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African Business

Antonio Pedro (CEA) : «Surmonter le double péril en Afrique centrale »

Un double péril à coup sûr

En septembre 2017, les États membres de l’Afrique centrale ont adopté le Consensus de Douala sur la diversification économique (grâce à l’industrialisation induite par les ressources et par le commerce) et le programme Made in Central Africa, des cadres que la CEA a élaborés en réponse à l’instabilité macroéconomique créée par la baisse des prix des matières premières en 2014.

En construisant des économies résilientes et structurellement transformées dans la sous-région, l’Afrique centrale briserait enfin les cycles vicieux des booms et des contractions associés à sa dépendance excessive à l’exportation des matières premières. La Covid-19 a rendu cet impératif plus évident et urgent.

De lourdes conséquences

Les prévisions de la CEA prévoient que, dans le pire des cas, l’économie africaine passerait de la croissance du PIB de 3,2% prévue pour 2020 à -2,6%, annulant deux décennies de gains tirés des réformes soutenues et une croissance positive. Les pays africains exportateurs de pétrole devraient à eux seuls perdre 65 milliards $ en 2020.

La CEA a aidé les pays à saisir les opportunités créées par la Covid-19 pour monter et déployer des plans directeurs de diversification économique et d’industrialisation que les États membres de la région avaient élaborés ou élaboraient.

La Covid-19 a durement touché l’Afrique centrale, principalement par les canaux de transmission des produits de base et du tourisme et la contraction de la demande intérieure. La pandémie a déclenché des perturbations du commerce international et un ralentissement de l’activité économique mondiale avec une baisse importante de la demande de biens et services, y compris le tourisme. Nos projections ont montré que les pays de la sous-région perdraient collectivement 4,1% de leur PIB prévu précédemment.

La sous-région a exporté la plupart de ses marchandises vers l’Asie (53%) et l’Europe (29%), deux des quatre régions les plus touchées par la COVID-19. Le ralentissement de la croissance dans le reste du monde, en particulier en Chine, a entraîné une baisse de la demande pour de nombreux produits d’exportation de l’Afrique centrale.

Cette situation a eu un impact négatif sur les exportations et les revenus, les prix du pétrole, des minéraux, du cacao et d’autres produits de base ayant chuté, la visite des touristes aussi. Pour les pays comme l’Angola, le Tchad, le Congo, la Guinée équatoriale et le Gabon, le pétrole représente plus de 50% des exportations totales et la part des rentes pétrolières dans le PIB dépasse 20%.

Avec une baisse de plus de 50% du prix du pétrole causée par l’épidémie, la situation budgétaire de ces pays s’est brusquement affaiblie, limitant leur possibilité de déployer des ressources adéquates pour répondre à la pandémie sanitaire ou stimuler l’économie, d’où un cas de double péril ! Les impacts négatifs de la maladie sur l’Afrique centrale ne se sont pas limités aux pays producteurs et exportateurs de pétrole.

Les restrictions de voyages en Europe ont réduit les revenus de Sao Tomé-et-Principe, tributaire du tourisme, et ont ralenti l’activité économique, entraînant une baisse de 34,2% du PIB, la plus élevée d’Afrique centrale et près du double de la baisse en pourcentage (18,5%) du PIB des producteurs de pétrole. Et l’exportation de la Guinée équatoriale, la deuxième pire réduction du PIB de la sous-région.

Quelles personnalités distinguer ?

Contrairement à la Chine, l’Europe ou les États-Unis, la sous-région disposait d’un espace et des capacités sanitaires faibles et des moyens financiers insuffisants pour faire face immédiatement à une pandémie aussi massive.

C’était le péril épidémiologique. De plus, l’espace budgétaire trop réduit de la sous-région hérité de la crise de 2014 a limité les moyens disponibles pour renflouer le secteur productif et stimuler l’économie. En 2020, la relance budgétaire en pourcentage du PIB de la France, des États-Unis et du Royaume-Uni était respectivement de 11,8%, 11,7% et 6,7%, contre une moyenne de moins de 1% en Afrique centrale. Là était le péril financier.

C’est là une manière bien brutale et incohérente de conclure, mais je n’ai pas pu résister à ajouter ce point.

Au lendemain de la Covid-19, le comité Nobel sera confronté à un dilemme pour choisir le lauréat du prix Nobel de la paix. Les infirmières, les médecins et les autres primo-intervenants feront partie des favoris du public avec l’OMS parmi les prétendants. Plus tard en janvier, les rédacteurs du journal Times auront également du mal à opérer un choix final sur la personnalité de l’année en spéculant entre leurs propres opinions et les résultats du sondage du choix du lecteur.

*Antonio Pedro est le directeur du Bureau Afrique centrale de la CEA (Commission économique des Nations unies pour l’Afrique). 

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