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African Business

Ce qu’attendent les Ivoiriens…

Les décideurs économiques et politiques, les experts, les organismes internationaux… Tous sont optimistes. La Côte d’Ivoire revient au devant de la scène économique. Mais face à cette embellie, le peuple ivoirien, lui, se montre dubitatif, tantôt impatient, tantôt inquiet.

Aujourd’hui la société ivoirienne, contradictoire, panse ses plaies. Les uns appellent sans relâche à en découdre, les autres souhaitent inlassablement tourner la page et regarder vers l’avenir. Les autorités semblent s’être installées dans cette approche. Et presque partout en Côte d’Ivoire, singulièrement à Abidjan, les quartiers sont transformés en de vastes chantiers à ciel ouvert. Ici à l’ancien carrefour de la Riviera II, un échangeur a été construit. Un peu plus loin, à Cocody, l’université Félix-Houphouët Boigny a été entièrement rénovée. À quelques encablures de celle-ci se dresse majestueux le troisième pont à péage qui traverse la lagune Ebrié du Nord au Sud, pour terminer sa course à la modernité sur « le VGE » (boulevard Valéry-Giscard-d’Estaing). 

Mais la ville se modernise aussi tant au niveau de son arsenal juridique que de ses outils économiques pour attirer les investisseurs.

Au Plateau, les façades des immeubles sont en plein ravalement, ce dans les différents quartiers de la commune. Témoin de cette volonté de construction et de rénovation, l’immeuble de l’ex-Centre de commerce international de Côte d’Ivoire (CCIA) abrite désormais les fonctionnaires de la Banque africaine de développement. Le prolongement de l’autoroute du Nord reliant la capitale à l’arrière-pays est achevé, Abidjan est donc en chantier… 

Mais la ville se modernise aussi tant au niveau de son arsenal juridique que de ses outils économiques pour attirer les investisseurs. Tous se félicitent de la création des tribunaux de commerce et du guichet unique, la création accélérée d’entreprise, etc. C’est ce que demandent d’abord les Ivoiriens. Que les considérations politiques partisanes et prosaïques marquent le pas et que les initiatives pourvoyeuses d’emplois et fédératrices fleurissent. Cette quête de bien-être et de mieux-être des Ivoiriens ne se voudrait pas, et il ne faut pas s’y tromper, juste un désir ampoulé. 

Au terme d’une dizaine d’années de crise militaro-politique, ils aspirent à beaucoup, beaucoup plus, que des incantations en termes de milliards. Il ne suffit pas de dire que les investissements privés ont « atteint le montant de 11 milliards de F.CFA », pour satisfaire le citoyen lambda. Les Ivoiriens veulent accéder raisonnablement aux denrées de première nécessité, ils ne souhaitent pas avoir dans leurs assiettes du poisson d’une qualité médiocre ; ils voudraient entendre les dirigeants du pays dire que l’inflation est vraiment maîtrisée, sentir les effets de la reprise économique dans le panier de la ménagère, voir remonter le moral des ménages et surtout constater que l’aide aux PME n’est pas un slogan susurré du bout des lèvres, mais bien une réalité tangible.

« Si dans les familles une ou deux personnes travaillent, les tracasseries du quotidien peuvent être surmontées. Mais quand personne ne travaille, cela peut durcir la tension sociale et n’importe quel aventurier politique peut surfer sur ce mécontentement. Les conséquences peuvent être graves », analyse Josiane qui refuse néanmoins de « justifier la bêtise ». Pour elle, comme pour bien de personnes « un véritable accent, pas seulement un discours volontariste » doit être mis sur la lutte contre le chômage et en faire la priorité absolue. 

Hilaire, jeune diplômé, mais simple vendeur de babioles sur l’artère principale du boulevard Latrille, se qualifie volontiers de « gueux » ; il souhaite que la réalité « dépasse la politique-fiction ». 

Quant à la population au bas de l’échelle sociale, la beauté des discours sur les investissements, sur l’embellissement de la Côte d’Ivoire et son retour sur l’échiquier économique « mondial », sur la croissance et l’émergence souhaitée en 2020, est certes pour elle incontestable. Mais quant à sa réalité, les Ivoiriens, premiers concernés, veulent qu’elle se traduise par une hausse conséquente de leur niveau de vie. Le gouvernement assure en avoir pris la mesure et que la tonalité actuelle de sa politique est orientée vers les investisseurs en vue de la création de plus d’emplois, donc de plus de richesses… en faveur des Ivoiriens. La victoire des Éléphants à la coupe d’Afrique des Nations donne le ton de la nouvelle Côte d’Ivoire : celle qui gagne. 

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