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African Business

Les gains de productivité, clef de l’emploi en Tunisie

Dans une volumineuse étude, les économistes de l’OCDE explorent les pistes permettant à la Tunisie de se tourner vers des activités plus productives, donc créatrices d’emplois. Ce, par une démarche volontariste ou par l’aiguillon de la concurrence, inévitable avec la Zone de libre-échange. Morceaux choisis.

 

Par Laurent Soucaille

L’OCDE publie, en ce mois d’avril 2022, une étude économique très documentée sur l’économie de la Tunisie. Un tableau – en demi-teinte – du pays y est dressé. Deux chapitres sont consacrés à la description et aux commentaires sur l’action publique, ainsi qu’à la situation sur le front de l’emploi.

Sur ce point, les économistes, Robert Grundke, Steven Cassimon, décrivent, sans surprise, la situation du pays, caractérisé par un chômage persistant malgré un niveau de qualifications élevé. Ils soulignent quelques phénomènes moins connus, comme l’écart des situations entre les secteurs économiques, ainsi qu’entre les grandes villes et la province.

Dans les secteurs des services, l’arrivée de concurrents internationaux pourrait également entraîner une baisse des prix et une amélioration de la qualité, contribuant ainsi à des gains de productivité dans les secteurs manufacturiers utilisant ces services comme intrants.

Une fois décrite la situation, ils envisagent les pistes permettant d’« améliorer l’environnement des entreprises pour accroître la productivité et créer de meilleures perspectives d’emploi ». C’est bien, à leur sens, le manque de productivité de certains secteurs qui handicape le marché tunisien de l’emploi.

Aussi, jugent-ils, des réformes structurelles sont-elles nécessaires pour dynamiser le secteur privé et favoriser le développement d’activités à plus forte valeur ajoutée, de façon à pouvoir exploiter pleinement le potentiel, en termes de croissance économique, du nombre croissant de diplômés de l’enseignement secondaire et supérieur.

Seuls des gains de productivité rendront possible une augmentation des salaires réels et des niveaux de vie à long terme. Pour cela, il faut investir davantage et mieux dans le capital physique et humain, mais aussi allouer plus efficacement la main-d’œuvre et le capital à des entreprises et des secteurs plus productifs.

Pour l’OCDE, les obstacles à l’entrée et des réglementations anticoncurrentielles réduisent la concurrence et affaiblissent les incitations aux entreprises en place à innover et à améliorer les processus de production. « Les régimes d’autorisation pour entrer sur un nouveau marché ou offrir un nouveau produit ou service sont nombreux et imposent des procédures opaques et longues, ce qui décourage l’esprit d’entreprise et l’investissement. »

 

La productivité du travail ne doit plus reculer

De plus, le système fiscal est trop complexe en raison des différents dispositifs d’incitations et de subventions, qui entraînent une charge administrative élevée et découragent l’entrée sur le marché et la régularisation, en particulier pour les petites entreprises. De plus, la concurrence reste mal encadrée tandis que des grandes entreprises publiques monopolisent des secteurs non stratégiques et que contrôles des prix et subventions faussent la fluidité des marchés.

Tout cela empêche de nouvelles entreprises, sans doute plus dynamiques que les anciennes, de prendre place.

C’est pourquoi on observe, dans une Tunisie qui ne manque pas de diplômés, une diminution de la part des entreprises qui conçoivent des produits ou processus de production innovants et qui investissent dans le capital physique et humain ou dans la recherche et développement. La productivité du travail a reculé dans tous les secteurs.

« Il est crucial d’abaisser les obstacles à l’entrée et d’alléger les formalités administratives liées aux obligations d’autorisation à fournir pour entrer sur un marché ou pour investir, et de réduire la complexité excessive des dispositifs d’incitations fiscales et de subventions. » Certes, le pays avance dans la voie de la digitalisation mais cette transition numérique doit s’accompagner d’une réduction des obligations d’autorisation préalable et de licence, avec introduction d’une règle de consentement tacite, chaque fois que possible.

De plus, on a vu, dans de nombreux pays, comme le Portugal, qu’une centralisation des procédures administratives de création d’entreprise sous la forme d’un guichet unique a permis de réduire les formalités imposées aux entreprises et a facilité l’entrée sur le marché.

L’import-export est devenu plus compliqué pour les entreprises en Tunisie. La faible qualité des transports et des infrastructures numériques freine l’intégration nationale et internationale de l’économie, à quoi s’ajoutent les droits de douane et obstacles non tarifaires élevés protégeant les entreprises nationales. Là encore, les progrès sont bien lents, constatent les experts. Lesquels regrettent que faute d’aiguillon de la concurrence, les incitations à innover diminuent et empêchent la réaffectation des travailleurs et du capital vers des entreprises et des activités plus productives.

 

Ne pas redouter les technologies étrangères

Sur le plan des importations, les analystes avancent l’idée que les freins à l’acquisition de matériels performants (en raison de tracasseries douanières tarifaires ou non), affectent la productivité des entreprises tunisiennes. Elles ne sont pas protégées de la concurrence étrangère, mais au contraire empêchées de se développer.

« Les entreprises qui utilisent une technologie cédée en licence par une entreprise étrangère affichent une productivité des facteurs supérieure de 5,6 %, ce qui souligne bien l’importance de la réduction des obstacles à l’importation pour faciliter la diffusion de la technologie. »

Par exemple, calculent les économistes, une réduction de 50 % des droits de douane sur les intrants augmenterait d’environ 10 % la productivité du travail mesurée par la valeur ajoutée par travailleur. Ces gains de productivité stimuleraient les exportations, en particulier dans les entreprises jusqu’à présent axées sur le marché local, qui augmenteraient leurs exportations de plus de 25%.

Dans les secteurs des services, l’arrivée de concurrents internationaux pourrait également entraîner une baisse des prix et une amélioration de la qualité, contribuant ainsi à des gains de productivité dans les secteurs manufacturiers utilisant ces services comme intrants.

Enfin, l’ouverture aux échanges commerciaux apportera des gains de productivité, d’emploi et de salaire à long terme, mais elle est susceptible de provoquer des changements structurels dans l’économie. Cette évolution est déterminante s’agissant de la productivité, mais peut être une source de défis lors de la transition. C’est pourquoi « les entreprises doivent améliorer la qualité de leurs produits et modérer leurs prix élevés, fruits d’une concurrence peu développée sur le marché national. » Les économistes considèrent enfin que la Tunisie doit quelque peu modifier son système éducatif pour aider les jeunes à se tourner vers les métiers les plus productifs, mais considèrent que le pays n’a pas, dans ce domaine, un immense chantier devant lui, compte tenu de ses acquis indéniables.

@AB

 

 

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