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Conjoncture

Vers un recul des investissements étrangers ?

Vers un recul des investissements étrangers ?
  • PubliéAugust 22, 2022

Quel est l’impact du relèvement des taux d’intérêt, en Afrique et dans le monde, sur les investissements en direction du continent ? Pour les économistes des menaces certaines pèsent sur l’attractivité des investissements, mais le resserrement monétaire recèle des points positifs.

 

Il est difficile d’imaginer que les banquiers centraux, à la FED, à la BCE, à la Banque d’Angleterre, qui ont décidé de relever leurs taux directeurs, ont beaucoup songé à l’Afrique. Pourtant, leurs décisions, destinées à juguler une inflation galopante, auront certainement des répercussions majeures sur le continent.

Jusqu’à très récemment, de nombreux indicateurs indiquaient que l’Afrique bénéficiait d’un solide rebond des investissements après la chute brutale provoquée par la crise Covid-19. Les investissements directs étrangers (IDE) ont atteint le chiffre record de 83 milliards de dollars en 2021, dont 39 milliards de dollars dans des projets greenfield. Parallèlement, les investissements en fonds propres et en capital-risque ont bondi à 7,4 milliards $, après avoir chuté à 3,2 milliards de dollars en 2020.

« La clé est que l’Afrique prouve ses succès. Cela permettrait d’attirer les investissements étrangers, de récompenser les investisseurs locaux et de favoriser une culture de la croissance dans la région. »

Aujourd’hui, la détérioration de l’environnement macroéconomique mondial menace d’anéantir les pousses vertes de la reprise. Les analystes affirment que les taux d’intérêt plus élevés aux États-Unis et dans les autres grandes économies attireront les capitaux des marchés émergents. 

« Une hausse rapide des taux d’intérêt américains et un dollar plus fort, accompagnés de hausses de taux moins importantes dans la plupart des pays riches, réduiront inévitablement l’attrait des actifs plus risqués des marchés émergents », explique Pratibha Thaker, directrice éditoriale pour le Moyen-Orient et l’Afrique à l’Economist Intelligence Unit.

« Les tendances indiquent donc une baisse des entrées de capitaux étrangers en Afrique au total, malgré un resserrement monétaire compensatoire sur les marchés clés, comme l’Afrique du Sud. »

 

Chute des monnaies africaines

Les gestionnaires d’actifs auront désormais plus de mal à convaincre les investisseurs privés de placer leur capitaux en Afrique à la suite des hausses de taux. Kenny Nwosu, PDG de Norsad Capital, une société d’investissement fournissant des financements par la dette aux entreprises africaines, affirme que la probabilité que les investisseurs « viennent en Afrique pour chasser le rendement » a diminué. « Il y a un recentrage général », constate-t-il, les investisseurs « examinant l’environnement actuel, les risques et les rendements qu’ils peuvent obtenir sur d’autres marchés ».

La politique de resserrement monétaire de la Fed, qui a débuté en mars, a également contribué à un renforcement du dollar par rapport aux autres monnaies. Le rand sud-africain est tombé à son plus bas niveau face au billet vert depuis octobre 2020 ; l’Égypte a dévalué la livre de 14% en mars ; et le cedi ghanéen a perdu plus d’un cinquième de sa valeur depuis le début de l’année.

« Les pays ayant d’importants besoins de financement externe, et de lourdes dettes libellées en devises  – le Ghana et le Kenya par exemple – sont les plus exposés », explique Virág Fórizs, économiste Afrique chez Capital Economics. « Les monnaies de ces économies devraient subir une pression supplémentaire si les entrées de capitaux ralentissent en raison de la hausse des taux d’intérêt aux États-Unis. »

Des pays comme le Nigeria bénéficient de la hausse des prix du pétrole et du gaz, ce qui compense en partie la hausse des coûts des importations. Le Kenya et d’autres pays d’Afrique de l’Est, en revanche, ne bénéficient pas de tels avantages. Irmgard Erasmus, économiste financier senior chez Oxford Economics Africa, souligne que la facture des importations de la région a explosé, en raison du renchérissement des produits liés au carburant à la suite de l’invasion russe en Ukraine.

