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African Business

Comment ouvrir l’accès à l’énergie solaire

L’Afrique a un défi : donner à 120 millions de ménages l’accès à l’énergie. Réseaux locaux, mini grids, des solutions existent mais les financements sont en retard. Une étude fait le point sur les obstacles et les moyens de les franchir.

Par Véronique Clara-Véronne

En matière d’énergie solaire, l’un des principaux écueils réside dans l’investissement et l’accessibilité financière. Tel est le point de départ d’une étude menée conjointement par la Banque européenne d’investissement (BEI) et l’Alliance solaire internationale, qui émettent une série d’observations et de recommandations.

Cette étude est fondée sur des consultations détaillées en Ouganda, au Rwanda et au Nigeria, et sur l’analyse des marchés « hors réseau » dans toute la région.

« Il est essentiel d’intensifier le recours aux technologies solaires hors réseau dans toute l’Afrique pour exploiter une énergie propre et abordable et transformer la vie de millions de personnes », explique Ambroise Fayolle, vice-président de la BEI. 

Le financement mixte permet de déployer intelligemment les subventions et autres capitaux concessionnels, y compris les instruments de partage des risques. Il s’agit d’ancrer les projets et les investissements d’accès à l’énergie, qui sont souvent considérés comme risqués par les investisseurs traditionnels.

D’où l’intérêt de cette étude à la fois économique et technique. Elle associe « l’expérience et le savoir-faire acquis grâce au déploiement réussi d’installations hors réseau pour illustrer comment des investissements peuvent être mobilisés pour renforcer l’accès à l’énergie solaire ». 

Novatrice, « l’analyse montre comment une coopération plus étroite entre les partenaires africains, européens et mondiaux peut mobiliser des investissements et lever des obstacles techniques qui freinent le développement durable et la transition verte », conclut Ambroise Fayolle.

Pour Ajay Mathur, directeur général de l’Alliance solaire internationale, « l’étude décrit la voie à suivre pour ouvrir l’accès à l’énergie solaire hors réseau en Afrique ». Elle s’appuie sur des succès avérés, les connaissances de spécialistes et l’expérience du marché pour repérer et pallier les déficits d’investissement, et lever les obstacles financiers freinant le recours à l’énergie solaire hors réseau.

L’étude détaille ce qui peut être fait pour améliorer l’accès des zones rurales hors réseau à l’énergie propre, mais aussi des camps de réfugiés, des zones urbaines et des villages reculés d’Afrique.

Partager les meilleures pratiques

À l’heure actuelle, plus de 120 millions de ménages en Afrique n’ont pas accès à une énergie fiable et abordable, et 60 millions d’entre eux devraient rester privés d’électricité jusqu’en 2030 si aucune mesure d’urgence n’est prise. Voilà qui compromet l’atteinte de l’ODD 7, un accès universel et durable à l’électricité, ce que la CEA (Commission économique pour l’Afrique) a déjà relevé.

Le secteur privé, en Afrique subsaharienne, est particulièrement dynamique ; il participe au déploiement de dispositifs de production d’énergie solaire à petite échelle (mini-grids). Son expérience met en évidence cinq principaux défis à relever pour mobiliser des investissements locaux dans l’énergie.

Soit la capacité limitée des ménages à s’offrir les produits SHS (Solar Home System), l’incertitude sur les marchés pour gérer efficacement les entreprises, les coûts élevés pour desservir les populations du dernier kilomètre, les contraintes de trésorerie, et l’instabilité de l’environnement politique et économique.

Selon les auteurs, il est essentiel de partager les meilleures pratiques permettant de mobiliser des investissements et de lever les obstacles techniques freinant l’énergie solaire hors réseau pour accroître le recours à cette source d’énergie. Incontestablement, les investissements solaires hors réseau ont profité aux communautés de réfugiés en Ouganda et ont permis d’accéder à une énergie d’un bon rapport coût-efficacité dans les villes nigérianes.

Il est possible de réduire les difficultés en matière d’investissement, notamment l’accessibilité financière, les risques liés aux fonds de roulement et aux taux de change et la stabilité politique et économique, qui freinent les investissements du secteur privé dans l’énergie solaire hors réseau, en associant le financement commercial et l’appui fourni par des partenaires spécialisés dans le financement du développement.

L’analyse s’appuie sur des solutions mises au point dans des études de cas locales pour suggérer comment des exemples tels que l’achat groupé de dispositifs solaires résidentiels peuvent réduire les coûts et permettre rapidement aux communautés à faible revenu et aux réfugiés en zones rurales et urbaines d’avoir accès à une énergie fiable, grâce à des projets solaires hors réseaux durables, menés par le secteur privé.

Une combinaison « gagnant-gagnant »

Par exemple, concluent les auteurs, le financement mixte, qui combine les pouvoirs des institutions de financement du développement, des bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux, des gouvernements, a un rôle important à jouer pour relever ces défis et atteindre les segments non desservis.

L’idée principale du financement mixte est de déployer intelligemment les subventions et autres capitaux concessionnels, y compris les instruments de partage des risques tels que les garanties. Il s’agit d’ancrer les projets et les investissements d’accès à l’énergie, qui sont souvent considérés comme risqués par les investisseurs traditionnels.

Des financements mixtes bien conçus offrent une combinaison « gagnant-gagnant » : elles réduisent le coût moyen du capital pour les fournisseurs, ce qui conduit à des prix plus bas pour les consommateurs, sans fausser les marchés.

Ces véhicules et cette structure, en particulier le financement basé sur les résultats, ont réussi à élargir l’accès à l’énergie (y compris aux systèmes solaires domestiques) dans des pays comme le Kenya, la Tanzanie et le Nigeria, entre autres.

La BEI appuie huit projets solaires hors réseau dans toute l’Afrique subsaharienne. En 2020, la BEI a accordé 5 millions d’euros à des investissements privés et publics sur tout le continent et soutient l’énergie solaire hors réseau en Afrique, y compris des projets au Tchad, aux Comores, en Gambie, au Kenya, au Mozambique et en Ouganda.

De son côté, l’Alliance solaire internationale déploie des efforts conjoints pour réduire les coûts de financement et le coût des applications et services solaires. Elle entend aider les pays à mobiliser 1 000 milliards de dollars d’investissements en vue d’un déploiement massif des technologies de l’énergie solaire et de l’élargissement des marchés solaires.

@VCV

Lien vers l’étude : bit.ly/2Ut7bag

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