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Commerce

L’énorme potentiel du commerce arabo-africain

L’énorme potentiel du commerce arabo-africain
  • Publiéjanvier 3, 2022

Les goulots d’étranglement au commerce arabo-africain peuvent être supprimés. Une meilleure information, des facilités de transferts de fonds, nouvelles normes… Progressivement, les relations entre les pays arabes et subsahariens se modèlent.

Par Tom Collins

Lorsque Mansa Musa, le souverain du XIVe siècle de l’empire du Mali, a effectué son pèlerinage à La Mecque en 1324, il a apporté tellement d’or dans ses bagages qu’il a dévalué le prix du métal précieux jusqu’à 25 %.

S’arrêtant au Caire en cours de route, ce souverain du royaume d’Afrique de l’Ouest, qui serait, dit-on, l’homme le plus riche qui ait jamais vécu, aurait ainsi influencé l’économie locale durant douze ans, par ses dépenses et ses cadeaux somptueux.

Le pèlerinage de Musa n’est qu’un exemple des liens culturels, religieux et économiques qui existent entre les mondes arabe et africain depuis des siècles.

Pour étendre ses opérations sur le continent, Jamjoon Pharma construira bientôt des usines en Algérie et en Égypte. La société prévoit d’étendre ses opérations à douze marchés, tous en Afrique. L’Afrique du Sud, l’Angola et le Tchad sont les premiers sur la liste.

De Sokoto au nord du Nigeria à Zanzibar sur la côte tanzanienne, on pourrait affirmer que le monde arabe a eu l’influence la plus longue et la plus soutenue sur le continent africain.

Ces liens se sont traduits par des liens économiques et commerciaux tangibles.

De manière générale, les pays arabes, en particulier au Moyen-Orient, importent des métaux précieux et des denrées alimentaires d’Afrique tout en exportant des produits pharmaceutiques, des machines et des plastiques.

Des institutions publiques de développement et des entreprises privées arabes travaillent à travers l’Afrique. L’une des plus connues est la société de logistique basée à Dubaï, DP World, qui s’apprête à investir plus d’un milliard de dollars dans trois pays africains : le Sénégal, l’Égypte et le Somaliland.

Pourtant, par rapport à la longue histoire du commerce et de la coopération, la taille du commerce arabo-africain reste faible. 

« Avec un commerce total arabo-africain d’environ 80 milliards $, nous avons un long chemin à parcourir pour saisir les opportunités qui abondent », faisait observer Benedict Oramah, président de l’Afreximbank, lors du deuxième Forum commercial arabo-africain, qui s’est tenu début novembre 2021 au Caire.

Agriculture et soutien aux PME

Port Somaliland

L’une des plus grandes opportunités en Afrique pour les investisseurs arabes est l’industrie légère, dont le potentiel est estimé à 80 milliards de dollars.

« Le monde arabe peut profiter des coûts du capital et de la main-d’œuvre relativement moins chers en Afrique, que ce soit pour le marché intérieur ou pour les exportations », explique Benedict Oramah.

La création de la zone de libre-échange continentale africaine, devrait servir de catalyseur pour encourager les entreprises arabes à fabriquer des biens pouvant être vendus à travers le continent.

En 2019, Afreximbank et la Société internationale islamique de financement du commerce ont lancé une facilité de 500 millions $ pour financer des secteurs clés et renforcer les chaînes de valeur des exportations. L’agriculture et les PME sont deux secteurs clés en Afrique qui pourraient renforcer les liens avec le monde arabe grâce à des investissements accrus.

Une plateforme est utilisée par les entreprises arabes et africaines pour découvrir et débloquer des opportunités dans les deux régions. Depuis sa création, plus de 1 000 acteurs financiers ont utilisé cet outil, ce qui a conduit à plus de 150 millions de dollars de transactions.

Cependant, malgré une série d’initiatives et d’opportunités, plusieurs goulots d’étranglement doivent d’abord être débloqués pour renforcer efficacement la coopération économique entre les deux régions.

