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Paulo Gomes lance sa nouvelle société de conseil

Paulo Gomes lance sa nouvelle société de conseil
  • Publiéfévrier 3, 2022

À la tête d’une nouvelle société, Orango, Paulo Gomes peut exposer ses projets. L’ancien directeur exécutif de la Banque mondiale plaide pour une nouvelle manière dont les institutions de financement du développement déploient les capitaux sur le continent.

Par Omar Ben Yedder

Ancien de la Banque mondiale, Paulo Gomes œuvre désormais aux destinées de sa dernière création, Orango Investments Corporation. Il présente OIC comme une société d’investissement innovante, créée avec des partenaires de confiance.

En tant que plus jeune directeur exécutif de la Banque mondiale, au tournant du millénaire, Paulo Gomes appelait déjà à une approche différente de l’Afrique. Soit privilégier la création d’un secteur privé prospère et l’intégration régionale.

En l’occurrence, Austine Ometoruwa, un vétéran de Citigroup et premier président d’Africa Finance Corporation, Éric Guichard, un ancien collègue de la Banque mondiale, et George Rubagumya, un avocat international et ancien administrateur de la Rwanda Development Board.

OIC se veut une plateforme unique de conseil et d’investissement ; la société compte des bureaux à Kigali et à Londres. Elle est conçue pour porter le secteur privé africain au centre de l’investissement en Afrique. Paul Gomes décrit son entreprise comme la réunion de « market makers », qui aident à structurer des projets respectant l’écologie et à faire appel à des investisseurs et à des opérateurs pour les gérer.

Sa structure travaille actuellement sur un petit nombre de transactions clés, par exemple dans l’industrie pharmaceutique. Il s’agit de fabriquer du matériel médical, de produire des médicaments et de construire un hôpital dans une zone économique spéciale de 100 hectares à Dakar.

Un autre projet concerne un projet d’aquaculture de thon rouge au Cap-Vert, avec Nortuna, un consortium d’investisseurs norvégiens. En cas de succès, l’usine sera étendue pour capitaliser sur les vastes ressources en eau du pays et sa position stratégique entre l’Afrique, les Amériques et l’Europe. L’objectif est de créer un pôle aquacole en Atlantique.

Au cœur de l’initiative Afrochampions

Un troisième projet est celui de la transformation du cacao au Ghana et en Côte d’Ivoire et de la transformation de la noix de cajou en Guinée-Bissau. Actuellement, la noix est exportée sous sa forme brute, et l’initiative vise à transformer une part importante de la production annuelle de la Guinée-Bissau et à aider à créer plus d’emplois dans le pays. La Guinée-Bissau est le troisième plus grand producteur d’anacarde en Afrique après la Côte d’Ivoire et la Tanzanie.

Selon la Cnuced, moins de 15% des noix du continent sont décortiquées sur le sol africain. Le reste est exporté principalement vers l’Asie, où 85 % des noix de cajou mondiales sont transformées, ce qui ajoute de la valeur à la marchandise. Deux pays asiatiques, l’Inde et le Vietnam, représentent la quasi-totalité des importations mondiales de noix de cajou brutes.

D’autre part, Paulo Gomes reste coprésident d’Afrochampions, un groupement d’entrepreneurs africains dont la mission est de défendre le secteur privé africain et à s’assurer qu’il bénéficie de ZLECAf (Zone de libre-échange continentale africaine).

« Avec le lancement de la ZLECAf , la clé de la réussite est maintenant sa mise en œuvre. Grâce à Afrochampions, nous jouons un rôle de plaidoyer important. » De son côté, Orango se concentre sur les transactions. « Nous travaillons pour lancer des projets, attirer des investisseurs et des entreprises, et aider à créer des champions dans plusieurs secteurs verticaux de l’économie. »

Besoin de changer les mentalités

Pour cela, « nous avons créé un pool de capitaux avec divers investisseurs qui recherchent des opportunités d’investissement dans le continent ». Orango propose également un fonds axé sur la durabilité et le financement climatique.

« Nous cherchons à attirer davantage de capitaux en utilisant de nouveaux instruments », explique Paulo Gomes. Qui n’écarte pas l’hypothèse d’une société d’acquisition à vocation spécifique (SPAC, en anglais) qui permet de lever des fonds sans avoir, temporairement, de destination d’investissement. Orango discuterait aussi avec plusieurs fonds souverains.

Paulo Gomes affirme d’ailleurs que les gouvernements ont un rôle beaucoup plus important à jouer dans la préparation des projets. Trop de ressources, juge-t-il, sont exclusivement consacrées à la promotion de leurs pays afin d’attirer les investisseurs et d’améliorer l’environnement des affaires.

