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African Business

CPA : L’heure des retours d’expérience

Les moyens sont enfin au rendez-vous mais les Success Stories manquent alors qu’approche l’heure du bilan de l’action du Conseil présidentiel pour l’Afrique réuni autour d’Emmanuel Macron.

Par Nicolas Bouchet

Nouvelle étape des rendez-vous donnés par le CPA (Conseil présidentiel pour l’Afrique) sur le thème de l’entrepreneuriat des diasporas, un webinaire a été organisé par l’Ambassade de Tunisie le 11 mai. Le soutien financier aux aspirants entrepreneurs y a tenu une place centrale, illustrée par des retours d’expérience personnels autant que des résultats obtenus par des dispositifs institutionnels.

Le président du CPA, Wilfrid Lauriano do Rego, a fait état de l’intérêt de 71% des Français d’origine africaine à conduire un projet avec leur pays d’origine, selon le résultat d’un sondage commandé à l’institut OpinionWay.

Son action désormais suspendue au calendrier électoral français, le CPA s’attache à soigner son bilan de « guichet d’information unique » des entrepreneurs des deux rives et de mise en relation des moyens et des besoins.

Leur ambition souffre cependant d’un triple déficit d’accès à l’information, d’accompagnement et de mentorat, enfin de disponibilité des financements.

Les acteurs publics français de l’expertise business trouvent dans la mission du CPA un canal valable pour adapter leur offre et, pour certains, faire connaître le bilan d’une action.

Un réseau d’entrepreneurs

La crise sanitaire a propulsé au premier plan une institution comme la BPI (Banque publique d’investissement), chargée de manier le Pass Africa. Ce dispositif permet « d’accéder aux bons financements au bon moment », explique le directeur régional pour l’Afrique de l’Ouest et centrale Arnaud Floris.

Qui décrit sa gamme d’outils déclinés par besoins : « Accompagnement à l’export, assurance prospection, aide à l’innovation, prêts innovation », s’offrent aux entreprises qui justifient de deux ans d’existence et d’un chiffre d’affaires compris entre 100 000 et 500 000 euros, en plus de témoigner d’une ambition franco-africaine. Une plateforme de 15 000 utilisateurs pensée comme un réseau social s’offre aussi aux bénéficiaires du Pass Africa.

Plus près encore de l’ambition exprimée par le CPA, le programme Entrepreneuriat pour tous présenté par Ahmed Bouzaoui, de BPI également, vise en France cette fois « les entrepreneurs des quartiers populaires pour faire connaître des solutions gratuites mais méconnues d’eux ». À la clé pour les jeunes entrepreneurs qui auront la création d’emplois en tête autant que le chiffre d’affaires, mentorat, financement, et accès à un réseau de fournisseurs.

Dépasser le stade expérimental

Dans un registre plus classique mais fort d’un budget de 8,5 millions d’euros, Expertise France porte Meet Africa (phase 2) et « mobilise les ressources de la diaspora africaine en Europe ». L’initiative « passe à l’échelle » en visant le financement d’un millier d’entrepreneurs après une première phase qui en a soutenu 80 et généré la création de 272 emplois.

L’opérateur a pour objectif d’amener 140 de ces 1 000 lauréats à un parcours d’accompagnement et 170 d’entre eux à bénéficier d’un abondement de fonds propres de 12 000 euros pour crédibiliser leur business plan. Même logique de moyens chez l’opérateur Expertise France avec son programme Talents en commun.

Son responsable Louis Arsac gère 1,5 million d’euros pour « prendre en charge les salaires et les obligations sociales » de l’expertise issue des diasporas, mobilisée au service de besoins identifiés par les administrations publiques de pays africains. Un programme « expérimental » fait de fiches de poste auxquelles il faut donner un visage pour deux ans en puisant dans « les compétences des diasporas européennes et africaines ».

« Et la Tunisie, dans tout ça ? », interpelle l’Ambassadeur tunisien Mohamed Karim Jamoussi. Premier investisseur africain dans l’Hexagone, le pays est en retour « un beau potentiel pour la France ». En 2020, c’étaient plus de 1 500 entreprises qui comptaient une participation financière française et un niveau d’investissement supérieur à 1,8 milliard de dinars en 2020 malgré une baisse de 28,8% par rapport à 2019. Les diasporas « bâtissent des ponts entre l’Afrique et la France et contribuent au développement économique de leurs pays d’accueil », rappelle l’Ambassadeur.

Un point de vue que rejoint le président du CPA pour qui « l’entrepreneuriat des diasporas contribue aux partenariats mais aussi à la cohésion sociale et au vivre-ensemble en France ». Dans le monde en 2019, ce sont 548 milliards de dollars qui ont été transférés par les diasporas, ce dont l’Afrique a bénéficié à hauteur de 44 milliards. Durant cette année record, la Tunisie a bénéficié de 1,9 milliard $ en transferts d’argent.

Avec la diminution des revenus des diasporas sous le coup de la crise sanitaire, les investissements étrangers sont désormais courtisés activement par la diplomatie tunisienne pour soutenir le niveau d’activité. Selon Karim Jamoussi, citant la FIPA (Agence de promotion des investissements extérieurs), les IDE (Investissements directs à l’étranger) ont tout de même atteint 1,8 milliard de dinars (670,6 millions $) en 2020, malgré une baisse de 30% par rapport à l’année précédente.

Des expériences tunisiennes inspirantes

Au confluent des subventions et des investissements se trouve la figure de l’entrepreneur. Africain, issu de l’immigration, diasporique… la distinction ne compte plus vraiment. Le rendez-vous du 11 mai a trouvé un équilibre entre les aspirations des entrepreneurs Français d’origine africaine et celles des Africains. Il est entendu que tous peuvent former des projets sur le continent comme en Europe sans que leur localisation conditionne ce choix. La Tunisie étant à l’honneur, l’exemple est venu des sociétés Starter United et OuiCoding.

Représentées respectivement par Moktar Farhat et Sofiane Boukhris, elles ont en commun des liens forts établis entre les écosystèmes de Tunisie et de France mais aussi de pays tiers européens et africains. Tous deux illustrent une certaine volonté de positionnement international intervenue dès le décollage de l’entreprise. Starter United est implantée à Saint-Ouen, Tunis et Dakar.

Si elle accompagne l’entrée de jeunes entrepreneurs dans des franchises et se fait le relais du Pass Africa, c’est que son dirigeant a cofondé Créo voici quinze ans, une initiative qui a donné plus de 700 emplois à des jeunes de quartiers populaires. OuiCoding a fait ses débuts dans le remote sourcing en France, en Tunisie et au Maroc et expérimente actuellement une filiale sénégalaise. « Nous croyons que les talents sont partout », affirme Sofiane Boukhris en renfort de la vision du CPA.

Son action désormais suspendue au calendrier électoral français, le CPA s’attache à soigner son bilan de « guichet d’information unique » des entrepreneurs des deux rives et de mise en relation des moyens et des besoins. Si le nombre effectif de créateurs d’entreprise aidés demeure faible plusieurs institutions financières et opérateurs techniques français ont témoigné du bénéfice de leur expérience aux côtés du Conseil. Reste à convaincre le politique de continuer l’aventure.

NB

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