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Algérie : Tebboune refuse l’aide bilatérale

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune refuse l’appui des institutions internationales, ainsi que l’aide bilatérale, face au choc attendu des recettes pétrolières de son pays. Il en appelle au civisme des Algériens.

Par Laurent Soucaille

 « L’endettement porte atteinte à la souveraineté nationale. » Tel est le credo martelé par le président de l’Algérie, Abdelmadjid Tebboune, qui refuse de contracter des prêts auprès du FMI (Fonds monétaire international) ou de tout autre organisme financier international. L’Algérie est, du point de vue de financier, dans une situation particulière.

Le pays s’apprête à faire face à une grave crise financière, du fait notamment de la chute des cours du pétrole. Pour autant, sa dette extérieure est très faible, de l’ordre de 2% – 2,5% du PIB. L’État a donc le choix : profiter de cette situation favorable pour se permettre un endettement supplémentaire auprès des non-résidents, ou au contraire, maintenir sa doctrine. Visiblement, cette dernière option l’emporte.

L’industrie pétrolière représente pas moins de 90 % des recettes extérieures du pays. Une dépendance à « la rente pétrolière » maintes fois dénoncée par les économistes et le patronat algérien, mais que les différents régimes n’ont affronté que bien lentement.

Dans les années 1990, le FMI avait imposé à l’Algérie des mesures d’ouverture de ses marchés et de réduction de la dépense publique, qui avaient accru les inégalités. Encore aujourd’hui, l’Algérie refuse le jugement des agences de notation financière.

Le Président redoute un « coup de massue » de la dette extérieure : charge de la dette accrue couplée à une baisse des revenus. Aussi préfère-t-il « emprunter auprès des citoyens plutôt qu’auprès du FMI ou de la Banque mondiale ». Ce, alors que les institutions de Bretton Woods, justement, prévoient une récession pour l’Algérie en 2020 (-5,2%), accompagnée d’un lourd tribut budgétaire.

Selon les prévisions en date du 15 avril, l’Algérie enregistrerait le pire déficit budgétaire d’Afrique du Nord (-20% du PIB), et le déficit le plus élevé de la balance courante (-18,3% du PIB).

Le Président a rappelé, lors d’une conversation avec les médias algériens, le 1er mai, la « mauvaise expérience » de l’endettement de l’Algérie auprès du FMI, dans les années 1990. Le Fonds avait imposé des mesures d’ouverture de ses marchés et de réduction de la dépense publique, qui avaient accru les inégalités dans le pays, par ailleurs en proie à la menace islamiste. Encore aujourd’hui, l’Algérie est un des rares pays du monde à refuser d’être noté par les agences spécialisées comme Moody’s ou Fitch.

Le refus de la planche à billets

Pourtant, les réserves de change de l’Algérie ont fondu, ces dernières années. Elles sont passées de 162,4 milliards d’euros en 2014 à près de 57 milliards d’euros fin 2019. D’autre part, selon les chiffres du gouvernement algérien, la dette publique intérieure a augmenté de 26% du PIB en 2017 à 45% du PIB en 2019. « Face à la crise du coronavirus, notre point fort était que nous n’étions pas endettés », a ajouté le Président.

Abdelmadjid Tebboune a révélé que des pays « amis » – sans les nommer – avaient proposé d’accorder des prêts à l’Algérie. Cette dernière décline cette offre amicale, pour le moment. De plus, le Président refuse catégoriquement l’injection massive de liquidités par la Banque centrale. À son sens, ce recours à « la planche à billets » conduirait à une explosion de l’inflation, à terme et donc, l’« effondrement du pouvoir d’achat du consommateur algérien ».

Abdelmadjid Tebboune une solution alternative à l’aide des institutions internationales ou à celle des pays amis. Les liquidités en circulation dans le circuit informel, a-t-il révélé, représentent entre 6 000 milliards de dinars et 10 000 milliards de dinars (43 à 72 milliards d’euros). Un rapatriement d’une partie de ces montants dans le secteur financier classique pourrait permettre à l’Algérie de financer des investissements, d’aider les PME, etc.

Maîtrise des coûts et des importations

Le Président assure que les propriétaires de fonds auraient « toutes les garanties et les facilitations pour contribuer à l’économie nationale ». C’est pourquoi il « préfère emprunter auprès des Algériens que d’aller vers le FMI ou d’autres banques étrangères ». D’autant que « lorsque nous empruntons auprès de banques étrangères, on ne peut parler ni de la Palestine ni du Sahara occidental », deux éléments essentiels à ses yeux, a-t-il argumenté lors de son point presse.

En contrepartie, l’Algérie devra réduire ces dépenses. Sur ce point, le Président considère que la consommation des réserves de change du pays sera lente, en comparaison avec les années précédentes ; et ce, grâce à « l’élimination » de la surfacturation et du surcoût des projets.

L’appel du pied du président algérien au civisme de « l’informel » doit se transformer en mesures incitatives, mesures auxquelles les circuits financiers classiques devront répondre favorablement. 

« Nous avons éliminé le phénomène de la surfacturation et avons réussi, partant, à préserver près de 30 % de nos réserves de change », a-t-il expliqué. Il mise essentiellement sur « la maîtrise des importations », en ce sens que le pays « n’importe que ce dont il a véritablement besoin ».

Sur le plan des besoins en biens alimentaires nécessaires, il estime que l’Algérie importe près de 8,8 milliards d’euros par an, environ. Il a fait savoir que de nombreux produits importés depuis l’étranger seront dorénavant produits localement et donc, bientôt « interdits d’importation ».

Reste deux inconnues. L’appel du pied du président algérien au civisme de « l’informel » doit se transformer en mesures incitatives, mesures auxquelles les circuits financiers classiques devront répondre favorablement.

Reste enfin la situation de la monnaie, régulièrement attaquée sur les marchés monétaires. Tôt ou tard, il faudra la défendre, surtout si la faiblesse des cours du pétrole persiste. Au gouvernement algérien de démontrer les bienfaits de sa doctrine.

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