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Comment Djibouti entend produire une énergie 100 % verte

Comment Djibouti entend produire une énergie 100 % verte
  • Publiémai 22, 2024

En septembre 2023, le pays a inauguré son premier parc éolien. Ferme solaire, géothermie, centrale biomasse… Djibouti espère devenir le premier pays du continent à fournir une énergie 100 % renouvelable à sa population.

 

« La construction de ce parc, qui s’inscrit dans le cadre de notre transition énergétique, constitue un jalon décisif dans le secteur de l’énergie. » En septembre 2023, le président de la République Ismaïl Omar Guelleh a inauguré le premier parc éolien du pays, situé dans la baie du Goubet, à plusieurs dizaines de kilomètres au nord de la capitale. Juché à 230 mètres d’altitude, ce site montagneux, le plus venteux du territoire, accueille désormais 17 éoliennes pour une puissance totale de 60 MW. « C’est une étape importante vers la réalisation de notre objectif de produire 100 % de notre électricité à partir de sources renouvelables inépuisables d’ici 2035 », indiquait le Président dans son discours inaugural. L’enjeu est de taille pour cet ambitieux pays qui aimerait améliorer sa compétitivité énergétique pour développer son industrie. La consommation annuelle en électricité du pays tourne aujourd’hui entre 100 et 140 MW. Son coût de 0,23 dollar par kWh en fait l’un des plus élevés du continent.

« Si ces sources d’énergie renouvelable se matérialisent dans les trois prochaines années, nous pourrons prendre la décision de baisser drastiquement le prix de l’électricité, car on se retrouverait dans une situation d’abondance énergétique. »

Ce parc éolien est la première initiative d’envergure menée par un producteur d’électricité indépendant (IPP) dans le domaine énergétique depuis la loi de 2015 sur la libéralisation du secteur. Pour le gouvernement, il s’agissait d’ouvrir la production de l’électricité aux opérateurs indépendants de manière à atteindre le plus tôt possible son indépendance énergétique. À noter que la société publique Électricité de Djibouti (EDD) conserve le monopole sur le transport et la distribution de l’énergie électrique.

 

Réduire la dépendance énergétique auprès de l’Ethiopie

Le parc éolien a été baptisé Red Sea Power (RSP). Pour François Maze, son directeur exécutif : « Ce site possède le meilleur potentiel éolien d’Afrique, avec Tanger, au Maroc. » Sa mise en place aura coûté environ 130 millions de dollars. Derrière cette somme, on trouve un consortium d’investisseurs composé de l’Africa Finance Corporation (AFC), la Banque de développement entrepreneuriale (FMO) des Pays-Bas, le gestionnaire de fonds Climate Fund Managers (CFM) et la société d’investissement Great Horn Investment Holding (GHIH), qui est détenue par l’Autorité des ports et des zones franches de Djibouti (DPFZA). Djibouti a ainsi participé directement, en fonds propres, au financement de ce projet d’envergure, via un partenariat public-privé (PPP). Les responsables de la société RSP ont déjà prévu une extension de 43 MW supplémentaire, via l’installation de treize turbines, même si aucun contrat n’a été signé pour le moment.

Sur le plan écologique, le parc éolien du Goubet permet à Djibouti de réduire ses émissions de C02 d’environ 250 000 tonnes par an. Dans le même temps, il permet au pays de réduire sa dépendance énergétique auprès de l’Éthiopie, auprès de qui il importe aujourd’hui environ 50 % de sa consommation électrique, via une ligne à haute tension. Enfin, le projet comporte un volet social. La construction d’une unité de dessalement d’eau de mer permet de fournir de l’eau à deux villages riverains, à hauteur de 35m3 par jour.

Le parc éolien du Goubet
Le parc éolien du Goubet

 

Solaire, géothermie, hydrogène…

Dans sa volonté de devenir le premier pays du continent à produire une énergie 100 % verte d’ici à 2035, Djibouti peut également s’appuyer sur d’autres projets ambitieux. Parmi eux, le projet solaire dans le désert du Grand Bara, dont le chantier a été amorcé en 2020. Cette centrale voltaïque disposera d’une puissance de 25MW, avec une possibilité d’extension allant jusqu’à 100 MW. À l’origine du projet, le français Engie s’est retiré en 2022, au profit de l’émirati Amea Power, qui a signé un contrat de PPP avec le Fonds souverain de Djibouti (FSD). Elle sera la première centrale solaire d’envergure nationale répondant à la demande en électricité. « On espère une entrée en production d’ici le premier trimestre de 2025 », indique Slim Feriani, le directeur général du FSD, qui détient 25 % du capital social de la société du projet. Lequel, à l’instar d’autres, aura connu du retard suite à la pandémie.

