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African Business

Comment préserver la fertilité des sols ?

Comment préserver la fertilité des sols ?
  • Publiémars 6, 2024

La dégradation de la fertilité des sols, en Afrique subsaharienne, conduit à la faible productivité de l’agriculture. Les solutions existent mais peinent à se diffuser.

 

Préserver la terre, restaurer les sols et repenser la gestion des territoires pour un meilleur renforcement de la souveraineté alimentaire en Afrique. Cet enjeu a réuni, en marge du Salon de l’Agriculture à Paris, une conférence organisée à Paris par l’AFD (Agence française de développement) et le Centre de recherche agronomique et de coopération internationale pour le développement (CIRAD). L’occasion de discuter de la santé des sols et de l’amélioration de la production alimentaire en Afrique, par l’introduction des nouvelles pratiques et techniques agricoles.

Les financements des programmes d’appui et la gestion de la fertilité du sol doivent s’inscrire dans les politiques agricoles des États avec l’élaboration des modèles techniques et des pratiques agricoles efficaces pour lutter contre la dépendance alimentaire et la faim.

La faible productivité de l’agriculture en Afrique subsaharienne notamment est due en grande partie à la dégradation de la fertilité des sols. Ces derniers subissent des dégradations multiples sous l’effet des activités humaines et des effets climatiques. Par la multiplication d’évènements extrêmes, le changement climatique accentue la pression sur les sols, accélère leur dégradation et menace la sécurité alimentaire des populations. L’agriculture familiale, pilier de la sécurité alimentaire de cette région, est confrontée à un énorme défi sur la restauration et le maintien de la capacité productive des terres.

Les pratiques et techniques agricoles des producteurs telles que les associations céréales-légumineuses, les jachères pâturées, les parcs arborés ne permettent plus d’entretenir la fertilité sur des surfaces cultivée qui s’agrandissent, surtout lorsque les sols sont carencés.

Selon le constat des différents acteurs et chercheurs agricoles, la vulgarisation des engrais de synthèse par les acteurs agricoles et les décideurs n’a pas amélioré la situation. Et l’usage des engrais minéraux en Afrique demeure faible ; elle reste bien en deçà de la moyenne de consommation mondiale (20kg/ha contre 135 kg/ha). Après avoir longuement promu l’utilisation de fumure organique, les chercheurs invitent désormais à diversifier les sources de biomasse fertilisante à travers l’agroforesterie, l’agroécologie, les associations avec les légumineuses et l’agriculture de conservation.

 

Différentes techniques

La combinaison de différentes techniques agricoles efficientes et résilientes permettra de faire face à l’insécurité alimentaire, et de construire avec les agriculteurs pour chaque type de production en fonction des ressources disponibles localement, d’un apport raisonné d’engrais de synthèse et de biomasses, des savoirs paysans et scientifiques.

Pour assurer une gestion durable de la fertilité des terres agricoles en Afrique, « la France continue et continuera à déployer des projets sur le terrain avec l’appui opérationnel de l’AFD », déclare Clelia Chevrier- Kolacko, directrice adjointe des affaires globales, au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.

Elle salue par exemple « la forte implication de l’AFD dans les financements des projets permettant de structurer des filières robustes de légumineuses contribuant à l’initiative UE-UA dédiée aux protéines végétales lancée en 2021. » Car le développement des légumineuses en Afrique constitue « à la fois un vecteur d’amélioration environnemental (santé des sols, amélioration nutritionnelle) et de développement économiques renforçant le bien-être, la résilience des producteurs et des consommateurs ».

Pour Bertrand Walckenaer, directeur adjoint de l’AFD, « cette question de sol constitue un axe de financement pour comprendre les déterminants pédologiques locaux, la qualité des sols, l’érosion des sols ». Dès lors, « toute notre activité est organisée vers la restauration de la potentialité des sols ou la préservation de ce potentiel. Nous travaillons avec les chercheurs sur les différentes techniques agricoles ». La fertilité des sols et la restauration de cette fertilité passent par « un projet de territoire, de consensus, de transformation des techniques pour incorporer des pratiques de l’agroécologie qui permet de mieux soigner et de prendre en compte les sols ».

L’agroécologie est une pratique qui soutient une alliance entre agriculture et environnement, entre l’alimentation, la science et la société. La mise en œuvre des principes de gestion agroécologique des sols implique de repenser les systèmes agricoles avec l’ensemble des acteurs locaux : en particulier les organisations communautaires et paysannes, les femmes et les jeunes.

C’est pourquoi des opérateurs comme la CIRAD et l’AFD agissent pour développer des techniques, des projets et des solutions qui visent à préserver les sols et les activités humaines. Notamment la sécurité alimentaire, la protection de la biodiversité et l’adaptation au changement climatique. Il s’agit de renforcer les recherches sur certaines pratiques agricoles pour lutter contre la faim, la dépendance alimentaire et la pauvreté en Afrique.

 

La question des engrais minéraux

L’agronome Éric Justes prône pour une meilleure utilisation des engrais pour fertiliser les sols et améliorer les rendements. « Les défis du secteur agricole en Afrique sont étroitement liés à la problématique de la filière des engrais et de la santé des sols. La crise énergétique, la pandémie du Covid et la guerre en Ukraine ont augmenté les prix des engrais. La transition agroécologique financée par la CEDEAO en Afrique de l’Ouest est une solution d’avenir. Les engrais sont un complément à cette transition basée sur des pratiques respectant la santé des sols pour accroître la production agricole. »

Constat similaire de la professeure Tantely Razafimbelo (photo ci-contre), venue de Madagascar, qui indique que « les rendements agricoles en Afrique sont très faibles pour des raisons notamment de dégradation des sols et le niveau d’utilisation des engrais ».

