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BAD : Une transition énergétique propre est possible en Afrique de l’Est

BAD : Une transition énergétique propre est possible en Afrique de l’Est
  • Publiénovembre 21, 2022

Ajustant ses prévisions de croissance pour 2022 et 2023 concernant l’Afrique de l’Est, la BAD se livre à un calcul minutieux de la « dette carbone » que le monde a vis-à-vis de la sous-région. Qui a la possibilité de se lancer dans une transition énergétique profitant à tous.

 

L’Afrique de l’Est a enregistré une forte reprise économique en 2021, mais les niveaux de croissance pré-Covid-19 n’ont pas encore été rattrapés dans la plupart des pays. Tel est le constat de la BAD (Banque africaine de développement) qui publie une actualisation de ses Perspectives économiques relatives à la sous-région.

La croissance estimée à 4,8 % en 2021, contre 1,5 % en 2020, a été marquée par des dépenses publiques soutenues dans des projets d’infrastructure phares, la réouverture des voyages et du commerce avec l’utilisation accrue du vaccin de la Covid-19, le renforcement des liens régionaux au sein de la Communauté d’Afrique de l’Est (Burundi, Kenya, Rwanda, Soudan du Sud, Tanzanie, Ouganda) et la reprise du tourisme dans les pays dépendants du tourisme.

La région devrait connaître une croissance plus lente, de l’ordre de 4,7 %, en 2022. Les raisons sont connues : persistance de la pandémie, les perturbations liées à la guerre en Ukraine, la flambée de certains prix… La croissance devrait rebondir en 2023, mais la moyenne de +5,5% masque des divergences entre les pays. Seuls quatre pays (Kenya, Rwanda, Seychelles et Soudan du Sud) devraient connaître une croissance supérieure à 5 % en 2022 et 2023. La croissance sera probablement modérée aux Comores, en Somalie et au Soudan, (moins de 3 % en 2022) tandis que tous les pays d’Afrique de l’Est (à l’exception des Comores et de l’Érythrée) devraient connaître un taux de croissance supérieur à 4 % en 2023.

À long terme, les pays d’Afrique de l’Est doivent mettre davantage l’accent sur le soutien à la diversification économique, notamment des exportations, afin de réduire la vulnérabilité accrue de la dette qui a entraîné une dépréciation persistante de la monnaie, l’inflation et une baisse de la croissance.

Comme partout ailleurs, l’Afrique de l’Est est confrontée à plusieurs risques de ralentissement. La poursuite du conflit en Ukraine pourrait peser lourdement sur les pays importateurs de produits de base de la région et exacerber l’insécurité alimentaire. De plus, plusieurs pays d’Afrique de l’Est, dont l’Éthiopie, le Kenya et l’Ouganda, pourraient être confrontés à des risques croissants de surendettement, qui aurait pour effet de creuser les déficits budgétaires et courants.

 

Chocs contre chocs

La région reste vulnérable au coronavirus à cause des craintes d’une sixième vague aux États-Unis et d’une recrudescence des infections en Afrique du Sud. En outre, l’instabilité politique persistante – notamment en Éthiopie, en Somalie, au Soudan du Sud et au Soudan –, pourrait peser sur les perspectives de la région, alors que dans le même temps, plusieurs pays d’Afrique de l’Est sont confrontés à différentes vulnérabilités liées au changement climatique.

De plus, la sensibilité aux changements climatiques des moyens de subsistance et des secteurs économiques accroit la vulnérabilité de la région. Leurs impacts deviennent dynamiques et sont aggravés par d’autres chocs, notamment les prix des produits de base, la santé et l’insécurité, ce qui nécessite des évaluations contextuelles améliorées des risques et de la vulnérabilité afin de pouvoir prendre des mesures d’adaptation et d’atténuation claires.

