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African Business

Finance en Commun : réunir les États et les financiers privés

Poussées à une croissance rapide par la crise sanitaire, les banques de développement se coalisent peu à peu. Elles seront réunies en octobre 2022 par l’AFD, la BAD et la BEI, afin d’acter les voies concrètes de leur harmonisation.

 

Par Nicolas Bouchet

« Trouver une trajectoire pour les banques publiques. » En octobre à Abidjan, la BAD (Banque africaine de développement) organisera le troisième sommet Finance en Commun, aux côtés de la BEI (Banque européenne d’investissement). Des banques d’investissement publiques de toutes envergures y seront représentées, dans l’esprit du premier Sommet tenu en 2020 à Paris. L’AFD (Agence française de développement), qui travaille à la coordination des banques publiques de développement, donne ainsi le devant de la scène à ses partenaires multilatéraux de l’échelon régional. Un choix d’échelle adopté pour s’adresser à tout le continent bien que les bilatérales et multilatérales ne représentent que 10% des participantes à cette coalition financière. Il s’agit aussi un changement de méthode avec la multiplication des thèmes abordés.  

Fédérateur, Adama Mariko, secrétaire général de Finance en Commun, résume son objectif : « Constituer un ensemble cohérent composé des régulateurs, des banques publiques et des privées pour que la finance soit en phase. »

La finance pour le climat intègre l’agenda du Sommet pour trouver une cohérence avec la COP 27 qui aura lieu en novembre 2022 à Charm-el-Cheikh. Le secrétariat de Finance en commun, situé à l’AFD, a pour but de « trouver une solution financière complète grâce aux banques publiques de développement pour le climat, l’adaptation et tous les ODD ». Sous l’impulsion de nombreuses crises, l’eau, la nutrition, l’agriculture, l’énergie et l’urbanisme sont aussi au programme de la rencontre. Une ambition large qui dépasse de loin le thème de l’agriculture traité à Rome en 2021 et qui doit amener les institutions à vivre ensemble malgré les difficultés d’une structure informelle.

Dans son rôle de chef de file des banques de développement, l’AFD mène un travail d’harmonisation et de convergence qui n’a rien d’évident. Optimiste, l’opérateur souligne que la crise de la Covid-19 a mis en lumière que « toutes les banques font la même chose en France, au Brésil ou en Chine ». L’initiative n’est pas née par hasard à l’automne 2020 et la crise sanitaire a poussé son directeur général à prendre les devants.

 

Mutualisation

« Groupement de banques publiques de développement lancé par l’AFD sur une idée de Rémy Rioux », le président de l’AFD, le Sommet fait du développement le socle commun de ses participants. Sous pression financière, les États sont revenus à la banque publique comme « outil de développement et de réponse rapide à la crise, de la Banque mondiale à la BNDR au Mali, avec des solutions de court terme ». Rémy Rioux et d’autres dirigeants d’établissements publics tiennent à s’exprimer d’une seule voix au nom de toutes les banques dans les instances de Finance en Commun, devant le privé et l’ONU mais aussi à la COP. La mutualisation possible devra s’accomplir dans un réseau de 550 institutions financières qui sont « à 90% des banques nationales de développement et travaillent d’abord pour leur pays »

L’accélération est assurée par Adama Mariko, secrétaire général du Sommet. Jouant un rôle d’interface, il commande des travaux de recherche et d’identification des banques et les invite à joindre leurs forces. Ceci parce que  les multilatérales parlent pour elles-mêmes tandis que les banques nationales n’ont pas accès à la scène internationale ». Il a récemment  établi le contact pour la première fois avec la Banque éthiopienne de développement, créée en 1909. Et à force de networking, les ministres du G20 ont reconnu en Finance en Commun « une contrepartie solide qui apporte des réponses au défi des ODD ».

Le terrain est prêt pour un troisième Sommet qui s’apparente à un nouveau lancement post-Covid tant il doit répondre à la question de « faire coopérer les banques entre elles ». Le choix du continent pour l’édition 2022 s’inscrit « dans une année où a eu lieu le Sommet UA-UE à Paris et où la COP 27 sera organisée en Afrique ». Or, faire entrer un grand nombre de banques dans la soutenabilité a un coût qui « demande une volonté politique et managériale forte ». Et cela même à l’AFD où des spécialistes produisent une analyse de risque environnemental avant chaque projet depuis plus de dix ans. Il faut trouver les clés de l’opérationnalisation pour des acteurs qui « ne font pas assez de climat » mais qui participent potentiellement à la cible annuelle de 100 milliards de dollars choisie par la COP.

 

Une finance claire

Pour « trouver un levier, une expression politique de la question des banques publiques » et répondre aux critiques qui déplorent un manque de mobilisation de l’argent du privé, Finance en Commun parie sur « une gouvernance inclusive ». Une plateforme informelle, qui réunit les coalitions et associations régionales de banques publiques et les multilatérales, supervise le travail d’harmonisation de l’AFD. Les organismes du système ONU et la société civile prennent part à un Comité exécutif qui donne des orientations stratégiques à l’ensemble.

Pour assurer la substance, des groupes sectoriels sur le sport, l’eau ou l’investissement social associent les banques à la décision opérationnelle. L’IFAD (Fonds international pour le développement agricole) pilote depuis 2021 le groupe des banques publiques pour l’agriculture et développe des lignes d’activité dédiées utilisables par les banques même non spécialisées. Pour le secteur privé africain, un fonds de 4 milliards d’euros d’engagement sur trois ans a été décidé dans le groupe correspondant. Ainsi, « les banques ont un endroit où discuter de leur business model, des normes et des méthodes avec lesquelles elles travaillent, et où décider ensemble de lancer une initiative commune ».

Dans le concret de l’exécution, le secrétariat de Finance en Commun doit démontrer à ses États membres la réalité d’une « architecture internationale de la finance claire », indispensable pour financer des projets importants d’infrastructures en période de crise. Les banques centrales veulent aussi voir la preuve des financements durables et plus « verts » et des plans de travail devront être annoncés à Abidjan. Et pour mobiliser l’argent du privé, les banques publiques doivent convaincre les privées de leur savoir-faire et d’investir avec elles. Fédérateur, Adama Mariko résume son objectif : « Constituer un ensemble cohérent composé des régulateurs, des banques publiques et des privées pour que la finance soit en phase ». 

Au Sommet d’Abidjan, la BAD et la BEI mettront à l’agenda « non pas ce que les banques veulent individuellement mais comment elles peuvent servir l’écosystème financier ». Elles voient pour modèles vertueux les banques nationales d’Afrique du Sud et du Brésil qui poussent un agenda « vert ». Il sera aussi question pendant deux jours des droits humains, de santé et d’investissement social. « Une présence massive des décideurs », permise par la période post-Covid, devra produire des décisions d’investissement claires tant « nous n’avons plus le temps pour les inerties ».

@AB

 

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