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African Business

Coopération : Un record de l’Aide publique au développement à nuancer

En 2020, les pays riches ont légèrement intensifié leurs aides face à la pandémie, mais des disparités apparaissent, révèle l’OCDE. L’aide a davantage pris la forme de prêts, à des pays jugés solvables. Elle a légèrement reculé en Afrique subsaharienne.

Par Aude Darc

Selon l’OCDE (Organisation de coopération et développement économique), l’aide extérieure consentie par les donneurs publics a atteint son plus haut niveau en 2020. Elle a représenté 161,2 milliards de dollars, soit une hausse de 3,5%. Cette ADP (Aide publique au développement) représente 0,32% du Revenu national brut (RNB) des pays donateurs.

« Les prochaines années seront difficiles et les financements que nous consentons doivent produire plus de résultats que jamais », juge Susanna Moorehead, présidente du Comité d’aide au développement.

Sans surprise, la crise de la Covid-19 a mobilisé des fonds supplémentaires ; les membres du Comité d’aide au développement (CAD) ont dépensé 12 milliards $ pour des activités liées à la pandémie, dont 9 milliards pour les pays de l’Union européenne (hors Royaume-Uni). Si l’ADP à destination du Continent a augmenté de 4%, celle spécifique à l’Afrique subsaharienne s’est tassée de 1%.

ADP OCDE graphique

L’APD totale correspond à environ 1 % du montant que les pays ont mobilisé pour des mesures de relance économique, destinées au redressement de leurs propres sociétés face à la crise sanitaire, calcule l’OCDE. Pendant ce temps, le mécanisme mondial de distribution de vaccins Covax demeure « gravement sous-financé », commente le Secrétaire général de l’Organisation, Angel Gurría.

Dans les premiers mois de 2020, il s’est agi pour une part de dépenses nouvelles, mais également d’autres ressources issues de programmes de développement existants qui ont été réorientées. La plupart des fournisseurs ont assuré qu’ils n’interrompraient pas les programmes déjà en place.

Encore un effort

« À l’échelle mondiale, les gouvernements ont mis en œuvre des mesures de relance liées à la Covid-19 équivalant à 16 000 milliards $, et nous n’avons mobilisé que 1 % de ce montant pour aider les pays en développement à faire face à une crise sans précédent pour les générations actuelles », regrette Angel Gurría.

« Cette crise est un test pour le multilatéralisme et le concept même d’aide extérieure », observe-t-il. À son sens, les pays occidentaux doivent « déployer un effort beaucoup plus massif pour aider les pays en développement en matière de distribution de vaccins, de services hospitaliers, et pour soutenir le revenu et les moyens d’existence des populations des plus vulnérables afin d’assurer une reprise mondiale ».

Si l’ADP a augmenté, d’autres flux de revenus à destination des pays en développement ont diminué : échanges, investissements directs étrangers et envois de fonds des travailleurs émigrés. Ce qui fait craindre que les ressources intérieures soient de plus en plus mises sous tension. Au total, les financements privés extérieurs à destination des pays en développement ont chuté de 13 % en 2020, et le volume des échanges a reculé de 8,5 %.

D’autre part, l’ADP a pris, davantage que les années précédentes, la forme de prêts et participations (22% contre 17% en moyenne). De plus, les pays occidentaux sont encore loin de l’objectif d’une Aide représentant 0,7% de leur RNB.

Toutefois, six membres du CAD (Allemagne, Danemark, Luxembourg, Norvège, Royaume-Uni et Suède) ont atteint ou dépassé cet objectif de 0,7 %. À noter que non-membre du CAD, la Turquie a fourni une aide équivalant à 1,12 % de son RNB.

Priorité aux plus vulnérables

L’APD bilatérale destinée à l’Afrique et aux pays les moins avancés a augmenté de respectivement 4,1 % et 1,8 %. L’aide humanitaire a progressé de 6 % mais l’aide consacrée à l’accueil des réfugiés dans les pays donneurs a reculé de 9,5 %. Au total, l’Afrique a donc reçu 39 milliards $ d’ADP, mais l’Aide nette consentie à l’Afrique subsaharienne, qui s’est établie à 31 milliards $, ressort en baisse de 1% en termes réels. En cause, le désengagement de certains donateurs, dont le Royaume-Uni.

Susanna Moorehead, présidente du CAD, reconnaît que la crise épidémique a sans doute détourné une partie de l’aide accordée à des secteurs cruciaux pour le développement durable au profit d’autres secteurs en prise directe avec la pandémie. « Les prochaines années seront difficiles et les financements que nous consentons doivent produire plus de résultats que jamais. » Pour Susanna Moorehead, « si nous voulons vraiment reconstruire pour un avenir meilleur et plus vert, nous devons nous concentrer sur les pays les plus vulnérables, et sur les personnes les plus vulnérables en leur sein, notamment les femmes et les filles ».

Selon l’enquête de l’OCDE, le soutien à court terme apporté pour aider à faire face à la crise sanitaire a été centré sur les systèmes de santé, l’aide humanitaire et la sécurité alimentaire. Les fournisseurs d’aide ont indiqué que, sur le moyen terme, ils s’emploieraient plus particulièrement à rendre les diagnostics et les vaccins accessibles aux pays démunis, et qu’ils apporteraient également un soutien pour remédier aux conséquences économiques et sociales de la pandémie.

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