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African Business

Annoncia Badiabio : Le visage d’EY au Congo

Posée, sûre d’elle, éloquence remarquable, français truffé d’anglicismes du langage managérial, regard vif, petite taille… Annoncia Badiabio s’est fait une place dans un univers bien peu féminin.

Brazzaville, J.J Arthur Malu-Malu

La senior manager du cabinet EY au Congo est le prototype d’une jeunesse décomplexée, culturellement métissée et favorable à l’établissement de passerelles entre l’Europe et l’Afrique. Annoncia Badiabio est une collectionneuse de diplômes. Cette franco-congolaise se décrit, avec une pointe d’autodérision, comme une « baroudeuse tout-terrain » dotée d’une « tête de bébé ».

Que de chemin parcouru à ce jour depuis qu’elle est partie de son Congo natal… à 5 ans, pour se rendre en France où elle a suivi toute sa scolarité. Aujourd’hui, elle n’a pas de regret en jetant un regard sur son parcours professionnel atypique et haché qui n’a pas encore dévoilé toutes ses courbes, ses bifurcations, ses points de rupture et ses surprises. Elle n’en est pas peu fière. Et si c’était à refaire, c’est presque acquis qu’elle referait tout à l’identique, à peu de chose près.

Après avoir décroché son Executive Master spécialisé en gestion de grands projets, en sus de ses diplômes d’université, elle commence à s’impliquer dans le Club affaires Afrique, un réseau de la diaspora qui oeuvre en faveur du développement économique de l’Afrique. Dans ce cercle, elle rencontre d’autres jeunes Africains qui semblent, comme elle, séduits par l’idée d’aller « faire des choses » pour le continent.

À 38 ans, elle arbore un CV long comme le bras, enrichi au fur et à mesure par de solides références et d’exaltantes activités à l’international: AXA, Enablon (un éditeur de logiciels français spécialisé dans la gestion de risques qui réalise le gros de son chiffre d’affaires à l’étranger), etc.

Après quelques années de voyages réguliers en Europe, en Amérique et en Chine, se ravive un désir d’Afrique, une terre dont elle n’a jusque-là que de vagues souvenirs lointains de sa prime enfance de Brazzaville. L’Afrique exerce en elle un irrésistible pouvoir d’attraction.

« Il s’agissait, pour moi, d’assouvir ma curiosité, de découvrir ce continent et de me reconnecter avec mes racines. » Extraite tôt de l’environnement africain, elle a été élevée par sa tante qui a fait office de mère de substitution. « Ma mère était restée au Congo. Instinctivement, j’avais toujours su que je devais rentrer. À Brazzaville, les gens voyaient les obstacles et les difficultés de toutes sortes ; alors que moi, de mon côté, je voyais des opportunités à créer ou à saisir », explique Annoncia Badiabio.

OEuvrer pour le continent

Les cabinets de conseil ont toujours fasciné cette jeune femme qui a tenté plusieurs fois d’en intégrer un, sans succès. Après de brèves périodes de découragement, de doute et d’incertitude et après avoir essuyé quelques échecs dans sa quête d’emploi, elle essaie de s’inventer des ressorts pour rebondir… et repartir d’un nouveau pied. Elle prend ainsi le temps d’analyser, avec ses propres paramètres, les filières génératrices de consultants en région parisienne. Elle conclut que la plupart d’entre eux sont issus d’écoles de commerce. « J’avais besoin de me donner plus d’options, c’est pourquoi je me suis inscrite à l’École supérieure de commerce de Paris », indique-t-elle.

Après avoir décroché son Executive Master spécialisé en gestion de grands projets, en sus de ses diplômes d’université, elle commence à s’impliquer dans le Club affaires Afrique, un réseau de la diaspora qui oeuvre en faveur du développement économique de l’Afrique. Dans ce cercle, elle rencontre d’autres jeunes Africains qui semblent, comme elle, séduits par l’idée d’aller « faire des choses » pour le continent.

