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African Business

Un marché obligataire dynamique en Cemac

L’économiste Cédric Achille Mbeng Mezui dresse une photo du marché des obligations d’État en zone Cemac. Selon son analyse publiée par la BAD, un potentiel supplémentaire est à saisir, à condition d’attirer les actifs sous gestion des investisseurs institutionnels. Extraits.

Par Marie-Anne Lubin

Dans un contexte de crise sanitaire s’est engagé un débat animé sur la gestion de la dette extérieure de l’Afrique. Celle-ci avoisine 368 milliards de dollars, dont plus de 100 milliards $ sous forme d’euro-obligations. Ce, alors que les détenteurs mondiaux de capitaux préfèrent investir dans des titres à rendement négatif.

Les pays africains ont de plus en plus recours aux marchés obligataires locaux, depuis la crise financière de 2008. Le montant des obligations souveraines en monnaie locale émises par les gouvernements a atteint 200 milliards $ par an depuis 2009.

La stabilité du cadre d’investissement de la Cemac, la clarté apportée par la création d’un marché financier régional commun et la rentabilité des titres publics de la zone devraient attirer les investisseurs internationaux.

Même si la plupart des marchés obligataires africains sont peu liquides, les rendements sont positifs. Plusieurs pays ont prolongé la maturité des obligations émises (cinq ans, dix ans…), l’écart acheteur-vendeur se réduit et la taille et l’activité du marché secondaire s’améliore.

Dans le cas spécifique des économies de la Cemac, l’année 2019 a marqué un record avec un volume total d’émissions représentant près de 40% des ressources cumulées levées sur le marché des titres publics, depuis son lancement en 2011.

Les euro-obligations africaines représentaient environ 199 milliards $, le dollar étant la devise d’émission prédominante (85%), suivi de l’euro (14%). La valeur notionnelle de l’encours du marché des obligations d’entreprises africaines était d’environ 149 milliards $, largement dominée par les sociétés constituées en Afrique du Sud.

L’expansion de ces marchés a réduit la vulnérabilité de nombreux pays aux chocs extérieurs. D’une part, les réformes ont contribué à renforcer la demande sur le marché de la dette intérieure, à soutenir des politiques macroéconomiques plus stables et à promouvoir une évolution vers des systèmes de retraite gérés par des professionnels.

Des initiatives ont également été prises du côté de l’offre, par le recours régulier d’entités publiques et privées aux marchés nationaux de la dette, ainsi que par la transparence dans l’émission d’obligations. Progressivement, la collecte d’informations permet de construire des « courbes des taux » attractives.

D’indispensables réformes

En 2019, le secteur financier de la Cemac a franchi une étape majeure de son développement grâce à la fusion de la Bourse nationale de Douala et celle de Libreville. Sur la nouvelle place régionale, la BRVM, les émissions à court terme (moins d’un an) dominent le marché, avec un cumul de titres émis par tous les pays entre 2011 et 2019 s’élevant à 7 313 milliards de F.CFA (11,15 milliards d’euros). Le Gabon est le premier émetteur, suivi du Cameroun et du Tchad. Les banques locales détiennent près de 98% des obligations en circulation.

Ces derniers mois, les gouvernements ont mis en œuvre des réformes visant à renforcer la mobilisation des ressources nationales, en appui à l’intégration financière régionale et à la transformation structurelle des économies. Les États ont reçu l’appui des institutions financières régionales autour de la BEAC et des partenaires techniques et financiers tels que la Banque africaine de développement, la Banque mondiale et le FMI.

Le Cameroun possède la plus grande base d’investisseurs, suivi de la Guinée équatoriale, du Tchad, du Gabon. Cependant, compte tenu du potentiel du système bancaire de la Cemac, qui compte 55 banques, le Gabon et le Congo sont les systèmes bancaires les plus importants après celui du Cameroun.

À partir de 2019, les Trésors nationaux du Cameroun et du Gabon étaient les seuls à intervenir régulièrement sur le marché régional, via différentes maturités, permettant ainsi de publier des courbes de taux. Les écarts entre les rendements des titres gabonais et ceux du Cameroun varient de 121 à 615 points de base. Cette situation peut s’expliquer par le fait que le Cameroun accueille la plus grande base d’investisseurs de la sous-région, environ 50% des investisseurs en 2019.

