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African Business

La Côte d’Ivoire, la bonne élève

Fitch Ratings relève sa notation de crédit sur la Côte d’Ivoire. Principaux arguments, la stabilité politique retrouvée, des réformes qui porteront leurs fruits, ainsi qu’un profil de croissance économique plutôt flatteur à moyen terme.

Par Véronique Clara-Véronne

À contre-courant de nombreux pays africains, la Côte d’Ivoire séduit les agences de notations. Après Standard & Poor’s qui a confirmé sa notation « BB- », mi-juillet, c’est au tour de Fitch Ratings d’émettre cette même note.

L’agence internationale remonte ainsi d’un cran (de « B+ ») son avis sur la dette souveraine du pays. La perspective du pays est « stable », contrairement à celle des pays africains notés « BB- », comme le Maroc qui pourraient faire l’objet, après examen, d’une révision en baisse.   

Cette « mise à niveau » reflète le point de vue selon lequel « les élections parlementaires apaisées de mars 2021 montrent une réduction soutenue du risque politique », expliquent d’emblée les analystes. Elle reflète également l’attente de Fitch selon laquelle le maintien d’une politique économique prudente, ainsi que les réformes budgétaires, vont progressivement inverser la détérioration temporaire du solde budgétaire et stabiliser la dette publique.

« À plus long terme, le potentiel de croissance de la Côte d’Ivoire restera robuste, mais la pérennité de la dynamique de croissance reposera sur une accélération de la productivité et une plus grande diversification », estiment les analystes de Fitch Ratings.

La note tient également compte du fait que l’économie ivoirienne prendra le chemin d’« une forte croissance » à mesure que l’impact de la pandémie s’estompera, en dépit des indicateurs de développement faibles et une dépendance relativement élevée aux produits de base.

Le risque politique se réduit donc, précise Fitch Ratings, les risques découlant des divisions et des inimitiés politiques sont désormais suffisamment pris en compte par les marchés.

Les développements récents incluent la conclusion pacifique des élections législatives de mars 2021, qui ont vu le parti du président Ouattara conserver la majorité au parlement avec la participation et la reconnaissance de tous les partis. L’opposition a renoncé à son projet de créer un conseil national de transition en tant que gouvernement alternatif à la suite de l’élection présidentielle d’octobre 2020, qu’elle avait boycotté.

Et l’on vient de voir que l’ancien président Laurent Gbagbo est rentré en Côte d’Ivoire et a annoncé son intention de rejoindre le dialogue en cours pour la réconciliation nationale, « ouvrant la voie à une nouvelle normalisation du climat politique ».

Quelques dépenses accrues

Adama Coulibaly, ministre ivoirien de l’Economie et des finances

Sur le plan budgétaire, les analystes considèrent que le déficit des administrations publiques se réduira progressivement à 3 % du PIB d’ici 2024, conformément au bilan de prudence budgétaire du gouvernement et aux critères de convergence de l’Uemoa (Union économique et monétaire ouest-africaine).

Le déficit budgétaire s’est creusé à 5,6% du PIB en 2020 et restera élevé à 5,4% en 2021, contre une moyenne de 2,9% sur 2017-19. « Cela reflète un mélange de retards dans le décaissement d’une partie du financement engagé par le biais de fonds de soutien temporaires en 2020 et d’engagements supplémentaires. »

De son côté, le gouvernement estime que les difficultés du secteur électrique qui ont perturbé l’approvisionnement en électricité pendant plusieurs mois auront un impact budgétaire de 0,4% du PIB en 2021. D’autre part, l’État a décidé une augmentation plus durable des dépenses de sécurité afin de faire face à la croissance menaces sécuritaires à la frontière avec le Burkina Faso et le Mali, qui continueront de peser sur les résultats budgétaires, avec un déficit attendu à 4,3% du PIB en 2022 et 3,5% en 2023.

Les plans d’assainissement budgétaire du gouvernement sont axés sur la politique fiscale et les mesures de réforme administrative visant à élargir l’assiette fiscale de seulement 12,3 % du PIB en 2020, parallèlement à la poursuite des restrictions actuelles des dépenses. Il prévoit de supprimer progressivement les exonérations fiscales, d’améliorer la couverture du secteur informel et de relever les droits d’accise notamment sur la filière cacao.

Attention, préviennent les analystes : les objectifs du gouvernement se sont révélés un peu trop « ambitieux » dans le passé, en raison des problèmes de capacité et des fluctuations défavorables des prix des matières premières, tandis que certaines réformes sont impopulaires. Aussi, les analystes attendent-ils des autorités qu’elles ajustent les dépenses en capital au recouvrement des recettes pour atteindre leurs objectifs de déficit, comme elles l’ont fait par le passé.

Tout cela devrait aboutir une dette des administrations publiques de l’ordre de 50 % du PIB à partir de 2023, contre une médiane de 57% pour les pays notés « BB » par l’agence.

Au plan financier, les autorités prévoient de couvrir près de 50 % des besoins de financement à partir de sources de devises au cours des prochaines années et prévoient de continuer à recourir régulièrement au marché des euro-obligations. Pour autant, « les risques de refinancement sont modérés », avec une maturité moyenne de plus de dix ans pour la dette extérieure et des opérations régulières de gestion du passif pour lisser le profil de remboursement et verrouiller la baisse des taux d’intérêt.

Aucun problème de liquidités

La dette en devises représente 65% du stock total, mais le risque est atténué car plus de la moitié est en euros, auquel est arrimé le franc CFA. Le marché de l’Uemoa a une capacité limitée à fournir des financements supplémentaires substantiels, ce qui réduit la flexibilité du financement.

Le gouvernement continue de participer à l’Initiative de suspension du service de la dette (DSSI) du G20 en 2021 et s’attend à des économies d’environ 0,6 % du PIB. « La participation ne reflète aucun problème de liquidité, et le gouvernement reste fermement déterminé à exclure toute participation de créanciers privés de toute initiative d’allégement de la dette. »

 

La Côte d’Ivoire, premier pays producteur mondial de cacao

En matière économique, la détérioration de l’environnement mondial et les perturbations de l’offre dues à la pandémie ont provoqué un net ralentissement de la croissance du PIB à 2,0% en 2020, mais la Côte d’Ivoire a fait bien mieux que des pays de son rang. Sa performance reflète la faible dépendance de la Côte d’Ivoire vis-à-vis du tourisme et des envois de fonds, son ouverture relativement faible au commerce et la résistance des prix du cacao, son principal produit commercialisable, qui représente 40 % des exportations.

On peut s’attendre à une croissance moyenne du PIB de 6,2 % en 2021-2022, tirée par la demande intérieure. Les grandes dépenses d’infrastructure dans le cadre du Plan national de développement 2021-2025 soutiendront les investissements et les activités de construction. « À plus long terme, le potentiel de croissance restera robuste, mais la pérennité de la dynamique de croissance reposera sur une accélération de la productivité et une plus grande diversification. »

Le plan quinquennal vise à stimuler les investissements du secteur privé et à augmenter la valeur ajoutée nationale en s’attaquant aux obstacles structurels, notamment les goulots d’étranglement des infrastructures, un petit secteur bancaire limitant les options de financement du secteur privé et les faibles résultats de l’éducation. Une nouvelle vague d’infections à la Covid-19 poserait des risques à la baisse pour la croissance et les finances publiques et extérieures.

VCV

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