C’est à ce moment-là que PWC décide, enfin, de lui accorder sa chance. Elle est sur le point d’être embauchée à une période où ce cabinet d’audit et de conseil mondialement connu ambitionne de créer un nouveau vivier de talents pour l’Afrique. Alors qu’elle s’apprête à signer son contrat, l’un de ses recruteurs l’en dissuade et lui signifie qu’il passe dans le camp de la concurrence, chez EY, et lui propose de rejoindre la nouvelle équipe qu’il s’attelle à constituer. « J’ai accepté d’intégrer EY, parce que sa stratégie africaine était la plus aboutie », commente la jeune femme.

En janvier 2013, elle pose ainsi ses bagages à Kinshasa, en RD Congo, pour le compte d’EY. « Je n’ai pas vécu en Afrique. Je ne connais pas Brazzaville, ma ville natale, et j’arrive à Kinshasa pour travailler dans un secteur que je vois de loin, pour avoir côtoyé des consultants au fil de ma carrière et dans mon réseau relationnel. J’étais novice en tout », explique-t-elle.

Construire et développer

Cette première expérience lui apprend à tordre le cou aux idées reçues sur l’Afrique. Elle qui regardait ce continent de loin et en parlait lors de conférences, se mue peu à peu en une spécialiste. Après Kinshasa, EY lui confie un poste à Brazzaville, de l’autre côté du fleuve Congo. Ses fréquents déplacements sur le continent lui dessillent les yeux.

Se voit-elle naviguer un jour dans les eaux troubles de la politique congolaise ? « Hum… Je pense qu’il faudra en Afrique une nouvelle génération de dirigeants issus du secteur privé et au fait des réalités de la globalisation. Si la population ou les gens qui m’entourent m’accordent la possibilité de les représenter, pourquoi pas ? »

« Il est crucial que les compétences africaines reviennent sur le continent. Si les Africains ne bâtissent pas l’avenir de l’Afrique, je ne vois pas qui le fera à leur place », tranche-t-elle. « Je pense modestement que je suis devenue une spécialiste du Doing business en Afrique aujourd’hui. Le fait de travailler à EY est stimulant. Je ne fais pas un métier mécanique. Je ne suis pas là pour certifier les comptes des clients, regarder s’ils sont bien tenus, pour que je coche des cases et donne mon approbation qui va leur servir d’un point de vue réglementaire. Je suis là pour les aider à construire et à se développer. Je me définis plus comme un démineur, un “thinker”, un “problem solver” ».

Malgré son emploi du temps de ministre, ce bourreau de travail trouve le temps de lire. Beaucoup. Au nombre de ses auteurs favoris, figurent en bonne place Paulo Coelho, Jacques Attali, Calixthe Beyala, Chimamanda Ngozi Adichie, Dambisa Moyo…

« Dambisa Moyo est un modèle pour moi. Cette économiste brise les codes et jette des pavés dans la mare. Ses livres donnent une autre image du monde et des pays dits en développement. Ils donnent à réagir et aident à construire. Elle incarne la femme moderne dans toute sa splendeur, la femme éduquée qui s’assume », commente Annoncia Badiabio.

La jeune femme se rend compte que faire preuve d’autorité n’est pas toujours facile dans un environnement machiste. Elle sait cependant que le respect s’acquiert aussi sur le terrain des compétences, si on arrive à donner le meilleur de soi-même. Cette féministe dans l’âme a créé Initiative Elles For Africa, une ONG qui oeuvre pour l’autonomisation économique des Congolaises via l’entreprenariat.

Se voit-elle naviguer un jour dans les eaux troubles de la politique congolaise ? « Hum… Je pense qu’il faudra en Afrique une nouvelle génération de dirigeants issus du secteur privé et au fait des réalités de la globalisation. Si la population ou les gens qui m’entourent m’accordent la possibilité de les représenter, pourquoi pas ? »

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