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African Business

Algérie : Mieux exploiter les outils numériques

L’Algérie ne manque pas d’atouts en matière d’infrastructures télécoms, mais la fracture numérique demeure une réalité. L’État doit pousser à une diffusion plus large et plus inclusive des outils numériques, juge la BIRD dans une récente note de conjoncture.

Par Laurent Soucaille

Les perspectives économiques laissent présager une reprise fragile en 2021 pour l’Algérie, a confirmé fin juillet la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD). La filiale de la Banque mondiale pousse à l’accélération des réformes permettant de favoriser la croissance du secteur privé et de rétablir les équilibres macroéconomiques. Elle presse aussi le pays de se doter d’infrastructures de santé plus performantes. Selon son scénario de référence, le PIB devrait croître de 3,7 % en 2021 et de 2,5 % en 2022, retrouvant son niveau d’avant la pandémie.

Le gouvernement a lancé un programme ambitieux de réforme de la numérisation, qui nécessiterait des améliorations de l’infrastructure numérique. Une nouvelle Agence, une Stratégie nationale et un Plan d’action gouvernementale entendent améliorer la performance de l’administration publique.

Au-delà des réformes, la transformation numérique constitue un outil essentiel pour permettre à un pays comme l’Algérie de sauter des étapes et parvenir à des niveaux de productivité plus élevés, souligne la BIRD. Qui rappelle, dans une étude publiée à la fin du printemps, que la crise de la Covid-19 a mis en lumière le rôle vital de cet outil dans la société et combien il favorise une plus grande résilience économique. Les enquêtes auprès des entreprises menées dans le monde entier depuis le début de la pandémie signalent une dépendance accrue vis-à-vis des outils numériques (utilisation de l’Internet, médias sociaux en ligne, applications spécialisées et plateformes numériques), notamment pour appuyer les activités des entreprises.

La fracture numérique entre entreprises subsiste cependant, et elle est plus prononcée dans les pays de la région MENA (Afrique du Nord et Moyen-Orient) que dans d’autres régions en développement. On connaît les entraves à l’adoption de la technologie numérique et à l’innovation en la matière dans la région : le degré élevé d’informalité ; le manque de solutions de paiement numérique ; le manque d’incitations à l’innovation ; et des infrastructures numériques sous-développées et coûteuses.

Pour recueillir les fruits de la transformation numérique et permettre l’augmentation nécessaire du trafic Internet dans le contexte de la pandémie (entre +20 % et +50 %), les infrastructures numériques doivent être suffisamment développées, en particulier l’infrastructure à haut débit.

Des consommateurs avertis

Cela signifie que l’infrastructure mobile haut débit ne doit pas seulement être largement diffusée, même dans les zones isolées, mais aussi reposer sur la fibre optique (au niveau des liaisons terrestres) afin de fournir une bonne qualité de services, dans un contexte de trafic mobile accru et de congestion. Et afin d’éviter de concentrer tout le trafic sur les réseaux mobiles, l’infrastructure haut débit fixe doit être bien déployée, en particulier dans les zones urbaines, pour mieux répondre aux besoins des entreprises et des administrations.

En Algérie, l’indice de connectivité mobile révèle que malgré des consommateurs relativement avertis, ainsi que des prix avantageux, l’infrastructure numérique est à la traîne par rapport aux voisins comme l’Égypte, le Maroc et la Tunisie. Ce qui explique en partie le moindre développement des contenus et des services. Les réseaux haut débit en Algérie sont confrontés à des interruptions de service régulières, et offrent aux consommateurs une qualité de service modeste, une carence exacerbée par la crise sanitaire.

Les vitesses des communications à haut débit mobiles comme fixes sont inférieures à celles qu’on observe dans le reste de la région Maghreb, bien que l’Algérie ait engagé d’importants investissements publics dans le développement de réseaux de fibre optique, avec un réseau fédérateur d’environ 80 000 km. Pourtant, ce réseau pourrait positionner le pays en leader régional de la connectivité numérique.

Cependant, le partage des infrastructures entre les acteurs du marché reste limité, pour deux raisons principales. Premièrement, Algérie Télécom n’est pas suffisamment réglementée pour permettre l’accès de ses infrastructures à ses concurrents, et à des conditions raisonnables.

Deuxièmement, la Compagnie des infrastructures de télécom Algérie (Comintal), en charge de la commercialisation de l’infrastructure de fibre optique excédentaire détenue par des entreprises publiques, ne traite en pratique qu’avec Algérie Télécom, excluant tout autre concurrent. Cette pratique réduit les opportunités d’économies d’investissement pour les prestataires de services de connectivité, les fournisseurs d’infrastructure numérique et les utilisateurs d’infrastructures informatiques de la sphère économique.

Pourtant, juge la BIRD, la concurrence en matière de communication internationale et de données est nécessaire pour faciliter l’émergence de nouveaux acteurs sur le marché, et à terme réduire le coût et améliorer la qualité de l’accès à Internet, tout en promouvant l’emploi des jeunes.

BIRD Algérie Telecom

Un accès inégal au numérique

Pour soutenir une reprise inclusive et tirer tous les bénéfices du numérique, l’accès aux services numériques doit aussi être large et accessible aux groupes à plus faible revenu. Le classement de l’Algérie à l’indice Individuals Using Internet (Particuliers utilisant l’Internet) et la pénétration mobile se sont substantiellement améliorés ces dernières années. En particulier la pénétration mobile a connu une progression notable, surtout auprès des jeunes.

En dépit de cette amélioration, les réseaux 3G fournissant une couverture à 90 % de la population, les réseaux 4G couvraient 67 % de la population à fin 2019 et seulement 4 % de la population âgée de quinze ans et plus possède un abonnement à la 4G (1,2 million sur le plan national), ce qui place l’Algérie derrière ses voisins. L’accès aux services numériques est inégal, ce qui limite les progrès vers une économie numérique plus inclusive.

Les femmes, les personnes les moins instruites et celles qui vivent dans des zones isolées, disposent d’un moindre accès aux TIC (Technologies de l’information et de la communication), celui-ci restant limité par des contraintes de prix. On estime à 75 % environ la proportion des ménages algériens qui n’ont pas accès à Internet à leur domicile, un fossé substantiel existant en termes d’accès à l’Internet à domicile entre les ménages les plus riches et les plus pauvres.

Récemment, le gouvernement algérien a lancé un programme ambitieux de réforme de la numérisation, qui nécessiterait des améliorations de l’infrastructure numérique. Une nouvelle Agence nationale du numérique et une Stratégie nationale du numérique ont été lancées et le Plan d’action gouvernementale entend améliorer la performance de l’administration publique, notamment par le biais de l’amélioration des services numériques.

Le Plan porte également sur la nécessité d’optimiser l’infrastructure existante et d’augmenter les investissements afin d’améliorer l’accès de la population aux services Internet et l’accessibilité financière de ceux-ci. L’exécution de ce plan ambitieux soutiendrait à son tour l’objectif des autorités d’encourager une croissance tirée par le secteur privé et la transformation structurelle de l’économie algérienne.

LS

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