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African Business

Bonne gouvernance et transparence, deux clefs de la réussite

Bonne gouvernance et transparence, deux clefs de la réussite
  • Publiéavril 27, 2022

Amine Antari, directeur général de la division Enquêtes et renseignements judiciaires du cabinet américain Kroll, en charge de suivre le Moyen-Orient, livre ses éclaircissements sur la situation actuelle en Afrique du Nord et au Sahel. Selon lui, bonne gouvernance et transparence sont les facteurs à améliorer pour rassurer les investisseurs étrangers.

 

Entretien avec Desné Masie et Angus Chapman

Quels sont les principaux obstacles au développement de l’Afrique du Nord et du Sahel ?

Je distinguerai trois problèmes. Le premier tient à l’impact social et économique de la pandémie et à la crise actuelle entre la Russie et l’Ukraine. Nous avons vu pendant la pandémie que beaucoup de pays et d’entreprises ont souffert, en particulier en Afrique du Nord, qui dépendent du tourisme. Et si vous ajoutez la situation en Ukraine et l’augmentation significative du prix du pétrole, vous comprenez les populations en Afrique du Nord vont le ressentir. Ils n’étaient pas forcément heureux avant, mais ces derniers événements vont juste aggraver leur situation.

Les pays d’Afrique du Nord continueront d’attirer beaucoup de touristes ! Le tourisme est en pleine expansion, avec de nombreux projets et investissements prévus pour les prochaines années. De plus, nous voyons beaucoup d’entreprises internationales établir des sièges régionaux ou leur plateforme, pour cibler l’Afrique, au Maroc et en Égypte.

La deuxième question est celle de la sécurité alimentaire et de l’eau. Cette année, malheureusement, la saison des pluies n’a pas été très bonne, et beaucoup de pays dépendent déjà de l’importation de produits de base comme le blé. Nous pourrions voir des restrictions et des limitations comme une réponse nécessaire dès cet été.

Le troisième point, pour lequel nous voyons de plus en plus de clients nous solliciter, est la gouvernance et la transparence. Historiquement, ces aspects ont été assez négligés, ce qui n’aide pas les entreprises internationales qui veulent s’établir et faire des affaires en Afrique.

Je pense que nous allons voir beaucoup plus d’intérêt de la part des entreprises locales et des structures gouvernementales qui veulent améliorer leur position et rendre ces investisseurs plus à l’aise.

 

La Tunisie est en pourparlers avec le FMI, la Libye sort d’une élection ratée, et nous constatons l’escalade diplomatique entre l’Algérie et le Maroc sur le Sahara occidental, question qui a également des implications pour le Mali. Quelle est votre lecture de ces situations ?

 La Tunisie est en pourparlers avec le FMI pour obtenir un accord de plusieurs milliards de dollars, mais cela s’accompagne de conditions. Le Fonds demande une réforme profonde de l’économie tunisienne, ainsi que des réductions de la masse salariale publique, qui est importante en Tunisie. Étant donné l’ampleur de l’accord recherché, il faut que le FMI soit à l’aise avec la gouvernance et qu’il soit sûr que les capitaux qu’il prêtera seront utilisés à bon escient.

En Libye, comme vous l’avez dit, les élections n’ont pas eu lieu et, il y a quelques semaines, Fathi Bashagha a été nommé Premier ministre par la Chambre des représentants basée à Tobrouk. En fait, ce n’est pas le gouvernement du centre, mais celui de l’ouest de la Libye. Je pense que l’actuel Premier ministre intérimaire Abdul Hamid Dbeibeh [issu du gouvernement intérimaire d’Unité nationale de Libye] est toujours au pouvoir et qu’il a un plan avec le soutien des pays occidentaux pour une nouvelle élection en juin. Malheureusement, il demeure un risque pour la Libye de revenir à une situation chaotique après quelques années de calme.

Entre l’Algérie et le Maroc, les choses se sont envenimées. Ce sont des marchés assez importants avec beaucoup de points communs, il est donc regrettable que les tensions ne soient pas résolues. Les liens diplomatiques ont été rompus des deux côtés, mais des mesures extérieures ont également été prises. Le récent accord entre Israël et le Maroc a changé la dynamique de la région, de même que la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, une question qui n’arrange pas les tensions.

Pour en revenir à votre point concernant le Mali, j’évoquerai surtout avec la tension entre la France et l’Algérie et le retrait des troupes françaises du Mali. Nous commençons à voir l’Algérie étendre son influence là-bas, et aussi investir dans d’autres pays d’Afrique francophone. Cette politique est adoptée par le Maroc depuis quelque temps, surtout depuis que le Royaume frappe aux portes de l’Union africaine. La concurrence restera ainsi jusqu’à ce que les deux gouvernements se mettent d’accord sur un plan pour avoir de meilleures relations, ce qui, je l’espère, arrivera.

