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Commerce international : L’Algérie veut revoir ses accords commerciaux

Le nouveau pouvoir algérien réunit en colloque des opérateurs économiques, afin d’établir une nouvelle gouvernance. Dans le viseur, les accords commerciaux signés ces dernières années, notamment celui avec l’Union européenne.

Par Laurent Soucaille

Le jugement est sans nuance : « La relation économique de l’Algérie avec ses principaux partenaires est régie par des accords commerciaux, nobles en apparence, mais qui ont maintenu, des années après leur mise en vigueur, l’économie nationale dans un état de dépendance et de consommation continues de tout ce qui est importé », a affirmé le ministre algérien du Commerce, Kamel Rezig, en ouverture du colloque organisé à Alger sur les accords commerciaux entre l’Algérie et ses partenaires économiques.

Sont visés notamment l’accord d’association avec l’UE (Union européenne), pas encore en vigueur, la future ZLEC (Zone de libre-échange continentale africaine), la Zone arabe de libre-échange, et l’accord préférentiel avec la Tunisie.

« Il est temps d’opérer un changement radical dans l’économie nationale, en s’orientant vers une économie productive, basée sur la transparence, les principes d’encouragement de la plus-value et de l’investissement productif. »

Le ministre promet « un nouveau mode de gestion des affaires économiques du pays », dont le colloque, auquel participent quelque 150 opérateurs économiques, est une manifestation « de l’engagement des autorités publiques ».

Une nouvelle approche de l’économie

Le ministre appelle les participants du colloque à passer au crible l’ensemble des accords commerciaux signés par le pays. Cet événement, premier du genre, s’inscrit dans la volonté de concertation de l’État avec les décideurs économiques, en tant que « principal maillon » dans chaque action économique ; « ce sont eux qui reflètent la réalité économique du pays », a souligné le ministre.

Selon Kamel Rezig, « les défis économiques auxquels l’Algérie fait face depuis un temps impliquent l’adoption d’une nouvelle approche et des politiques de gestion différentes, reposant essentiellement sur les compétences nationales et les ressources locales ; ses acteurs étant les mieux placés pour connaitre la réalité socio-économique nationale et fournir des solutions réalistes basées sur une évaluation globale ».

Parmi les dossiers prioritaires pour le gouvernement, ceux relatifs aux engagements commerciaux internationaux signés par l’Algérie, qui conditionnent l’équilibre commercial et la balance de paiement.

Il a ajouté que la dépendance de l’économie algérienne à la rente pétrolière est « à l’origine de beaucoup de difficultés », entravant les démarches de libération de la dépendance aux hydrocarbures. « Il est temps d’opérer un changement radical dans l’économie nationale, en s’orientant vers une économie productive, basée sur la transparence, les principes d’encouragement de la plus-value et de l’investissement productif. »

Lourd déficit

Les importations de l’Algérie avoisinaient, avant l’entrée en vigueur de l’accord d’association avec l’UE, les 9 milliards de dollars en 2003, contre 21,099 milliards $ en 2018, indiquent les chiffres présentés par le ministère du Commerce.

Les exportations ont atteint 14,470 milliards $ en 2003 et 23,652 milliards $ en 2018. Pour ce qui est des exportations hors hydrocarbures, elles ont été multiplié par 2,5, passant de de 344 millions $ en 2003 à 889 millions $ en 2018.

« Il ressort de ces chiffres qu’un déficit permanent de la balance commerciale hors hydrocarbures pour les importations est enregistré durant la période 2003-2018, constituant un véritable point faible pour les capacités d’export vers les marchés européens », a expliqué Leïla Mokhtari, représentante du ministère.

Laquelle a cité comme raisons, outre des « incohérences » interne entre les politiques commerciales, industrielle, agricole, et financière, l’absence d’accompagnement des entreprises exportatrices.

« Un désastre national »

Elle a également relevé « l’absence de complémentarité entre les PME algériennes et les PME européennes et la non-intégration de ces dernières dans les chaînes des valeurs », et elle a dénoncé « la réduction des avantages accordés par l’UE à l’Algérie comparativement aux accords de libre-échange conclus par l’UE avec les autres pays ».

Les investissements du Royaume-Uni en Algérie comprennent aujourd’hui treize projets d’une valeur globale de 40 millions $. En 2019, l’Algérie était le deuxième fournisseur africain du Royaume-Uni avec 2,3 milliards $, après l’Afrique du Sud.

L’accord de libre-échange avec l’UE, signé en 2017, ne devait entrer en vigueur qu’en septembre 2020. Il constitue pourtant « un désastre national pour l’économie nationale », considère Ali Bey Nasri, président de l’Association nationale des exportateurs algériens, qui prend appui sur les chiffres du fort déficit commercial avec les pays de l’UE.

S’y ajoute le manque de respect, à son avis, des « cent clauses » de l’accord d’association aujourd’hui en vigueur : « L’Europe n’aurait respecté que le volet commercial, tandis que la partie relative à la coopération et au transfert de technologie et de circulation des personnes a été négligée. »

Ali Bey Nasri regrette que ces accords d’association Algérie-UE, signés et entrés en vigueur en 2005, n’« aient pas fait l’objet d’études approfondies, ce qui les a rendus défavorables à l’économie nationale ».

ENCADRE

Un accord en vue avec le Royaume-Uni

Le directeur général de l’Europe au ministère algérien des Affaires étrangères, Mohamed Haneche, a révélé que l’Algérie souhaite conclure un accord de coopération post-Brexit avec le Royaume-Uni.

Selon ce responsable, cité par l’agence Ecofin, « cette nouvelle signature devrait aboutir à un accord gagnant-gagnant en vue du renforcement des relations entre les deux pays, tout en précisant qu’il doit inclure l’amélioration du flux des investissements dans les deux sens, les volets politique et sécuritaire ainsi que la mobilité entre les deux pays afin de permettre notamment aux hommes d’affaires et étudiants de voyager sans difficulté ».

Pour l’ambassadeur du Royaume-Uni en Algérie, Barry Lowen, « la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne est une opportunité pour le développement des relations commerciales de ce pays avec l’Algérie, dans beaucoup de secteurs ». Les investissements du Royaume-Uni en Algérie comprennent aujourd’hui treize projets d’une valeur globale de 40 millions $. En 2019, l’Algérie était le deuxième fournisseur africain du Royaume-Uni avec 2,3 milliards $, après l’Afrique du Sud.

De son côté, le directeur général de l’Agence nationale de développement de l’investissement (ANDI), Abdelkrim Mansouri, a souligné que « des investissements conséquents doivent être déployés dans les domaines de l’agriculture et du développement rural, l’industrie et les mines, les nouvelles technologies et le numérique, la santé et la gestion des hôpitaux, ainsi que l’environnement et les énergies renouvelables ».

 

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