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African Business

CEMAC : Un nouvel outil contre les flux financiers illicites

Plusieurs rapports récents ont souligné l’importance de lutter contre les flux financiers illicites, en Afrique. La Banque centrale des États d’Afrique centrale entend moderniser son dispositif contre ce fléau.

Par Paule Fax

La BEAC (Banque des États de l’Afrique centrale) vient de lancer un appel d’offres afin d’acheter et d’implémenter une solution informatique de filtrage, de profilage et de traçage des flux financiers. La Banque centrale souhaite, dans la zone CEMAC (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale), intensifier sa lutte contre le blanchiment des capitaux, le financement du terrorisme et la prolifération.

La BEAC rappelle qu’elle a la mission statutaire de « promouvoir les systèmes de paiement et de règlement et de veiller à leur bon fonctionnement ». C’est pourquoi elle demande aux prestataires qui répondent aux conditions requises de lui soumettre une proposition. Conformément au Règlement de la CEMAC sur les marchés publics, la sélection s’effectuera sur la base du coût de la proposition. À produits équivalents, le moins-disant l’emportera, donc.

La BEAC estimait, en 2017, que près de 40% de la demande d’importation étaient en réalité des sorties spéculatives de capitaux. Les banques sont sollicitées dans ce combat : depuis le début de l’année 2020, elles doivent vérifier chaque jour chaque opération et ses contreparties.

La nécessité de lutter contre le blanchiment et les trafics illicites n’est pas nouvelle, en Afrique centrale comme ailleurs. Ces derniers mois, la BEAC a milité, et obtenu, une clarification de la législation des différents pays de la zone, sous l’impulsion de son gouverneur, Abbas Mahamat Toli.

Voici deux ans, le Groupe d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique centrale (Gabac) avait sonné l’alarme, auprès de ses États membres (Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad et RD Congo). Le Gabac déplorait « la persistance des lacunes identifiées par les différentes missions d’évaluation » en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et du financement du terrorisme.

Et de redouter que les pays de la région ne soient placés sur une « liste noire » internationale en matière de lutte contre ces fléaux. Selon le Gabac, le volume consolidé des envois de fonds à partir de la Cemac, sur la période 2013-2016, s’établissait à 2 228,76 milliards de F.CFA (3,4 milliards d’euros) alors que les réceptions ne se situent qu’à 1 171,92 milliards de F.CFA (1,79 milliard d’euros).

Un constat général

Par exemple, au Cameroun, les flux financiers illicites dans le seul secteur du commerce international auraient coûté quelque 31,5 milliards de dollars entre 2008-2017. Ce chiffre est le principal résultat d’une étude sur les flux financiers illicites dans le pays, publiée fin septembre 2020 par le Centre régional africain pour le développement endogène et communautaire (Cradec). Cette somme correspond à plus de 17 600 milliards de F.CFA (26,83 milliards d’euros). Soit deux fois l’encours de la dette du pays et 3,2 fois le budget de l’État…

Le Cradec a utilisé des techniques comme l’analyse et la comparaison des données miroirs des Douanes. Il en ressort qu’entre les déclarations des agents de l’import-export du pays et les données statistiques des pays clients ou fournisseurs, les écarts ont atteint 12,5 milliards $ sur la période analysée, une fois ôtés les frais de transport et d’assurance.

Ces données rejoignent les conclusions du rapport de la Cnuced sur les flux financiers illicites et le développement de l’Afrique. Le phénomène de fuite des capitaux persiste et a même tendance à augmenter, s’alarme l’organisme onusien.

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