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Commerce

Sidi Ould Tah : « Chaque pays arabe souhaite investir en Afrique »

Sidi Ould Tah : « Chaque pays arabe souhaite investir en Afrique »
  • Publishedjanvier 3, 2022

L’Afrique présente de nombreuses opportunités pour les investisseurs arabes, mais les obstacles à l’investissement et au commerce doivent être supprimés, considère le directeur général de la Banque arabe pour le développement économique en Afrique.

Par Tom Collins

« Un Africain sur quatre est Arabe et trois Arabes sur quatre sont Africains », observe Sidi Ould Tah, directeur général de la Banque arabe de développement économique en Afrique (BADEA).

Depuis 1975, la banque de développement basée à Khartoum offre une assistance technique et un financement pour des projets de développement public à travers l’Afrique. Elle débourse entre 150 et 200 millions de dollars chaque année dans divers secteurs, notamment l’agriculture, les infrastructures, l’énergie et les PME.

« Il existe un lien inextricable entre deux régions qui partagent des liens très forts ; le principal capital de cette relation devrait être le développement. Il permet aux investissements de circuler très facilement d’une région à l’autre, sur la base de projets mutuellement avantageux. » 

S’exprimant en marge du deuxième Forum commercial arabo-africain de la banque au Caire, le directeur général a déclaré que les pays arabes ont le potentiel d’intensifier leurs investissements en Afrique et sont optimistes quant aux perspectives de croissance du continent.

« Chaque pays arabe souhaite investir en Afrique. L’image de l’Afrique qui était principalement négative a changé et maintenant les diverses ressources dans la plupart des pays africains sont vraiment attrayantes pour les investisseurs du monde entier. »

Les actionnaires de la banque sont tous des pays membres de la Ligue arabe mais le mandat spécifique de la banque est d’investir des capitaux propres dans les pays africains qui n’appartiennent pas à l’ensemble des États arabes.

Cela signifie qu’elle opère dans 44 pays qui se trouvent en Afrique subsaharienne. Le dernier pays africain à avoir rejoint la Ligue arabe était les Comores, en 1993.

La BADEA a été l’une des premières institutions financières de développement (IFD) en Afrique à répondre à l’épidémie de la Covid-19. 

« Nous avons pris la décision en mars 2020 d’engager 100 millions $ pour soutenir les pays éligibles », a déclaré Sidi Ould Tah. « Nous avons considérablement augmenté ce montant, et nous avons participé à de nombreuses initiatives avec d’autres IFD et groupes de coordination arabes. »

Des investissements diversifiés

En novembre 2020, la BADEA, Afreximbank et ITFC ont lancé un mécanisme de réponse à la pandémie, doté de 1,5 milliard $, le COPREFA, pour soutenir les économies africaines avec une aide financière rapide et réduire l’impact de la pandémie.

Les investissements de la banque sont diversifiés. En août 2021, la banque a signé des accords avec des pays d’Afrique de l’Ouest pour plus de 100 millions $, dont un projet de modernisation de route en Guinée Bissau, la construction et l’équipement d’un centre hospitalier universitaire à Abidjan, et le développement de projets de bassin-versant sur trois îles du Cap-Vert.

Au plan financier, la dernière augmentation de capital de la banque remonte à 2013 ; le directeur général affirme que la banque élargit « régulièrement » son portefeuille de projets depuis lors. Plutôt que de pousser à une augmentation de la contribution des actionnaires, Sidi Ould Tah se dit satisfait du rythme de croissance.

« Une institution a une vitesse de croissance, nous ne voyons donc pas la nécessité d’une nouvelle augmentation de capital. Les pays membres seront là si nécessaire. »

L’ancien ministre mauritanien des Affaires économiques et du développement explique que la banque est relativement unique car elle n’a pas émis d’obligations pour lever des fonds. Cela place l’institution financière dans une position très flexible où elle pourrait facilement s’endetter si elle le souhaitait. « Nous sommes autorisés à emprunter 200 % de nos capitaux propres, nous avons donc la possibilité de mobiliser des ressources du marché si besoin est. »

La banque s’est tournée vers les prêts au secteur privé, un tournant récent dans sa stratégie. En 2015, déjà, elle avait lancé divers types de financement du secteur privé « pour soutenir le commerce entre les pays arabes et l’Afrique subsaharienne mais aussi le commerce au sein de l’Afrique ». Le dirigeant justifie : « Comme vous le savez, le secteur privé et le commerce transfrontalier jouent un rôle croissant. »

Goulets d’étranglement des investissements

« La zone de libre-échange continentale africaine [ZLECAf] est là pour stimuler le commerce intra-africain et la banque a commencé à investir dans le commerce en 2015. »

La banque a entamé son huitième plan quinquennal en 2020, qui, selon le directeur général, s’aligne sur les Objectifs de développement durable et également sur l’Agenda 2063 de l’Union africaine.

Malgré les opportunités pour les investisseurs arabes en Afrique, il demeure plusieurs obstacles aux investissements et aux flux commerciaux entre les deux régions. Sidi Ould Tah, rappelle que l’environnement des affaires dans de nombreux pays africains doit être amélioré, bien que la situation ne soit « pas très différente » de celle d’autres régions en développement.

« En Afrique subsaharienne, nous travaillons avec de nombreuses institutions et gouvernements pour rendre l’environnement des affaires plus propice et les pays plus attrayants. » C’est pourquoi la BADEA « soutient le développement des capacités et développe des liens avec des agences de promotion des investissements pour essayer de les aider à adopter les meilleures pratiques ».

Aussi, Sidi Ould Tah considère-t-il que les investisseurs arabes en Afrique sont généralement perçus sous un jour très positif. « L’image de l’investisseur arabe est celle qui n’est pas seulement motivée par le gain mais aussi par la contribution et l’impact sur le développement de la réduction de la pauvreté dans les pays ».

La facilité des relations de travail découle de valeurs partagées qui reposent sur une longue histoire de coopération entre le monde arabe et l’Afrique.

« Il existe un lien inextricable entre deux régions qui partagent des liens très forts ; le principal capital de cette relation devrait être le développement. Il permet aux investissements de circuler très facilement d’une région à l’autre, sur la base de projets mutuellement avantageux. » Le principe sur lequel la banque a été créée est l’égalité.

En fait, si la banque est basée à Khartoum, c’est parce que le Soudan est un très bon exemple de « coexistence » de l’Afrique subsaharienne et des populations arabo-africaines. « Le Soudan est un pont entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne, voilà pourquoi l’emplacement est très bien choisi. »

@TC

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Par Tom Collins

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