Du fait de sa position géographique, au point de rencontre de trois grands rifts – mer Rouge, golfe d’Aden et rift est-africain –, Djibouti dispose également d’une grande richesse enfouie dans son sous-sol : l’énergie géothermique. Le président Ismaïl Omar Guelleh en a très vite fait une priorité. En 2013, il a créé l’Office djiboutien de développement de l’énergie géothermique (Oddeg). Selon les études menées par cette dernière entité, le pays aurait dans son sous-sol plus de 1,1 GW de ressources géothermiques. « Le potentiel a été confirmé et l’exploration a permis d’identifier plusieurs zones », indique Gouled Mohamed Djama, directeur de l’Énergie au sein du ministère de l’Energie et des ressources naturelles. Une centrale devrait notamment voir le jour à Fialé Caldera, près du Lac Assal, une zone volcanique où cheminées, fumerolles et sources d’eau chaude sont légion. L’homme politique souligne l’immense potentiel de cette source d’énergie qui ne dépend pas de facteurs extérieurs comme le vent où le soleil : « La géothermie peut nous fournir une énergie propre et constante. Elle a le potentiel de totalement annuler notre dépendance à l’énergie thermique. »

Le pays a également des ambitions dans la biomasse. Une centrale de transformation des déchets en énergie d’une capacité de 40 MW (dont 5 MW réservés à son fonctionnement) devrait bientôt voir le jour, à Damerjog, dans le sud du pays. En 2020, un contrat a été signé avec l’entreprise américaine CREC Energy. Mais le projet a enregistré du retard du fait de la crise Covid. Le pays mène également des études de préfaisabilité pour produire de l’énergie marémotrice au niveau des détroits Ghoubbet-el-Kharab (surnommé « le gouffre des démons ») et Bab-el-Mandeb, où les courants marins possèdent un potentiel énergétique intéressant.

Enfin, le gouvernement étudie le potentiel de l’hydrogène vert, un vecteur d’énergie à faible teneur en carbone. Des entreprises de renommée internationale comme l’Australie Fortescue Future Industries, l’émirati Amea Power ou encore le géant américain CWP Global, ont d’ores et déjà entamé des études de préfaisabilité pour produire de l’hydrogène dans un but d’exportation. En décembre 2023, la République de Djibouti a signé son adhésion à l’Alliance africaine de l’hydrogène vert (AGHA).

Le formidable potentiel du pays en matière d’énergie renouvelable permet à Slim Feriani, d’aborder l’avenir sereinement : « L’objectif de 2035 est d’être autonome en production énergétique. On devrait y arriver avant. L’idée serait d’avoir un mix énergétique composé de solaire et d’éolien, avec une partie en géothermie. Il y a aussi un projet de transformation de déchets en énergie. C’est une question de “quand” pas de “si« . La volonté politique est là », assure-t-il.

 

Ordre de priorité

Si la baisse du coût de l’électricité reste l’un des grands enjeux de ce pays qui souhaite faire décoller son industrie, les choses doivent se faire dans l’ordre, selon Gouled Mohamed Djama, directeur de l’Énergie au sein du ministère de l’Energie et des ressources naturelles. « La priorité, c’est de mettre notre consommation actuelle en énergie renouvelable, puis d’augmenter le taux d’accès à l’électricité, dans les régions notamment, et enfin, l’étape du coût arrivera juste derrière. Nous devons y aller de manière graduelle pour éviter les fluctuations de prix. Nous serons toujours dans cette quête de produire davantage pour répondre à une demande croissante », estime-t-il.

Selon lui, la consommation énergétique du pays pourrait doubler, voire tripler, avec la réalisation de projets comme le lancement du site industrialo-portuaire à Damerjog, dans le sud du pays. « Pour répondre à cette demande, il devrait y avoir une multiplication de producteurs indépendants d’énergie dans les différents secteurs, éolien, solaire ou géothermique », estime-t-il.

Ce spécialiste mise beaucoup sur le développement des projets de la biomasse et de la géothermie : « Si ces sources d’énergie renouvelable se matérialisent dans les trois prochaines années, nous pourrons prendre la décision de baisser drastiquement le prix de l’électricité, car on se retrouverait dans une situation d’abondance énergétique. » En attendant, le directeur appelle à une meilleure sensibilisation de la population dans leur consommation énergétique alors la climatisation fait souvent exploser les factures.

@AB

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