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African Business

Le CFA est-il un frein à la croissance ?

Une étude réalisée au Cameroun après le passage du franc à l’euro a montré qu’effectivement, le solde des opérations extérieures s’est détérioré. Les exportations de matières premières organiques ou minérales peuvent évidemment souffrir des taux de change. Elles s’expriment en monnaie étrangère, dollars et livres sterling (pour le café et le coton), et les exportateurs sont payés dans cette monnaie.

Leur souci est donc principalement que ces monnaies ne se déprécient pas trop vis-à-vis de la monnaie locale. À cet égard, l’ancrage du franc CFA à l’euro a été négatif puisque, dans un premier temps (long !), l’euro s’est apprécié jusqu’à 30 % par rapport au dollar (la livre, dans le même temps, s’appréciait par rapport à l’euro).

D’où, en fait, une valeur des exporta­tions en baisse par rapport à la monnaie locale. Sans doute les comptes se sont-ils redressés ces dernières années, avec la remontée du dollar.

Poids sur la compétitivité

L’impact est également évident en matière de commerce interafricain, car longtemps, en dehors du rand sud-africain, le franc CFA fut l’une des seules monnaies subsahariennes convertibles.

Ce qui fit le bonheur de pays comme le Bénin ou le Togo où les cambistes se comptaient par centaines ! L’Afrique francophone achetait donc aux autres États africains d’autant moins cher que sa monnaie était à la fois stable et convertible.

Mais le naira nigérian devint lui aussi convertible. Dès lors, la trop grande stabi­lité du franc CFA, qui plus est surévalué par rapport aux autres monnaies de réserve, n’était plus un atout, mais un facteur de non-compétitivité avec un pays disposant d’un marché intérieur immense.

Certes, les importations deviennent moins coûteuses. Mais les exportations sont rédhibitoirement trop chères et la Franco­phonie subsaharienne ne peut déployer ses PME au même niveau que les Afriques non francophones.

À cet égard, le tableau ci-dessus montre clairement que ces derniers pays se sont développés nettement plus vite que ceux de cette zone. Le décollage subsaharien ne vient pas de l’investis­sement des multinationales étrangères, mais de la croissance interne des PME locales.

Un Dangote par exemple, aujourd’hui numéro un africain du ciment, fut d’abord un petit importa­teur. Et si l’envolée du Mozambique tient beaucoup à l’investissement des multinationales sud-africaines, celle de l’Éthiopie tient essentiellement à la multiplication de ses PME, notamment – mais pas seulement – dans le domaine du textile.

Les Africains francophones ne sont pas moins entreprenants que leurs homologues anglophones, lusitaniens, amhariques ou tigréens. Mais ils n’ont pas toute l’Afrique comme marché.

« À vous de voir »

«C’est de la faute des Français », déclarait, voici trois ans, ce même Aliko Dangote : il voulait alors s’attaquer au marché francophone et rencontrait des difficultés majeures face au lobbying de Lafarge, son concurrent et jadis fournis­seur.

On sort ici du problème monétaire pour entrer dans celui de la France- Afrique… inutile de creuser cette question. On note simplement que trois années plus tard, Dangote annonce qu’il allait doubler les capacités de son usine camerounaise et devenir ainsi le numéro un au Cameroun devant… Lafarge-Holcim ! Que peut-on conclure de tout cela ? De toute évidence, il existe un problème du franc CFA : problème d’indépendance évident et problème de compétitivité, surtout depuis l’ancrage à l’euro.

Et ces problèmes ne pourront que s’accentuer avec le temps. François Hollande ne pouvait donc que renvoyer la balle aux chefs d’État concernés : « À vous de voir». Mais voir quoi ? Conserver une monnaie commune, mais sans ancrage à l’une des monnaies de réserve ?

C’est prendre le risque de voir refuser les paiements à l’étranger dans cette monnaie : pour devenir le point de rencontre commercial indiscutable de sa région – englobant l’Éthiopie ! – la petite République de Djibouti a dû déposer 500 millions de dollars (de l’époque) à la Citibank de New York en garantie de convertibilité du franc djiboutien.

Que la nouvelle monnaie africaine francophone soit commune ou propre à chacun des pays, il faut donc penser à sa convertibilité réelle (donc à ce que sont prêts à payer les étrangers). C’est le principal problème auquel se heurtent les « anti-CFA », quel que soit le sérieux de leurs arguments.

Une solution serait-elle d’être plus maître des décisions et de pouvoir, par exemple, décider de dévaluer ou de lier le CFA non plus seulement à l’euro mais à un panier de monnaies comme la livre et le dollar ? Toujours est-il qu’il faudra avoir la solution au moment de couper le cordon ombilical.

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