Surtout, le changement climatique empêche la croissance du PIB par habitant, avec les impacts variant selon la structure économique et l’exposition au changement climatique. Et pourtant, souligne la BAD, « la région de l’Afrique de l’Est dispose de plusieurs opportunités de renforcement de la résilience climatique grâce à la transition vers une énergie propre ». Les domaines clés de la résilience climatique comprennent des mesures d’adaptation telles que l’abandon des « combustibles sales » au profit d’« options énergétiques propres », bénéfiques sur le plan environnemental, social et économique.

La diversification des services énergétiques et les investissements dans des techniques de cuisson propre sont tout aussi importants. « Ces actions sont essentielles pour favoriser le succès à long terme des modes de développement à faible émission de carbone. » L’Afrique de l’Est, comme le reste du continent, est confrontée à d’importantes dettes de carbone générées par l’industrialisation dans le monde plus développé. La dette carbone de la région est estimée, en utilisant le coût social actualisé du carbone, à 4 956 dollars par habitant pour la période 2022-2050, ce qui signifie que l’on doit à la région 1 960 milliards $, calcule la BAD. Si elle était indemnisée chaque année de la période 2022-2050, l’Afrique de l’Est devrait recevoir une compensation pour le changement climatique estimée à 70 milliards$ par an en vertu des principes de « responsabilités communes, mais différenciées » tenant compte des dommages climatiques historiques. En outre, la dette carbone de l’Afrique de l’Est dépasse celle des autres régions d’Afrique.

 

Les voies d’une transition énergétique juste

Selon les calculs de la BAD, les tendances actuelles démontrent qu’il est peu probable que les conditions nationales africaines soient réalisées, tout comme de nombreux autres Objectifs de développement durable. Face à ces chocs émergents, un ensemble d’interventions politiques doit être envisagé pour stimuler la reprise économique post-Covid-19, renforcer la résilience climatique et accélérer la transition énergétique juste en Afrique de l’Est.

La BAD émet quelques recommandations. À court terme, les décideurs de l’Afrique de l’Est devraient mettre l’accent sur le renforcement de la stabilité macroéconomique par la restructuration de la dette, la création de tampons fiscaux et monétaires temporaires. De leur côté, les partenaires au développement devraient lancer un dialogue des banques multilatérales de développement sur la transition énergétique juste afin de soutenir la région dans l’élaboration d’une position commune sur les voies d’une « transition énergétique juste ».

À moyen terme, il s’agit de mieux se préparer aux chocs climatiques, d’accélérer la mobilisation des ressources intérieures et de renforcer l’efficacité des dépenses afin de rétablir la stabilité fiscale, qui a également été érodée par la pandémie. Par exemple, il convient de créer un centre régional de connaissances et de politiques de transition juste dans les organes décisionnels existants en matière de changement climatique. La formulation d’une politique de transition juste qui réaligne les objectifs actuels d’atténuation du climat devrait conduire au développement des capacités et à l’assistance technique pour les pays d’Afrique de l’Est sur les transitions énergétiques justes, et donner l’opportunité de réaliser des plans de développement nationaux.

 

Diversifier l’économie

 « Ces efforts permettraient probablement d’accélérer la réduction de la pauvreté et le développement économique pour faciliter la synergie régionale dans le développement actuel des énergies renouvelables. » Ce, sans négliger le soutien et l’incitation auprès du secteur privé.

Enfin, à long terme, les pays d’Afrique de l’Est doivent mettre davantage l’accent sur le soutien à la diversification économique, notamment des exportations, afin de réduire la vulnérabilité accrue de la dette qui a entraîné une dépréciation persistante de la monnaie, l’inflation et une baisse de la croissance. En outre, l’amélioration des réseaux électriques régionaux et l’intégration des marchés « favoriserait le développement de diverses énergies renouvelables à moindre coût ».

Les autorités et les partenaires au développement devraient également intégrer la transition juste dans les programmes de financement existants et à venir pour les initiatives d’énergies renouvelables, et également exploiter des technologies comme la géothermie, le solaire, l’éolien et l’hydroélectricité, « afin de synchroniser et de multiplier les possibilités déjà abondantes de lutte contre la pauvreté énergétique dans la région ».

@AB

 

Écrit par
Aude Darc

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