L’un des plus gros problèmes cités par les commerçants arabes et africains est le manque d’informations disponibles sur les opportunités dans les différents pays. En particulier, l’information manque quant aux opportunités de marché, aux profils d’entreprise et sur les lois et réglementations commerciales.

Pour résoudre ce problème, la BADEA, a créé la plateforme commerciale arabo-africaine, qui devient un précieux portail d’informations. La banque de développement basée à Khartoum espère que les investisseurs utiliseront la plateforme pour découvrir plus aisément les opportunités commerciales en Afrique.

Revoir les normes

Un autre problème est le manque d’infrastructures et de financements adéquats pour exporter les produits de manière transparente entre les deux régions. Elmuiz Osman, du groupe DAL Food, le plus grand conglomérat soudanais, explique par exemple que les pays africains manquent de nombreuses opportunités en raison des défis associés à l’exportation.

Ainsi, l’Arabie saoudite importe chaque année 450 000 tonnes de bananes pour une valeur totale de 600 millions $. Le Soudan, qui se trouve juste de l’autre côté de la mer Rouge, produit des bananes de qualité mais n’en exporte aucune vers l’Arabie saoudite.

Elmuiz Osman attribue cet échec à « des problèmes de logistique » et au fait que les produits soudanais ont du mal à répondre aux normes internationales. Il s’agit d’un problème courant pour les produits africains, qui limite l’éventail des marchés d’exportation disponibles.

Le Soudan, l’un des principaux producteurs mondiaux d’arachides, exporte la marchandise vers une trentaine de pays mais pas vers un seul pays du Golfe en raison des problèmes d’aflatoxine, regrette Elmuiz Osman. En 2020, une initiative a été lancée pour harmoniser les normes pour les produits pharmaceutiques et médicaux en Afrique. 

Les acteurs de marché espèrent également que la ZLECAf apportera une normalisation de plus de produits à travers l’Afrique alors que les régulateurs s’efforcent d’harmoniser les exigences en matière d’importation, ce qui devrait aider le continent à attirer les investissements étrangers.

Des réussites

Zul-Kifl Salami, conseiller du président du Bénin, reconnaît que la question des normes est essentielle. « Pour attirer les investisseurs arabes, l’Afrique doit augmenter la qualité de ses biens et services. »

De son côté, Randa Filfili, PDG de Zena Exotic Fruits, basée au Sénégal, déclare que l’Afrique peut fabriquer des produits aux normes mondiales, mais que les acheteurs étrangers négligeront souvent les opportunités car les produits ont été fabriqués en Afrique. Et pourtant, ajoute-t-elle, « nous avons prouvé que nous pouvons fabriquer des produits de qualité, bien faits, naturels et bons pour la santé ».

Jamjoon Pharma, basée en Arabie saoudite, est un exemple d’entreprise arabe qui a pleinement tiré parti du marché africain. Le producteur et exportateur de médicaments de plusieurs milliards vend des produits pharmaceutiques dans plus de trente pays, la plupart des ventes étant réalisées en Afrique.

Pour étendre ses opérations sur le continent, Jamjoon Pharma construira bientôt des usines en Algérie et en Égypte. La société prévoit d’étendre ses opérations à douze marchés, tous en Afrique. L’Afrique du Sud, l’Angola et le Tchad sont les premiers sur la liste.

Cependant, l’un des principaux problèmes rencontrés lorsque l’on travaille sur ces marchés est le problème des devises et le rapatriement des fonds en Arabie saoudite.

C’est pour répondre à ce besoin que l’Union africaine, en partenariat avec Afreximbank, a créé le système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS) pour réduire les coûts et accélérer les paiements pour les transactions intra-africaines. Depuis la fin 2021, le système est d’ailleurs pleinement opérationnel dans les pays de la Zone monétaire ouest-africaine.

Ce système sera lié à Buna, le système de paiement transfrontalier et multidevises détenu par le Fonds monétaire arabe, qui permettra aux entités arabes et africaines de déplacer facilement des fonds dans les deux régions.

@TC

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Par Tom Collins

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