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African Business

Cemac : Les choix de Biya

Président en exercice de la Cemac, Paul Biya a ouvert – en visioconférence – la rencontre exceptionnelle des dirigeants de la zone, chargée d’évaluer la situation économique et d’analyser les mesures de redressement. Larges extraits du discours du président camerounais, prononcé le 18 août 2021.

Par Laurent Soucaille

« La crise a engendré, au plan planétaire, des conséquences humaines, économiques et sociales d’un impact jamais égalé. La récession mondiale de 3,3% enregistrée en 2020 n’a pas épargné nos pays. L’extrême pauvreté et les vulnérabilités ont rejailli brutalement dans notre espace sous-régional. L’atteinte des Objectifs de développement durable en 2030 est aujourd’hui fortement compromise.

Je voudrais néanmoins me féliciter de notre réaction commune face à cette nouvelle crise. Malgré les limites de nos systèmes de santé et de nos infrastructures en la matière, nous
avons réussi globalement à endiguer une trop grande propagation du coronavirus. Nous avons ainsi pu préserver de nombreuses vies humaines.

Nous pouvons, cette fois encore, mettre en œuvre notre solidarité et aller plus loin vers une transformation structurelle de nos économies. En effet, notre industrialisation constitue le principal gage de notre développement durable, inclusif, capable de démontrer une plus grande résilience face aux éventuels chocs exogènes.

Nous devons cependant rester vigilants et mobilisés. Car cette crise sanitaire perdure. Il nous faudra poursuivre, ensemble et avec détermination, la phase cruciale du combat contre ce virus par la vaccination. L’Afrique a besoin d’un accès large et équitable au vaccin. En effet, comment pourrions-nous atteindre une immunité collective avec moins de 5% de nos concitoyens actuellement vaccinées ?

Je tiens à saluer l’action de nos partenaires au développement depuis l’apparition de la pandémie. Nos différents plans de riposte ont obtenu des financements d’urgence du FMI, de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement. L’Initiative de suspension du service de la dette en faveur de nos pays a atténué les contraintes sur nos
finances publiques. Le FMI a alloué de nouveaux DTS (Droits de tirage spéciaux) à hauteur de 650 milliards de dollars.
Les importantes liquidités mises ainsi à disposition renforcent notre capacité de riposte contre la crise sanitaire et permettent la relance économique.

Le rôle déterminant de l’IDA

Nous exhortons les pays dont les réserves sont satisfaisantes à consentir à une réallocation partielle de leurs DTS en faveur des pays africains. Ceci permettrait d’augmenter les liquidités de l’ensemble de nos pays d’au moins 100 milliards $.
Nos États sont solidaires de la déclaration d’Abidjan du 15 juillet 2021 en faveur d’une reconstitution des ressources de l’IDA-20 à la fin de l’année 2021. En effet, les concours de
l’Association internationale pour le développement en Afrique jouent un rôle déterminant, et devraient participer massivement à la reconstruction post Covid-19 de nos économies durement affectées par la pandémie.
Lors de l’évaluation, en novembre 2019, de la mise en œuvre de notre Programme de réformes économiques et financières (PREF-CEMAC), soutenu par nos partenaires
financiers, nous avions exprimé notre grande satisfaction. Nous avions alors salué le retour cette année-là, d’une croissance de 2,1% et la reconstitution de nos réserves de change à un niveau compatible avec le régime de change de notre monnaie commune.
Mais, avec l’apparition de la pandémie, les équilibres macro-économiques et budgétaires se sont détériorés. La dynamique d’évolution de nos réserves de change a faibli.
Notre intégration régionale a produit insuffisamment des effets d’entraînement sur le commerce intra-communautaire.

La faible diversification structurelle de nos économies et l’extraversion de nos modèles de développement ont limité nos capacités de réaction.
Il convient également de reconnaître que les crises sécuritaires et les vulnérabilités découlant des changements climatiques font peser de graves menaces sur notre processus de développement durable.

C’est pourquoi il est plus qu’urgent d’accélérer notre rythme de mise en œuvre des réformes structurelles afin de retrouver la vitalité économique. Il nous faudra également améliorer le climat des affaires pour permettre au secteur privé de s’impliquer davantage dans la relance de la croissance.

Aussi, avec la même détermination que par le passé, nous devons poursuivre la restauration des équilibres macro-économiques et budgétaires de nos finances publiques. Notre politique monétaire devra également garder son orientation vers une stabilité extérieure forte dans le cadre d’une coopération internationale plus affirmée. Il y va de la crédibilité de notre régime de change.

Un atout majeur : notre solidarité

L’évolution de notre endettement public et les enjeux de soutenabilité commandent une gestion plus rigoureuse et plus transparente, en phase avec les exigences de bonne gouvernance.

Sur toutes ces questions, nous avions ensemble engagé des réformes structurelles ambitieuses avec le soutien technique et financier de nos partenaires au développement. Mais, au regard des résultats atteints qui sont mitigés et davantage fragilisés par la crise sanitaire actuelle, la vitesse et l’envergure de leur mise en œuvre sont à revoir.

Pour y faire face, nous disposons, comme en 2016, d’un atout majeur : notre solidarité. Elle nous avait alors permis de mener, au sein de notre Communauté, une action concertée, cohérente et efficace.

Nous pouvons, cette fois encore, la mettre en œuvre et aller plus loin vers une transformation structurelle de nos économies. En effet, notre industrialisation constitue le principal gage de notre développement durable, inclusif, capable de démontrer une plus grande résilience face aux éventuels chocs exogènes.

Solidaires, et avec le concours de nos partenaires, nous relèverons les défis d’aujourd’hui. C’est ce qu’attendent nos concitoyens. Et c’est surtout notre devoir. Tâchons d’être à la hauteur de cette ambition ».

LS

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