Sur la question de la fertilité des sols, pilier de la production, elle souligne que la solution est « l’optimisation de la fertilisation minérale, biologique et chimique, la diversité végétale, l’utilisation des différentes pratiques, la gestion de la matière phosphate et organique qui intensifie les fonctions écologiques ».

Pour Gatien Flaconnier (CIRAD Zimbabwe), l’« Afrique ne pourra pas se passer des engrais minéraux pour assurer sa sécurité alimentaire et la durabilité de la production agricole avec uniquement de la fumée organique et des légumineuses ». Malgré un recours modéré aux pratiques agroécologiques, « cela ne permet pas d’apporter de l’azote nécessaire pour le maintien d’une productivité élevée. Le phosphore et le potassium doivent apporter leur contribution dans la production. Les engrais sont un élément indispensable pour améliorer le rendement agricole, malgré les dommages sur l’environnement », déclare-t-il.

Au Sénégal, les pratiques agricoles sont définies par des systèmes de résiliences et d’agroécologique. Malick Sarr est un exploitant agricole au Sénégal. Il coordonne un programme de développement agroécologique qui vise à apporter des changements dans les filières agricoles.

 

Le risque de déforestation

« Nous avons des enjeux de productions importants, puisque nous voulons atteindre la souveraineté alimentaire. Pour cela nous avons besoin de protéger nos terres, l’environnement. Nous sommes dans une trajectoire avec des enjeux de développement durable, économique, territorial. Nous devons combiner les solutions et les adapter à nos besoins et réalités tout en prenant en compte la dimension sociale et environnementale. On doit rentabiliser nos terres, produire plus et nourrir les populations. » Accompagnée par l’AFD, son exploitation engage des projets qui coûtent 100 milliards de F.CFA (près de 23 millions d’euros). « En travaillant avec les acteurs locaux et les exploitants agricoles, nous sommes impliqués dans la définition des stratégies, la recherche, le développement et les transitions agricoles. »

Élizabeth Claverie de Saint-Martin
Élizabeth Claverie de Saint-Martin.

Dans le cadre de la Recherche, la CIRAD intensifie ses activités sur le terrain et travaille avec tous les partenaires pour améliorer l’efficacité des terres en Afrique. À horizon 2050, l’Afrique aurait besoin de plusieurs dizaines de millions d’hectares supplémentaires avec la productivité actuelle pour faire face à cette demande alimentaire.

« Si rien n’est fait, ce sera la déforestation, la destruction de l’environnement et l’assèchement des sols. L’Afrique doit produire beaucoup pour nourrir sa population, mais pas au détriment des écosystèmes et de la biodiversité. Nous accentuons nos recherches pour une production plus rentable en Afrique. Il va falloir augmenter la production à l’hectare cultivé et l’intensification agroécologique pour réduire considérablement la faim » prévient la PDG du CIRAD, Élizabeth Claverie de Saint-Martin.

Qui veut une politique plus saine protégeant l’environnement et améliore la fertilité des sols. Car pour elle, « le sol est à la fois le pilier de la production végétale pour nourrir l’humanité, mais aussi le réservoir de la biodiversité qui renferme des éléments nutritifs indispensables à la croissance des plantes, c’est un compartiment de stockage de carbone organique. Ce carbone est le support de la fertilité des sols ». C’est pourquoi, elle souhaite « du carbone pour les sols et non des sols pour stocker le carbone ».

Le développement des recherches agronomiques permet de procéder à des meilleures transitions agricoles et écologiques et de financer des projets agroécologie afin d’améliorer la productivité et les rendements agricoles. La CIRAD et l’AFD soulignent la nécessité pour les pays africains d’élaborer des politiques agricoles publiques saines qui tiennent compte des besoins des populations en matière d’agriculture. « L’usage d’engrais minéral, par exemple, n’aura de sens que s’il permet d’accroitre la souveraineté alimentaire de l’Afrique tout en réduisant la pauvreté des agriculteurs », insiste Élizabeth Claverie de Saint Martin.

L’émergence de transition agroécologique incluant la gestion durable des sols en Afrique subsaharienne qui s’appuie sur des politiques publiques et des mesures d’accompagnement. Les financements des programmes d’appui et la gestion de la fertilité du sol doivent s’inscrire dans les politiques agricoles des États avec l’élaboration des modèles techniques et des pratiques agricoles efficaces pour lutter contre la dépendance alimentaire et la faim. Les États doivent accompagner les agriculteurs par la subvention des engrais minéraux et la mise en place des conseillers agricoles, renforcer la politique de sécurisation foncière, rendre les agriculteurs plus autonomes et mieux équipés, faciliter les échanges entre l’État est les acteurs agricoles et promouvoir la bonne gouvernance dans le secteur agricole.

Toutes ces pratiques permettent d’améliorer les relations entre acteurs agricoles et décideurs, de lutter contre l’assèchement des sols, de vulgariser les pratiques de gestion durables du carbone organique, l’agroforesterie et l’agroécologie.

@AB

Écrit par
Mamadou Bah

1 Commentaire

  • Les pays industrialisés doivent aider l Afrique sur plan de la fertilité du sol et dans la reforestation.parcequ il fait très chaud ici en Afrique de l’ouest plus précisément au Sénégal.

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