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African Business

Alioune Ndiaye (Directeur exécutif d’Orange Middle East and Africa) : Un investisseur de long terme

Aujourd’hui, dans nos 18 pays, ce service est offert à 45 millions d’Africains qui étaient auparavant exclus de toute possibilité d’ouvrir un compte bancaire et d’utiliser un service financier. Ces 45 millions inscrits à Orange Money représentent plus du tiers du potentiel 

Le Sanza est un modèle de téléphone du futur : un téléphone classique auquel nous avons ajouté des fonctions évoluées de smartphone. Il permet aux gens qui ne savent ni lire ni écrire de l’utiliser.C’est pour nous une manière d’accélérer l’inclusion numérique à un prix défiant toute concurrence. 

de clients – sur une population de 125 millions de personnes. Dans certains pays, Orange Money représente jusqu’à 20 % de notre chiffre d’affaires global. Nous sommes donc passés d’un métier de connectivité de base – voix, messages, etc. – à un métier d’opérateur multiservice.

La réussite de notre transformation est donc passée par le constat de la diminution du trafic « voix », dont les revenus vont probablement disparaître totalement dans les années qui viennent, et d’une anticipation suffisamment précoce, par des investissements massifs dans les réseaux mobiles et fixes de très haut débit, notamment par le développement de la fibre, comme à Abidjan et à Dakar ou même à Amman en Jordanie.

Nous commençons également à installer la fibre au Mali – dans des quartiers où se trouvent les sièges des entreprises – où nous n’étions pas un opérateur historique. 

Une nouvelle approche ? 

Oui, nous pouvons même parler de logique disruptive en ce sens que nous aurions subi les effets disruptifs des OTT si nous n’avions pas réalisé tous ces investissements. En leur offrant ces services, nous avons finalement réussi à nous positionner au coeur de la vie de nos clients. Et d’autres services vont arriver demain, par exemple dans le secteur de l’énergie.

Aujourd’hui, un Africain sur deux n’a pas accès à l’énergie. En Afrique subsaharienne, 70 % en sont privés ! Nous avons donc commencé, depuis deux ans, à distribuer des kits solaires qui offrent à nos clients trois points d’éclairages, une prise téléphone, et une télévision en option.

Aujourd’hui, nous avons vendu plus de 25 000 kits avec, comme atouts, d’une part un énorme réseau de distribution – 900 000 points de vente sur le continent, ce qui représente le réseau le plus maillé en Afrique –, et d’autre part, notre brique de paiement Orange Money. Lorsque nous vendons un kit solaire à un client, nous disposons donc des moyens de recouvrer l’argent, ce qui n’est pas le cas de beaucoup de nos concurrents. 

Ce changement de rationalité suppose aussi un changement culturel complet dans l’approche des métiers. Comment éviter la dispersion dans cette stratégie ? 

Notre programme de transformation présente aussi un aspect important : non seulement un aspect africain, mais aussi une forme de mutualisation des ressources pour tous les pays. Nous essayons de créer des centres de services partagés. Nous favorisons un noyau de compétences-clé et nous développons l’innovation à partir de ces centres, localisés sur le continent. 

Au lieu d’observer ce qui se passe dans l’industrie des télécoms en Europe ou ailleurs pour le recopier en Afrique, comme nous le faisions auparavant, nous vivons au plus près des populations africaines pour mieux voir quels sont leurs besoins.

Orange Money n’aurait jamais été lancé en Europe, car c’est un service qui ne correspond pas aux besoins de populations bancarisées à 95 %. En Afrique, ce service correspond à un besoin vital. C’est la raison pour laquelle 45 millions de personnes l’ont adopté.

Le changement culturel suppose que ceux qui innovent soient localisés au coeur des marchés africains, vivent les mêmes besoins que leurs clients, et développent en conséquence des solutions susceptibles de répondre à ces besoins vitaux, sur les services financiers, sur l’énergie, sur l’éducation, sur la santé, etc. 

Face aux retards et aux handicaps de l’Afrique, ces nouvelles technologies permettent un certain rattrapage mais insuffisamment. Comment massifier cette stratégie ? En tant que filiale d’une multinationale, vous n’êtes pas à l’abri des critiques… 

Permettez-moi de revenir sur l’importance de notre métier en Afrique. Une étude publiée en 2018 par l’Union internationale des télécommunications (UIT), sous l’égide des Nations unies, a mesuré l’impact du développement numérique dans 34 pays.

Cette étude démontre qu’une augmentation de 10 % du taux de pénétration du très haut débit entraîne une augmentation de 2,5 % du PIB par habitant. L’impact direct sur le développement économique est donc réellement démontrable, et mesuré !

En tant qu’acteur majeur de cette pénétration du numérique, nous contribuons donc à générer plus de richesses dans les 18 pays où nous sommes présents. Les critiques dont nous pouvons faire l’objet – qui ne sont pas spécifiques à Orange mais qui visent tous les autres opérateurs Télécoms –, viennent de ce que nous sommes dans un secteur hautement capitalistique et que nous avons besoin de générer des bénéfices pour pouvoir investir. 

C’est un secteur qui demande des investissements énormes ! Il faut bien réaliser des bénéfices pour financer des investissements de l’ordre d’un milliard d’euros par an. Ce sont des chiffres qui peuvent paraître très élevés aux yeux des populations, mais c’est la caractéristique du secteur. 

Chez Orange, nous accompagnons nos clients pour leur ouvrir l’accès aux terminaux qui leur permettent d’utiliser nos services numériques. En décembre 2018, nous avons lancé le Sanza, un modèle de téléphone du futur : un téléphone classique auquel nous avons ajouté des fonctions évoluées de smartphone.

Son avantage réside d’abord dans son prix peu élevé, autour de 20 dollars. Il offre, aussi, une fonction de reconnaissance vocale, ce qui permet aux gens qui ne savent ni lire ni écrire de l’utiliser sans avoir à composer un numéro ou à effectuer d’autres manipulations.

Nous l’avions lancé en même temps que la 3G, et en décembre 2019, nous allons lancer un nouveau Sanza 4G XL, dans le cadre d’un partenariat avec itel et KaiOS, une start-up très performante, qui coûtera moins de 30 $, et qui offrira la reconnaissance vocale.

Ce lancement est prévu dans sept pays, notamment au Cameroun, au Sénégal, au Mali… Un téléphone 4G, à ce prix-là, avec reconnaissance vocale et toutes les applications telles que WhatsApp, Google, Google Earth, Google Maps, c’est pour nous une manière d’accélérer l’inclusion numérique à un prix défiant toute concurrence. Aujourd’hui, un terminal 4G classique coûte au moins 70 $ ! 

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