Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

African Business

Alioune Ndiaye (Directeur exécutif d’Orange Middle East and Africa) : Un investisseur de long terme

L’Afrique a aussi besoin de transfert de savoir-faire, source de valeur ajoutée. Quelle est votre position à cet égard ? 

La force d’Orange Afrique-Moyen- Orient est d’appartenir à un grand groupe, qui dispose de ressources énormes en matière de Recherche & Développement. Les passerelles entre l’innovation et la recherche d’Orange d’un côté, et la filiale Orange Afrique et Moyen-Orient de l’autre, existent. Là où nous réformons fondamentalement, c’est que dans cette filiale, nous poursuivons ce mouvement que nous avions déjà engagé, soit d’accueillir de plus en plus de cadres et de talents africains, parmi les meilleurs. 

Dans quelles proportions ? 

Nous comptons, au total, 18 000 salariés sur notre périmètre, sur lesquels à peine 50 personnes sont des expatriés venant du groupe. Et de plus en plus, nous faisons venir des gens des pays, au niveau du corporate. Nous avons vocation à attirer les talents africains et à leur faire jouer un rôle important. C’est le talent qui compte, pas l’origine ! Et Orange est exemplaire sur ce point. 

À travers ces 18 pays, comment organisez-vous la mobilité afin d’homogénéiser l’entreprise, tout en favorisant les échanges des savoir-faire, d’un pays à l’autre ? 

Nous avons décidé de mettre l’accent sur les mouvements Sud-Sud, afin de favoriser un partage des cultures entre les différents pays. De plus, nous nous organisons de manière à nous retrouver ensemble dans chaque métier, de réunir tous les acteurs du pays au moins deux fois par an, d’abord pour faire le point sur le chemin parcouru, ensuite pour envisager les orientations futures, le travail que nous devrons faire en commun et les synergies que nous devrons développer entre nous. 

L’Afrique se trouve démunie face à la question des données. Comment peut-on les sanctuariser au profit des Africains, face à la prédominance des forces et d’intérêts extérieurs au continent ? 

Je répondrai sur deux aspects. D’abord, les pays africains décident, de plus en plus, de législations sur l’utilisation des données. Pour notre part, nous soutenons l’écosystème de recherche sur l’utilisation des données et les différents cas de leur usage.

Nous finançons des start-up, et nous formons des data-scientists spécialisés dans le traitement de ces données. Et nous identifions les cas d’usage les plus utiles pour nos opérations, mais aussi pour nos clients qui sont les premiers bénéficiaires de cette utilisation, qu’il s’agisse de big data, d’intelligence artificielle, ou plus simplement, d’analyse des données dans le cadre d’offres marketing destinées à répondre au mieux aux besoins des clients. 

Depuis votre arrivée, il y a un an et demi, qu’est-ce qui a changé au sein de votre filiale ? 

Nous déroulons un programme destiné à renforcer la perception d’un ancrage africain. Notre siège à Casablanca, c’est du concret ! L’appel aux compétences africaines participe aussi de cet esprit. J’ai aussi eu la chance d’arriver à un moment où nos pays ne connaissent pas de crise, ce qui nous a permis d’atteindre un niveau exceptionnel de croissance de nos résultats sur les trois ou quatre dernières années. Nous sommes aujourd’hui la première zone de croissance du groupe Orange. 

Comment répartissez-vous votre emploi du temps entre la réalité de terrain, vos voyages, vos déplacements, et la nécessité de demeurer proche de vos équipes ? 

J’ai passé toute ma vie dans les opérations, et j’aime ce que je fais. Je passe 60 % de mon temps dans les pays. Le reste est partagé entre Paris et Casablanca. À ce jour, j’ai visité 16 pays sur les 18 que compte mon périmètre. Cette lacune, les deux pays restant, sera comblée, dans les semaines qui viennent. 

Un groupe international tel qu’Orange suppose une clarté dans l’organisation stratégique, l’exécution et les modes opératoires, la rentabilité, etc., toutes choses qui manquent souvent à la culture africaine… Comment avez-vous pu transmettre votre vision et votre manière d’opérer ? 

Ce que vous dites est peut-être exact en ce qui concerne l’Afrique sur le plan général. Mais je ne pense pas que ça soit le cas pour Orange en Afrique. Notre modèle est solide. Il permet à la fois de générer de la croissance ; celle-ci, près de 5 % depuis dix ans, s’accélère puisque nous devrions atteindre 7 % pour 2019. Notre rentabilité, également, s’améliore. 

Notre modèle opérationnel nous permet donc de délivrer de la croissance et de la rentabilité. Tout cela dans un contexte où nous devons, bien entendu, intervenir en tant qu’opérateur responsable : sans négliger la question des bénéfices, nous tenons à démontrer, dans chaque pays où nous sommes, ce que nous apportons à l’écosystème du numérique et à la transformation numérique. 

Par exemple, nous avons ouvert des Orange Digital Centers, en Tunisie, au Sénégal, dans deux semaines en Jordanie, et bientôt dans tous les pays africains.

C’est un concept nouveau qui réunit sur un même lieu une école où nous formons gratuitement au codage des jeunes de 18 à 30 ans – au Sénégal, cette école a formé 300 personnes depuis deux ans, dont 85 % ont trouvé un emploi à l’issue de la formation, et les autres dans les six mois – ainsi que des structures destinées à aider les start-up qui démarrent, et à accélérer le développement de celles qui ont déjà atteint un certain niveau. E

t nous finançons aussi ces jeunes entreprises par du capital-venture, par le biais d’Orange Digital Venture, un fonds d’investissement de notre groupe doté de 150 millions d’euros, qui a décidé de dédier 50 millions à l’Afrique. La réunion de toutes ces entités dans un même lieu permettra vraiment à Orange d’être l’acteur principal de l’écosystème des start-up, de l’innovation, dans tous les pays où nous sommes, c’est-à-dire à partir de juin 2020. 

De Sonatel à Orange, avez-vous le sentiment d’avoir été transformé, depuis un an et demi, face à toutes ces responsabilités? 

C’est toujours un grand plaisir d’avoir la possibilité d’affronter des challenges plus importants. Oui, je suis passé de cinq pays à 18 pays. Ce n’est pas du tout la même échelle, ni la même complexité.

Mais cette situation permet d’un éventail beaucoup plus large de parties prenantes, de discuter au plus haut niveau à l’occasion de chaque déplacement dans les pays, et de mieux comprendre quels sont leurs besoins et leurs difficultés, et comment on peut y apporter notre « touche » Orange pour impacter la vie des populations et l’économie des pays.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts

Share This