du Congo-RDC, Guinée, Sierra Leone, Libéria), on peut émettre quelques doutes qu’elle serve véritablement en cas d’aggravation de la crise.

Par ailleurs, la corruption de certains pans des autorités de santé peut laisser songeur dans certains pays quant à leur volonté de vraiment s’impliquer : du CHU dont les crédits ont été débloqués mais qui n’a jamais été construit en passant par le trafic de poches de sang dans certains hôpitaux publics, la liste des « ratés » en la matière est longue.

Et les populations africaines vivent cette situation quotidiennement. Il suffit de rentrer dans un hôpital public pour s’en rendre compte. Il y a quelques mois, la mésaventure est d’ailleurs arrivée au dirigeant tchadien, lors d’une visite inopinée au principal hôpital de Ndjamena.

Au vu de la situation, trois jours plus tard, Idriss Déby limogeait son ministre de la Santé. Même chose, mi-février 2020, au Rwanda quand Paul Kagamé se sépare de sa ministre de la Santé accusée d’incompétence en matière de prévention face au Covid-19. Une chose est sûre, les Africains risquent de payer le prix fort en la matière.

Deuxième fléau potentiel : une crise alimentaire. Les confinements ou les cordons sanitaires mis en place autour des grandes villes, les fermetures de marchés, les entraves à la liberté de circulation vont désorganiser les chaînes d’approvisionnement en produits de base. Il y aura donc moins de denrées, celles-ci seront plus rares et plus chères.

Ce n’est pas un hasard si Félix Tshisekedi, en RDC, en appelle à « inonder le marché de Kinshasa de vivres ». Au Tchad, Idriss Déby en pleine opération Colère de Bomo, destinée à venger la mort d’une centaine de soldats tchadiens massacrés par Boko Haram, s’en prend – à juste titre – aux « commerçants véreux » qui augmentent leur prix.

Ce n’est pas un hasard non plus si une fois les mesures de confinement partielles et de couvre-feux connues, nombre d’Africains ont fui les villes pour retourner « au village » où, là au moins, ils sont sûrs de pouvoir manger. On est bien loin du cadre français se calfeutrant dans sa résidence secondaire avec sa réserve de papier toilette et son abonnement Netflix…

La crise sociale – troisième fléau – est inéluctable. Elle amènera une précarisation accrue de nombreuses couches de la population et impactera la « floating middle class ».

Dans des pays où plus de 80 % des emplois relèvent du secteur informel, où l’on vit au jour le jour, une baisse ou une interruption d’activités liées aux mesures de confinement et autres restrictions de circulation se répercutent immédiatement sur les finances.

Si l’on ne gagne plus rien, nourrir les siens s’avère vite problématique. Certains dirigeants ont bien pris conscience de l’ampleur du problème, à l’image d’Andry Rajoelina qui se démène à Madagascar pour atténuer les effets de la crise sur la vie quotidienne.

En Côte d’Ivoire, au Sénégal ou au Togo, les présidents annoncent une batterie de mesures destinées à soutenir les populations les plus défavorisées : on reporte le paiement des factures d’électricité, on met en place des distributions de vivres, etc. D’autres leaders sont nettement plus lents à la détente, comme en République démocratique du Congo.

Des grèves se sont déjà déclarées dans de nombreux pays où plusieurs professions ne peuvent plus travailler et donc vivre. Tout ceci va accentuer la désorganisation et attiser la grogne sociale, voire favoriser les émeutes.

Peut alors survenir un problème sécuritaire à plusieurs niveaux. Ainsi, pour faire appliquer les diverses mesures de prévention (confinement, limitation des déplacements, etc.), les forces de l’ordre utilisent la manière forte via diverses exactions.

Les populations fatiguées par de tels manquements risquent fort de passer en mode lynchage des occupants de « cargos » (c’est ainsi qu’on appelle les gros 4×4 des forces de police en Afrique de l’Ouest). Sauf erreur, seul le président ghanéen a mis l’accent sur cette question dans l’une de ses Address to the Nation.

Au Nigeria, par exemple, les pouvoirs publics ont mis en place des dispositifs WhatsApp et des numéros verts pour signaler les « comportements non-professionnels » (unprofessional conduct) de l’Armée, signe que le problème est réel.

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