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African Business

Trois priorités sous contraintes

Les économistes du FMI constatent que les pays africains, dirigeants politiques et autorités monétaires disposent de moins de marge de manœuvre. Ils distinguent trois priorités de l’action publique qui permettraient d’affronter la crise actuelle et de préparer l’avenir.

 

Par Laurent Soucaille

Dans la dernière livraison de ses Perspectives économiques régionales, le FMI dresse un tableau inquiet, mais sans catastrophisme, de la situation en Afrique subsaharienne. Les facteurs d’inquiétudes sont connus : retombées de la crise en Ukraine, inflation, pandémie qui tarde à s’achever, nouvelles tensions sur la dette, coup d’arrêt au développement humain, etc.

Dans une démarche plus prospective, les économistes du Fonds détectent « trois priorités immédiates » de politique économique, dans un environnement plus contraint, c’est-à-dire où les gouvernements, dans la plupart des cas, n’auront guère de marge de manœuvre pour choisir.

Ainsi, les pays africains devront-ils désormais trouver un équilibre entre inflation et croissance. Comme les volumes de production restent bien inférieurs aux niveaux enregistrés avant, la pandémie dans la plupart des pays, les banques centrales doivent trouver un compromis « difficile » entre juguler l’inflation et stimuler la croissance.

Pour parvenir à une croissance « solide, inclusive et durable », juge le FMI, les pouvoirs publics devront prendre des mesures résolues afin de diversifier davantage leur économie, de libérer le potentiel du secteur privé et de s’attaquer aux conséquences des changements climatiques.

Pour piloter cet arbitrage, les banques centrales devront se tenir prêtes à relever les taux si les anticipations sont à l’inflation, et se prémunir contre les risques que la hausse des taux d’intérêt fait peser sur la stabilité financière. Le tout en conservant un cadre d’action crédible fondé sur une forte indépendance et une communication transparente. « Certaines ont déjà commencé à relever leurs taux d’intérêt, et un resserrement plus marqué sera peut-être nécessaire dans de nombreux cas », préviennent les économistes.

Deuxièmement, il faut aux pays africains faire face aux retombées de la guerre en Ukraine, qui touchent la région au moment où l’espace budgétaire devient « extrêmement restreint ». Les ratios d’endettement public se situent à leurs plus hauts niveaux depuis le début du siècle, et de nombreux pays à faible revenu sont en situation de surendettement ou proche de celle-ci.

« Par conséquent, la riposte budgétaire doit être soigneusement calibrée et viser à protéger les ménages les plus vulnérables contre la hausse des prix des denrées alimentaires et de l’énergie à travers des transferts ou des aides ciblés sans accroître la vulnérabilité liée à la dette. »

 

Mieux maîtriser les dépenses

Aussi, les pays africains, surtout importateurs de produits de base, doivent-ils « redéfinir en profondeur les priorités de dépenses », par exemple en supprimant les subventions inutiles accordées aux entreprises publiques. Dans les pays exportateurs de produits de base, la hausse des cours de ces produits peut permettre d’engranger d’importants gains budgétaires exceptionnels, mais uniquement si les pouvoirs publics maîtrisent les dépenses consacrées aux subventions à l’énergie. L’essentiel de ces gains devrait ensuite être utilisé pour reconstituer la marge de manœuvre disponible, surtout dans les pays dont les finances publiques sont très vulnérables.

Au-delà des besoins immédiats, les pays devront pour la plupart poursuivre le rééquilibrage budgétaire afin de réduire la vulnérabilité liée à la dette et de créer les conditions d’une croissance à moyen terme plus solide et plus durable.

Le FMI le reconnaît : « Emprunter cette trajectoire complexe sera difficile, si bien que de nombreux pays auront besoin d’une aide internationale. » Et les économistes d’appeler les pays riches à « aller plus loin » que les engagements pris ces deux dernières années en matière de Droits de tirage spéciaux.

Troisième « priorité immédiate », pour laquelle tous les pays ne sont pas logés à la même enseigne, « gérer l’ajustement des taux de change ». Les devises africaines sont attaquées. Dans les pays à régime de change fixe, les autorités devraient trouver le juste équilibre entre les politiques monétaire et budgétaire pour préserver la crédibilité de la parité fixe.

 

 

Dans les pays dotés de régimes plus flexibles, une dépréciation peut contribuer à atténuer les effets du resserrement à l’échelle mondiale. Toutefois, même pour ces derniers pays, des décisions difficiles sont peut-être à prévoir. Et le FMI de mettre en garde contre la tentation d’une dépréciation (ou dévaluation) compétitive des monnaies.

Dans une optique d’après crise, il faudra que l’Afrique subsaharienne enregistre une croissance « solide, inclusive et durable ». L’air est connu, mais encore faut-il l’entonner. Pour ce faire, juge le FMI, les pouvoirs publics devront prendre des mesures résolues afin de diversifier davantage leur économie, de libérer le potentiel du secteur privé et de s’attaquer aux conséquences des changements climatiques.

 

De nouveaux circuits de financement

Rien de nouveau sur ce terrain : les Africains doivent moins dépendre des produits de base et tout faire pour réussir le pari de la Zone de libre-échange continentale africaine. Laquelle « doperait fortement la croissance et la compétitivité ». Les pays riches doivent aussi aider le continent à affronter les effets du changement climatique.

Les pouvoirs publics devraient aussi rechercher de nouveaux circuits de financement pour stimuler l’investissement privé, par exemple en accordant des aides transparentes et bien pensées, destinées à financer des projets d’infrastructures en collaboration avec les institutions internationales de financement du développement.

De son côté, « la transformation numérique ouvre aussi de grandes perspectives, mais soulève aussi de nouveaux problèmes et risques » ; parmi ceux-ci, la tentation d’adopter des monnaies numériques de banque centrale. Le débat se poursuit sur ce point.

@AB

 

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