Une attractivité à améliorer

Pour les pays de la Cemac, les conséquences de la crise pandémique ont été importantes, immédiates et multiformes. En ce qui concerne le marché régional des obligations d’État, l’effet de la pandémie de Covid-19 a été plus perceptible au deuxième trimestre 2020.

En réponse à l’urgence sanitaire et face à la baisse des revenus, les États d’Afrique centrale ont tous augmenté leur demande de ressources sur leur marché obligataire. L’effet Covid-19 a amplifié la dynamique amorcée au premier trimestre 2020, par l’émission d’obligations à plus longue échéance. Ainsi, au deuxième trimestre 2020, les émissions de bons du Trésor ont atteint 849,5 milliards de F.CFA (1,3 milliard d’euros), une hausse de 27,2% en trois mois.

Cédric Mbeng Mezui au micro

Les investisseurs basés au Cameroun restent les premiers investisseurs en titres émis par les Trésors du Cameroun et du Gabon, et ils sont également devenus les principaux investisseurs en titres émis par le Trésor congolais au deuxième trimestre 2020. Les écarts de taux se sont rétrécis entre le Gabon et le Cameroun.

Si les États de la région ont entrepris des réformes visant à une meilleure attractivité de leurs marchés obligataires, quelques autres actions restent à entreprendre pour accélérer le rôle du marché des titres souverains dans le financement des économies régionales.

En premier lieu, il semble nécessaire d’approfondir le marché en mobilisant les investisseurs nationaux, notamment les banques. Dans la zone Cemac, les dépôts de la clientèle sont en excédent, avec une couverture des prêts par les dépôts voisine de 140% en 2019. Or, les réglementations bancaires prudentielles ne limitent pas l’acquisition de titres d’État. Aussi, un relèvement du quota maximal de refinancement fixé par la Banque centrale permettrait une capacité d’investissement supplémentaire.

Du grain à moudre

Du côté des assureurs, il existe également un potentiel d’investissement. En effet, les compagnies d’assurance doivent respecter une limite réglementaire de leurs engagements, ce qui impose des achats en titres publics de 15% à 50% de leurs actifs. Le strict respect de cette réglementation, au plus haut des possibilités offertes, est une source d’opportunités de mobilisation de ressources pour le marché des titres publics.

Il en est de même pour les fonds de pension et de prévoyance. Les titres publics, notamment ceux de longue maturité tels que les bons du Trésor, constituent un outil approprié pour le placement des réserves techniques de la branche vieillesse du système de retraite. Une condition préalable est de mener des réformes conduisant à la viabilité et à la performance des fonds de retraite et de prévoyance dans tous les États de la Cemac et de tirer une croissance maximale du dividende démographique.

Parmi les autres acteurs figurent toutes les institutions financières non bancaires, les particuliers et les entreprises publiques et privées. Le plus souvent, ils préfèrent investir auprès des banques dans des dépôts à terme moins rentables que les titres d’État et avec un système fiscal beaucoup moins avantageux. On trouve là du grain à moudre pour attirer cette épargne.

En outre, la stabilité du cadre d’investissement de la Cemac, la clarté apportée par la création d’un marché financier régional commun et la rentabilité des titres publics de la zone devraient attirer les investisseurs internationaux.

En deuxième et dernier lieu, il faut renforcer le cadre macroéconomique, la gestion de la trésorerie et la gestion de la dette publique.

Une gestion prudente de la trésorerie et une dette publique durable réduisent le coût de la dette, et contribuent au développement d’un marché attractif et de qualité. Une transparence accrue permet aux investisseurs d’accéder à des informations fiables et en temps opportun sur les fondamentaux des États, afin de mieux évaluer le risque de crédit. Dans ce processus, il est essentiel de s’assurer que les Spécialistes en valeurs du Trésor (SVT) respectent le cahier des charges dans le cadre des titres publics aux enchères, et d’avoir une approche cohérente dans la construction de la courbe des taux.

Les États doivent mettre à profit toutes les techniques financières (gestion de la courbe des taux, allongement des maturités, etc.). Cette gestion dynamique doit être subordonnée à l’objectif d’émettre à moindre coût.

ML

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