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African Business

Climat : L’Afrique agit déjà

Tandis que les climatologues sonnent le tocsin pour la planète, l’Éthiopie s’engage à privilégier l’élevage de poulets, moins émetteurs de gaz à effet de serre que les bœufs. Or, la capacité de résilience du poulet rural africain étonne les scientifiques.

Par Véronique Clara-Véronne

Le redouté rapport du GIEC sur le climat, publié le 9 août, n’a malheureusement, pas apporté de bonnes surprises. Le sixième rapport constitue celui « de la dernière chance » préviennent ses auteurs, selon qui l’objectif d’une hausse limitée à 1,5 degré des températures – prévu par l’accord de Paris – est irréaliste, sauf à prendre des mesures drastiques et immédiates.

« Comprendre la réponse génétique des poulets ruraux au changement climatique pourrait avoir un impact significatif sur des dizaines de millions de petits agriculteurs et leurs familles à travers l’Afrique. »

L’Afrique n’est pas épargnée par les changements climatiques, notamment ceux consécutifs aux changements des courants marins qui régulent le climat. Le continent, tant s’en faut, n’est pas le plus fautif. Pourtant, il peut participer à la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), notamment celle du méthane.

En effet, le méthane est le principal GES, après le gaz carbonique. Il compterait pour un quart au réchauffement climatique, car son pouvoir de réchauffement est 28 fois supérieur à celui du CO2, bien que se dispersant plus vite dans l’atmosphère. Le GIEC alerte sur une hausse plus forte qu’attendu des concentrations de méthane.

Lesquelles viennent à 40% de l’agriculture, à 35% des énergies fossiles (gaz de schiste, extraction de pétrole…) et à 20 % déchets. Dans le secteur agricole, c’est la production animale qui rejette l’essentiel du méthane, tandis que la consommation de viande augmente fortement.

Les scientifiques suggèrent de réduire l’élevage de bovins, animaux les plus émetteurs de méthane. Et c’est précisément ce à quoi vient de s’engager l’Éthiopie, premier éleveur de bovins d’Afrique, avec 35 millions de têtes. Pourtant, le pays ne rejette que 0,04% des émissions de GES, mais il est cité en exemple par les scientifiques pour ses efforts.

L’Éthiopie s’engage, d’ici 2030, à réduire son cheptel bovin et à privilégier les volailles. Ce qui permettrait d’économiser 180 millions de tonnes de CO2 d’ici à l’échéance, pronostique Fekadu Beyene Aleka, commissaire éthiopien à l’Environnement, dans une note remise aux Nations unies.

Des poulets africains plus résilients

Le pays pourrait augmenter la production de volailles de 33 000 à 81 000 tonnes​. De plus, la mécanisation permettra la diminution du cheptel de bovins, dont un nombre important sert encore de tracteur. Ironie des temps, les moteurs sont moins polluants que les bœufs…Pour réussir ce pari, l’« Éthiopie aura besoin d’une aide financière internationale », prévient Fekadu Beyene Aleka​.

D’autre part, le pays produit, comme nombre de ses voisins, une variété de poulets plus résilients au climat. Il ne s’agit pas de poulets industriels : selon les chercheurs, l’élevage de la volaille de basse-cour fournit environ 97% de la production totale de viande de volaille et d’œufs en Éthiopie.

En effet, l’Afrique subsaharienne dispose d’un atout méconnu : les poulets ruraux d’Afrique sont réputés pour leur résistance à des conditions environnementales difficiles. Une étude récente publiée par le Molecular Biology and Evolution a révélé en partie la façon dont leurs gènes contribuent à leur résilience. Les chercheurs poursuivent leurs enquêtes dont les conclusions pourraient aboutir à de nouveaux programmes d’élevages de volaille, sur le continent qui pourrait délaisser les bovins.

Selon l’étude vulgarisée par scidev.net, les chercheurs ont identifié des gènes associés à l’adaptation à plusieurs facteurs environnementaux, comme la température, les précipitations. « Les résultats de cette étude sont importants à la fois pour les petits exploitants et les décideurs, en particulier dans le contexte des rapides changements environnementaux dans de nombreuses régions du monde, y compris en Afrique », explique Almas Gheyas, chercheuse en génétique animale à Edimbourg (Royaume-Uni).

 « Comprendre la réponse génétique des poulets ruraux au changement climatique pourrait avoir un impact significatif sur des dizaines de millions de petits agriculteurs et leurs familles à travers l’Afrique. » Appréhender la capacité des poulets ruraux à développer des caractéristiques d’une meilleure adaptation aux défis climatiques dans leur environnement pourrait améliorer leur survie et leur aptitude à trouver de la nourriture, à se reproduire et à produire de la viande et des œufs.

Les poulets élevés dans certains pays d’Afrique comme l’Éthiopie ou le Kenya conviennent parfaitement à l’ensemble du continent. Celui-ci a néanmoins besoin de varier les races afin de faire face à une éventuelle épidémie affectant les élevages.

VCV

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