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African Business

OCP Africa en soutien de la filière riz en Côte d’Ivoire

Engagée dans une Stratégie de développement de la riziculture, la Côte d’Ivoire reçoit le soutien du groupe OCP. Le pays a accumulé du retard ces dernières années, mais prépare son retour à l’autosuffisance en riz.

Par Kimberly Adams

La Côte d’Ivoire et OCP Africa ont signé un protocole d’accord sur le riz. Il permet à la filiale du leader marocain des phosphates de participer à la Stratégie ivoirienne de développement de la riziculture (SNDR) 2020-2030 adoptée en mars 2020.

Le programme a pour objectif l’autosuffisance en riz d’ici 2025 et de faire du pays « un des plus gros exportateurs africains de riz à l’horizon 2030 », selon le communiqué du gouvernement ivoirien. Les signataires du mémorandum sont le ministre de la Promotion de la riziculture, Gaoussou Touré, et le vice-président Afrique de l’Ouest de OCP Africa, Mohamed Benzekri.

L’accord avec OCP porte sur le développement et l’innovation des fertilisants, la structuration des chaînes de valeur, la formation et la sensibilisation des riziculteurs aux bonnes pratiques et le développement de la digitalisation.

Pour le ministre Gaoussou Touré, il s’agit de faire basculer progressivement la filière d’une riziculture traditionnelle de subsistance non rentable à une riziculture de marché, moderne, performante, compétitive, rentable, durable et respectueuse de l’environnement.

La Stratégie nationale permettra également de faire du riziculteur un opérateur économique à part entière, un professionnel, gestionnaire d’une affaire rentable et durable qui créera des emplois et des richesses.

Ce partenariat porte sur quatre principaux domaines de coopération, précise Mohamed Benzekri. Premièrement, le développement et l’innovation de formules de fertilisants adaptées aux besoins des sols ivoiriens pour une fertilisation raisonnée.

Deuxièmement, le développement et la structuration de la chaîne de valeurs des activités rizicoles. Troisièmement, le déploiement de formation et de sensibilisation des riziculteurs aux bonnes pratiques agricoles. Et enfin le développement de la digitalisation pour la sensibilisation et le suivi des riziculteurs. L’approche de OCP Africa est de faciliter l’accès à des intrants de qualité, au financement, à la formation aux bonnes pratiques et aux marchés.

Des rendements en forte baisse

De son côté, le ministre Gaoussou Touré, qui s’est félicité de ce partenariat public-privé, a indiqué que « le développement de la riziculture constitue une priorité pour le gouvernement ».

En effet, l’enjeu est de taille pour une Côte d’Ivoire qui n’a aucune raison de ne pas retrouver l’autosuffisance alimentaire en riz, à moyen terme.

Après avoir doublé entre 2007 et 2015, la production de riz blanchi, le plus consommé dans le monde, stagne, autour de 1,3 million de tonnes par an. Les quelque 800 000 riziculteurs ivoiriens sont confrontés à de nombreux défis.

Dont le premier réside dans le manque de financement. Lequel décourage l’investissement dans les semences, les engrais ou les pesticides. Résultat : des rendements en forte baisse, pour une culture essentiellement vivrière et familiale. Les parcelles sont petites, les récoltes très dépendantes de la pluviométrie et les pertes de production sont énormes.

« Nous étions autosuffisants en 1976, nous pouvons le redevenir. Mais, pour l’instant, c’est compliqué », reconnaît Yacouba Dembele, le directeur général de l’Agence pour le développement de la filière riz (Aderiz). Cette agence est chargée, depuis janvier 2018, de dynamiser la filière.

Selon les calculs de la FAO, le pays ne couvre qu’une petite moitié de ses besoins. Les contraintes majeures au développement de riziculture en Côte d’Ivoire sont essentiellement le faible niveau d’utilisation des engrais minéraux et des engrais organiques et les importantes pertes post-récoltes.

La FAO pointe aussi des équipements souvent inadaptés et une formation des producteurs souvent inefficaces. La filière demeure, dans l’ensemble, encore très artisanale, tandis que la commercialisation du riz blanchi, au circuit inorganisé, est encore informelle.

Pourtant, la Côte d’Ivoire ne manque pas d’atouts. Son climat est globalement favorable à l’agriculture, notamment sur le plan de la pluviométrie (800 mm dans les zones les plus sèches, elle atteint 1900 mm dans la zone guinéenne). Ses populations rurales ont une longue tradition de la culture du riz, surtout à l’ouest du pays.

Le riz local subit aussi la compétition du riz importé, alors que « les prix sur le marché international ont connu une baisse tendancielle depuis 2013 », rappelle le cabinet de consultant Bearing Point. Le pays importe beaucoup et réexporte aussi une petite partie chez ses voisins, s’attirant d’ailleurs les foudres de ces derniers « qui visent aussi l’autosuffisance », reconnaît Yacouba Dembele.

Industrialiser la filière

La Côte d’Ivoire importe pour 450 millions d’euros de riz chaque année, et figure ainsi à la cinquième place mondiale des pays importateurs de cette denrée et à la deuxième place à l’échelle continentale. La première est occupée par le Nigeria qui a imposé, ces derniers mois, une taxe de 110% sur le riz étranger, avant de fermer certaines frontières.

Pour retrouver sa souveraineté sur la production de cette denrée stratégique, le gouvernement ivoirien mise désormais sur l’industrialisation de la filière et, nous le voyons aujourd’hui, l’engagement du secteur privé. C’est d’ailleurs avec des capitaux venus d’Inde que le pays a renforcé son parc industriel existant, par la mise en chantier de trente usines et de cent mini centres de production.

Les concessions de ces unités sont attribuées à des opérateurs privés, des transformateurs qui travaillent avec les petits producteurs en amont, et les distributeurs en aval. Le modèle repose sur la contractualisation : chaque acteur s’engage envers l’autre, sans présence directe de l’État.

KA

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