L’ancien directeur exécutif de la Banque mondiale, Paulo Gomes, à la tête d’une nouvelle société, Orango

Et pas assez aux études de faisabilité et à la préparation de projets « bancables », regrette-t-il. Un changement de mentalité est donc nécessaire afin que les gouvernements comprennent l’importance d’investir dans la préparation adéquate de projets qui méritent un investissement.

Par exemple, l’extension des barrages d’Inga, en RD Congo, reste au point mort ; ce pourrait avoir un impact transformationnel. Le barrage fait l’objet de multiples examens depuis des décennies. Paulo Gomes dévoile qu’Orango est en pourparlers avec le gouvernement congolais pour qu’un consortium d’acteurs africains investisse dans Inga, mais les progrès sont lents. L’hésitation du gouvernement, suggère-t-il, réside dans une réticence à confier le projet à une seule entité.

Pourtant, calcule le financier, il reste encore à trouver 100 millions de dollars afin de couvrir les coûts liés aux études de faisabilité et aux coûts de préparation du projet pour le rendre entièrement finançable. De plus, juge Paulo Gomes, le projet doit être dirigé par des Africains.

« Les projets réussis auxquels j’ai participé ont été le résultat d’une bonne préparation, de la connaissance du marché et du choix du bon partenaire. » Le financier se souvient par exemple de ce qui avait été fait avec Gervais Djondo, l’un des membres fondateurs de la compagnie aérienne Asky, dont il fut administrateur.

« Nous avions plusieurs options sur la table, dont un partenariat avec South African Airways. Au final, nous avons réussi à convaincre Ethiopian Airlines de prendre une participation de 30 % dans Asky et nous avons pu bénéficier de sa grande expertise. » C’est pour cela que le groupe éthiopien a été choisi : « Pour le savoir-faire opérationnel de ses équipes et sa connaissance du marché africain. »

Paulo Gomes, optimiste de nature, prédit que les prochaines années seront difficiles pour les investisseurs. Les opportunités sont infinies, juge-t-il, mais on peut craindre que l’Afrique ne soit entraînée dans les conflits géopolitiques mondiaux actuels. Selon lui, les politiciens et les institutions devront également donner la priorité à la prévention des conflits. Cela étant, au final, « les tendances de la démographie, de l’urbanisation, de la jeunesse joueront en notre faveur ».

Un parcours exemplaire

La vision de Paulo Gomes n’est pas nouvelle. Lorsqu’il a rejoint la Banque mondiale, en 1998, les observateurs commençaient à remettre en question les recommandations politiques d’ajustements structurels et d’exercices de réduction de la pauvreté liés à des réformes politiques radicales.

Le débat a porté sur les conditions imposées aux pays souhaitant accéder aux programmes d’allègement de la dette. En tant que plus jeune directeur exécutif à l’époque, Paulo Gomes a appelé à une approche différente : la création d’un secteur privé prospère et l’intégration régionale.

À son crédit, se souvient-il, le président de la Banque mondiale, James Wolfensohn, s’est montré ouvert aux idées nouvelles et a organisé une réunion des ministres des finances pour élaborer une nouvelle stratégie de promotion du secteur privé en Afrique.

À l’époque, poursuit-il, la SFI, la branche du secteur privé de la Banque mondiale, prêtait moins de 200 millions $ par an à l’Afrique, et ses collègues de la SFI se plaignaient du manque de transactions à travers le continent. Paul Gomes a fait pression pour qu’une équipe spéciale soit affectée à l’Afrique et pour qu’un bureau sud-africain soit ouvert. Aujourd’hui, la SFI investit, par le biais de la dette et des fonds propres, près de 5 milliards $ par an !

Paulo Gomes a quitté la Banque mondiale en 2006 et a occupé plusieurs postes d’administrateur, notamment chez Ecobank et Asky Airlines. En quittant la Banque mondiale, il était frustré que trop peu de capitaux soient consacrés à des projets entièrement nouveaux. Il a joué un rôle important dans la création d’Africa Finance Corporation (AFC).

Avec le gouvernement nigérian et la participation de banques nigérianes nouvellement capitalisées, l’AFC a réussi à lever 1 milliard $ de capital. Paulo Gomes, de Guinée-Bissau, est parvenu à convaincre son pays de devenir membre fondateur de l’AFC, ouvrant la voie à d’autres pour suivre son exemple. Aujourd’hui, l’AFC a un bilan de plus de 7 milliards $, pour trente pays membres.

@OBY

 

 

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Par Omar Ben Yedder

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