Irmgard Erasmus ajoute que le principal secteur d’exportation de l’Afrique de l’Est, l’horticulture, ne s’est pas bien remis de la pandémie, dans un contexte de longue période de sécheresse. En conséquence, le shilling kenyan est tombé à un niveau historiquement bas par rapport au dollar, tandis que le pays a été contraint d’annuler une émission d’euro-obligations prévue en juin.

 

Les secteurs clés restent résilients

Les crises monétaires toucheront les investisseurs de certains secteurs plus durement que d’autres. « Les investisseurs dans les secteurs axés sur la consommation, tels que le commerce de détail et l’hôtellerie, sont plus vulnérables à la hausse des taux d’intérêt et à la faiblesse des devises », explique Pratibha Thaker. Elle note que « la pression inflationniste érodera le revenu disponible, réduira les dépenses discrétionnaires et augmentera le risque d’agitation. »

En outre, la capacité des investisseurs à atténuer ces tendances est souvent limitée. « Emprunter en monnaie locale est une stratégie viable dans les pays dont les banques et les marchés d’actions sont bien développés, comme l’Afrique du Sud, mais offre des possibilités limitées dans de nombreux autres pays », avertit Pratibha Thaker.

Du côté positif, plusieurs secteurs semblent en bonne position pour continuer à générer des investissements. Le fait que l’Europe se détourne du pétrole et du gaz russes signifie que les investisseurs ont une incitation évidente à accélérer le développement des hydrocarbures en Afrique, en particulier lorsqu’ils peuvent apporter une offre au marché alors que l’Europe reste déficitaire.

De même, de nombreux pays africains sont sur le point de bénéficier de la demande croissante de minéraux qui joueront un rôle essentiel dans la transition énergétique – s’ils offrent un environnement attrayant aux investisseurs. Irmgard Erasmus note que la Zambie « récolte aujourd’hui ses fruits » après que le président Hakainde Hichilema, qui a pris ses fonctions en août dernier, a mis en œuvre « une amélioration significative du climat d’investissement ».

First Quantum Minerals, une société minière canadienne, a annoncé en mai qu’elle allait investir 1,25 milliard $ dans l’expansion d’une mine de cuivre en Zambie, tout en investissant 100 millions $ supplémentaires dans un projet de nickel dans le pays.

Kenny  Nwosu cite les soins de santé, les TIC et la chaîne de valeur alimentaire comme d’autres secteurs qui pourraient être bien placés pour attirer les investisseurs. En effet, l’interruption des exportations ukrainiennes de céréales vers l’Afrique, avec ses implications désastreuses pour la sécurité alimentaire, focalise les esprits sur la nécessité de rendre le continent plus autosuffisant.

Bryan Turner, associé chez Spear Capital, une société de capital-investissement qui se concentre sur l’Afrique australe, convient que les entreprises qui produisent des denrées alimentaires très demandées peuvent attirer les investisseurs – « à condition qu’elles soient mises en place pour en tirer profit immédiatement ». Il note également que les énergies renouvelables et la transformation numérique sont des « secteurs d’avenir » qui continueront à bénéficier d’investissement.

Les énergies vertes et les infrastructures numériques représentent un grand nombre des plus grands projets d’IDE annoncés l’année dernière en Afrique. Citons par exemple l’investissement de 4,6 millions de dollars prévu par la société britannique Hive Energy dans une usine d’ammoniac vert en Afrique du Sud et le « campus » de 1 milliard $ de la société américaine Vantage Data Centers à Johannesbourg.

Bryan Turner ajoute que la performance de la vague actuelle de projets d’IDE jouera un rôle essentiel dans la détermination des perspectives futures d’investissement sur le continent. « La clé est que l’Afrique prouve ses succès. Cela permettrait d’attirer les investissements étrangers, de récompenser les investisseurs locaux et de favoriser une culture de la croissance dans la région. »

@AB

 

Écrit par
Ben Payton

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