 

La COP27 en Égypte est un moment important dans la lutte contre les effets du dérèglement climatique en Afrique. Comment les négociations mondiales pourraient-elles se dérouler en novembre ?

La réponse à cette question comporte deux volets. Tout d’abord, l’Égypte affirme qu’il s’agira d’une plateforme permettant aux pays africains de délivrer un message clair aux pays développés, leur disant, en substance, « vous avez pris certains engagements financiers et des engagements pour réduire votre impact sur le climat, et vous n’avez pas fait grand-chose ». Parce qu’il est clair que les pays en développement sont ceux qui sont le plus touchés et qui souffrent le plus des conséquences du changement climatique. Il sera très intéressant de voir, dans la situation politique actuelle, comment les pays développés réagiront à ces messages.

La COP27 est un moyen pour l’Égypte de se replacer sur la carte. C’est le deuxième volet. Ce que je veux dire par là, c’est qu’après les changements de régime, la pandémie est arrivée et l’Égypte n’a pas vraiment beaucoup fait parler d’elle. Dès lors, ce rendez-vous est un moyen de promouvoir le tourisme, mais aussi d’établir des partenariats avec diverses institutions et entreprises internationales qui seront présentes pour voir si elles peuvent aider avec des projets verts, et les affaires en général. Il s’agit d’une grande opportunité pour l’Égypte, dont les dirigeants ont l’intention d’en tirer le maximum pour le bien du peuple égyptien.

Comprendre les risques vous permet de comprendre où se trouvent les opportunités. Qu’est-ce qui vous rend optimiste à propos de l’Afrique ?

Si l’on considère l’Afrique en général, c’est ce que j’appelle un marché inexploité. Nous y distinguons de nombreuses opportunités et de nombreux secteurs intéressants. Beaucoup d’entreprises sont déjà investies et intéressées par le continent. Dans les secteurs de l’exploitation minière et des énergies renouvelables, nous avons vu nos clients s’associer à des entreprises africaines et investir dans les centrales solaires ou les installations minières. Je pense que le secteur de l’énergie, qu’il s’agisse des énergies renouvelables, du pétrole ou du gaz, aidera les pays africains à moins dépendre des importations et à bénéficier d’une plus grande stabilité face à la volatilité des prix du pétrole et du gaz.

L’autre secteur en plein essor est celui de l’agroalimentaire. L’Afrique compte plusieurs exportateurs bien connus, mais ce secteur s’appuie de plus en plus sur la technologie, qui rend les activités plus efficaces et plus sophistiquées. La technologie permet d’exporter et de réduire les pertes alimentaires en améliorant la conservation des produits.

Enfin, il nous faut évoquer le tourisme, qui a été durement touché par la pandémie. Les pays d’Afrique du Nord continueront d’attirer beaucoup de touristes ! Le tourisme est en pleine expansion, avec de nombreux projets et investissements prévus pour les prochaines années.

Je vois beaucoup d’entreprises internationales établir des sièges régionaux ou leur plateforme, pour cibler l’Afrique, au Maroc et en Égypte. Et ce qui est intéressant avec l’Égypte, c’est qu’elle fait office de pont entre l’Afrique du Nord, l’Afrique en général, et le Moyen-Orient. Les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite investissent beaucoup en Égypte et y établissent de nombreux partenariats. Après la COP27, les Égyptiens vont réussir davantage, dans les prochaines années, à mesure que le pays deviendra plus stable et qu’il se concentrera sur la reconstruction de l’économie.

Je pense que pour dé-risquer l’Afrique, il faut essentiellement digitaliser et rendre les opérations numériques, autant que possible. Voilà d’ailleurs un aspect positif de la pandémie ; elle a accéléré ce processus, et quelque chose qui aurait pu prendre dix ans a été fait en deux ou trois ans !

Restent les questions de gouvernance d’entreprise, de conformité et de transparence. Nous recevons beaucoup de demandes d’aide dans ce domaine et je pense que cela continuera à promouvoir les investissements et les capitaux étrangers.

Compte tenu de ce qui s’est passé en Russie, où de nombreuses entreprises ont retiré leurs activités, je pense que le maintien de la stabilité politique, montrant que les pays peuvent avoir de bons rapports et se comporter de manière normale, sera essentiel pour l’avenir de l’Afrique.

Les pays d’Afrique du Nord continueront d’attirer beaucoup de touristes ! Le tourisme est en pleine expansion, avec de nombreux projets et investissements prévus pour les prochaines années. De plus, nous voyons beaucoup d’entreprises internationales établir des sièges régionaux ou leur plateforme, pour cibler l’Afrique, au Maroc et en Égypte.

 

@AB

Écrit par
IC Publications

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