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African Business Diaspora

Ambition Africa : le privé franco-africain prend les devants

Ambition Africa : le privé franco-africain prend les devants
  • Publiéoctobre 7, 2022

Les défis d’adaptation s’accumulent pour les entreprises françaises qui visent les marchés africains. Les secteurs réagissent par la présence sur le terrain mais les dispositifs publics tardent à suivre la tendance.

 

Réveiller l’engouement des entrepreneurs à s’exporter sur un autre continent après la crise sanitaire constitue un défi. Aux crises sécuritaires et politiques au Sahel s’ajoute le cycle inflationniste. C’est dans ce contexte que le rendez-vous des affaires franco-africaines Ambition Africa s’est déroulé, pour sa quatrième édition, à Bercy, le ministère français de l’Économie.

Marquée par un moindre engagement politique français, la conférence s’est reposée sur les acquis de son édition 2021. Il fallait chercher l’originalité dans les dimensions techniques de l’activité des grands témoins de la conférence.

Bertrand Walckenaer, Christophe Lecourtier, Nicolas Dufourcq, Emmanuel Tra Bi, Benoît Chervalier.

 

L’édition 2022 d’Ambition Africa était riche de 1 600 participants présentiels et virtuels. Elle a aussi été marquée par l’absence de profils politiques majeurs, surtout du côté français. Pourtant habitué de l’événement, Bruno Le Maire n’a pas fait le déplacement. C’est Olivier Becht, ministre délégué auprès de la ministre des Affaires européennes et étrangères, qui y représentait seul le gouvernement français. Épaulé par les dirigeants de nombreux opérateurs publics, il a rappelé les buts et les valeurs de la rencontre. « Ambition Africa a pour objectif de contribuer à créer de nouveaux courants d’affaires entre l’Afrique et la France : export et investissements vers l’Afrique, accueil des investisseurs africains en France, partenariats croisés, tous les modes de coopération sont envisageables pour peu qu’ils soient gagnants-gagnants. » Une manière de souligner l’importance égale donnée aux investissements avec les échanges commerciaux.

Arnaud Fleury, Cécile Camilli, Patrice Bergamini, Abdelmalek Alaoui, Mathieu Peller, Ludovic Subran

 

Depuis 2017, la France a créé et maintenu une nébuleuse de dispositifs ciblés par secteur, par taille d’entreprise ou par besoins en ressources humaines et en accès au capital. Et le ministre de citer « le Programme accélérateur Afrique géré par Bpifrance avec le soutien de Business France mais aussi le Pass Africa et les initiatives Meet Africa, Choose Africa et Digital Africa ». Des outils que vient compléter un volet souverain mené par la Direction du Trésor avec son programme de garanties des investissements des États africains partenaires. Ces programmes sont bien connus du public de 700 entreprises africaines venues de 43 pays. Et ils intéressent désormais moins que les retours d’expérience en situation de crise d’entrepreneurs et d’investisseurs, véritable intérêt de cette édition.

 

Défis de trésorerie

Les acteurs de terrain évoquent ainsi des dimensions techniques et parfois méconnues des candidats à l’installation en Afrique. La garantie d’un cadre juridique stable des investissements par les États, comme le remarque Ali Bougrine (UGCC Africa), en est un premier exemple : « Le Maroc, le Rwanda et la Côte d’Ivoire, entre autres, se sont dotés de cadres d’investissement étrangers. Hors réglementation, les écosystèmes doivent intégrer les acteurs publics pour régler les problèmes de double réglementation qui affectent les entreprises internationales et de prix de transfert. »

Rita Zniber, Abdou Diop, Ali Bougrine, Clément Kaiser.

En lancement d’activité sur le continent, les entreprises doivent aussi être attentives au défi de trésorerie que représentent des dépenses payées en devises et des recettes perçues en francs CFA. D’autant que le droit de rapatrier ses revenus n’est pas garanti sur tous les marchés malgré les progrès du droit des affaires. Les représentants des secteurs présentent en retour leurs solutions particulières dans cet environnement.

Dans l’industrie, l’expérience de la crise Covid a fait prendre conscience des maillons faibles des chaînes de valeur. D’abord, la nécessité pour les producteurs européens d’un ancrage sur le terrain. Stéphane Colin (AfricInvest Europe) en témoigne : « Dans la distribution médicale ou de pièces automobiles, le but du jeu est de “pousser” des stocks européens vers les bons distributeurs. Et il faut mentionner aussi l’enjeu de disposer de sites industriels. »

Isabelle Bébéar, Nicolas Manardo, Damien Braud, Stéphan Colin.

À ce titre, il cite l’exemple de Piriou, constructeur naval français exportateur dans le Golfe de Guinée. Cette PME « a su se projeter par une unité de service et de réparation à Port Harcourt » sans laquelle sa valeur serait moindre pour les acheteurs africains. La fermeture brutale de l’Asie et surtout de la Chine au plus fort de la pandémie a démontré que « la disruption des chaînes de valeur peut être extrêmement dangereuse » alors même que « les entreprises européennes ont besoin de recevoir de la vraie croissance venue d’Afrique et subissent la fatigue prolongée de l’effet de levier », commente Nicolas Manardo (Amethis). Qui donne l’exemple de l’urgence vécue par une entreprise italienne de matériel médical italienne de relocaliser ses produits intermédiaires au Maghreb et en Afrique subsaharienne, sous peine de faillite.

 

Des solutions de long terme

Le secteur agricole s’adapte aussi au contexte de crises et de conflits. Le ministre de l’Agriculture du Cameroun, Gabriel Mbairobe, a en charge un secteur qui est le « troisième pourvoyeur de devises par les exportations ». Pour ne pas perdre cette position financière à cause de l’inflation du prix du blé, son ministère s’est tourné vers la substitution par les farines de manioc. Celles-ci sont désormais utilisées par le tiers des producteurs, locaux ou étrangers, qui employaient le blé importé dans le pays. Au Tchad, l’élevage s’est maintenu par un partenariat étendu de 600 millions d’euros entre financements français, soutien public national et investissements mixtes dans la filière. Marc Debets (Apexagri), précise ce montage : « La notion de filière est importante pour intégrer la logistique et l’arrivée sur le marché. Au Tchad, on a structuré la filière bétail-viande en cinq zones industrielles par un PPP. Quand le privé joue son rôle de cette manière, il trouve à se financer. »

Rehema Julius, Izar Hyacinthe, Laetita Vagner, Caroline Rolshausen

Ces preuves d’adaptation visent à rassurer les entrepreneurs mais n’éliminent pas le besoin de viser des solutions de long terme. Stéphane Carré (Cerba Lancet Africa) rappelle que l’économie mondiale « a pris conscience de l’isolement de l’Afrique » par les problèmes logistiques d’un secteur de la santé africain « servi en dernier » pendant la pandémie. Et en matière de capacités productives, propres à rassurer les investisseurs, Ludovic Subran (Allianz SE) alerte et appelle au sursaut : « Le monde se rend compte que l’industrie est aussi importante et qu’un pays qui ne produit que des services peut rencontrer de très forts problèmes, nous l’avons vu en Afrique du Sud et au Rwanda. Le mythe de la tertiarisation de l’Afrique ne marche plus ! »

 

En couverture : Interrogés par Marie-France Reveillard : Rita Zniber, Gabriel Mbairobe, Amarah Moutotekema, Lydia Merrouche.

@AB

Écrit par
Nicolas Bouchet

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