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African Business

Aziz Senni, PDG de Cmontaxi : Entrepreneur à impact social

Fondateur d’une société de taxis en France, Aziz Senni est un serial entrepreneur social, notamment dans le transport. À 42 ans, ce Franco-marocain se lance un nouveau défi : réinventer le métier de taxi à Dakar, à travers le microleasing.

Dakar, Seydou Ka

Chaîne, bracelet, montre, bague… Assurément Aziz Senni aime les accessoires. « Je suis heureux quand je suis à Dakar », déclare-t-il entre deux gorgées de soda. À 42 ans, ce Franco-marocain, qui partage son temps entre Paris et Dakar, dispose déjà d’une solide expérience entrepreneuriale, de près d’une vingtaine d’années, dans le domaine du transport et de la mobilité.

En France, il a lancé ATA Île-de-France, la société de taxis collectifs qu’il a lancé il y a dix-sept ans, en s’inspirant des « taxis-brousses » bien connus en Afrique. Il a aussi dirigé un fonds d’investissement, Business Angel des Citées (rebaptisé Impact Partenaires), qui pèse désormais 110 millions d’euros, le premier en son genre en matière d’impact social en France. 

Cet engagement en faveur des cités s’est logiquement poursuivi en politique, au centre droit, notamment aux côtés de Jean-Louis Borloo. Une parenthèse qu’il dit avoir refermée depuis six ans : « Je suis retourné à ce que je sais faire, l’entrepreneuriat. » Il a notamment enseigné cette discipline dans plusieurs universités comme Paris-Dauphine et des écoles de commerce, et a publié trois livres sur la mobilité sociale, dont L’ascenseur social est en panne, j’ai pris l’escalier (Éditions l’Archipel).

La mobilité dans les gènes 

Originaire de Khouribga au Maroc, Aziz Senni a le tempérament des hommes du désert. Chez les Senni – nom qui signifie « chinois » en arabe –, le voyage, le transport, la mobilité font partie de l’ADN familial. Son père travaillait déjà à la SNCF, alors que son grand-père était nomade. Aîné d’une fratrie de six enfants, le…

Nous proposons aux taximen un véhicule neuf, un contrat de location-vente sur 60 mois, de payer 10 500 F.CFA/ jour et de devenir propriétaire de son véhicule au bout de cinq ans.

ment), c’est un parcours d’impact social. Gagner de l’argent oui, mais en faisant du bien, en apportant quelque chose d’humain. »

Un partenariat local 

Depuis 18 mois, son ambition est de révolutionner le métier de taximan. « J’ai juste pris mon expérience et ce que j’ai appris et l’ai adapté à une réalité locale, avec un besoin local. » L’idée part d’un simple constat : 95 % des taximen dakarois sont des locataires et la moyenne d’âge des véhicules est de 19 ans, tandis que 60 % du parc a plus de 34 ans.

« Aujourd’hui un taximan verse à peu près 10 000 F.CFA/jour (15,20 euros) à son propriétaire et ne devient jamais le propriétaire de son outil de travail. Nous proposons aux taximen un véhicule neuf, un contrat de location-vente sur 60 mois, de payer 10 500 F.CFA/jour et de devenir propriétaire de son véhicule au bout de cinq ans. » 

Expliquée ainsi, l’idée n’a rien de révolutionnaire. Des tentatives de modernisation du parc de taxis, Dakar en a connu. Par le passé, l’État du Sénégal avait noué un partenariat avec Seniran Auto dans ce sens, pour un bilan mitigé. C’est avec le même concessionnaire qu’Aziz Senni a signé un nouveau partenariat pour la fourniture des véhicules. « C’était une approche commerciale différente de la mienne », balaie-t-il, à propos de l’ancien partenariat entre l’État et Seniran Auto. 

Des applications de type Uber existent aussi en Afrique. Pourtant, Aziz Senni est convaincu de l’originalité de son offre. Celle-ci se veut globale, intégrant quatre métiers : la formation, le financement (microleasing), une application digitale de réservation de type Uber et la vente de produits et de services à bord, comme dans l’avion – l’idée est de mettre à la disposition du client tout ce qui se vend sur le trottoir –, et une régie publicitaire à l’intérieur et à l’extérieur du taxi. 

Pour le démarrage du projet, il a choisi le Sénégal comme porte d’entrée en Afrique. Avec l’ambition de se servir de cette plateforme d’expérimentation pour s’étendre dans toute la région, à Abidjan, Yaoundé, Cotonou… Cependant, il se défend de vouloir reproduire Uber en Afrique. Il juge que l’application est un « très bon outil ». L’idée est donc de réussir un mariage entre le savoir-faire du taxi et la technologie d’Uber, de prendre « le meilleur de chacun ».

Il ne s’agit pas uniquement de vendre des voitures, mais aussi de « valoriser » la prestation de taxi. « Le vendeur de voiture ne se soucie pas de savoir si son client gagne sa vie ou non, moi j’ai comme ambition de les accompagner pour qu’ils gagnent plus d’argent. C’est une vision globale, qui englobe l’humain, l’actif (le véhicule) et toute la valeur qu’on peut générer autour », précise-t-il. L’objectif du projet est de financer 3 000 taxis neufs à la motorisation propre en cinq ans et de générer un chiffre d’affaires de 19 millions d’euros HT et un taux de rentabilité interne de 20 % par an.

À la recherche d’un million d’euros 

Pour tester le concept, il a acheté deux taxis qu’il a mis en circulation. Après un an, le retour d’expérience est « très satisfaisant », considère-t-il. « Tout est prêt, il ne me reste plus que le carburant, c’est-à-dire le financement. » Sur le million d’euros dont il a besoin, il a un accord de financement de 100 millions de F.CFA (152 400 euros) auprès de la Délégation à l’entreprenariat rapide (DER), un fonds constitué par l’État du Sénégal pour accompagner les jeunes entreprises.

Pour le reste du financement, Aziz Senni privilégie d’autres pistes, jugeant les business angels français « trop frileux » sur des petits investissements en Afrique, « parce qu’ils ont peur de beaucoup de choses ». Il est en contact avec des partenaires du Moyen-Orient et des États-Unis. « Il vaut mieux des gens qui ne connaissent pas l’Afrique, parce que ceux qui la connaissent, la connaissent mal », énonce-t-il dans un éclat de rire. 

Co-président de la Commission « Nouvelles responsabilités entrepreneuriales » du Medef, Aziz Senni connaît parfaitement l’univers mental des hommes d’affaires français. « Si le projet marche et qu’on atteint 3 000 taxis, ils viendront en courant. Pas maintenant ! », prédit-il. Il aurait aussi voulu avoir des partenaires sénégalais, mais le secteur privé local ne se bouscule pas au portillon pour le moment. Qu’importe ! « Je n’attends personne », clame Aziz Senni. Un tempérament de fonceur !

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