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Agriculture

L’enjeu du cacao durable

L’enjeu du cacao durable
  • PubliéMay 10, 2022

La COP15 d’Abidjan vient rappeler l’importance de changer de méthode dans la culture du cacao. Tandis que l’Union européenne envisage des négociations pour stabiliser les prix, les Nations unies félicitent la Côte d’Ivoire pour ses efforts.

 

Par Aude Darc

« Les Nations unies apprécient les efforts du gouvernement ivoirien en vue de la production d’un cacao durable. » Ces mots sont d’Amina Mohamed, vice-secrétaire générale des Nations unies, qui a conduit, dimanche 8 mai, une délégation à Soubré, dans le sud de la Côte d’Ivoire, afin d’évaluer les premiers résultats de la coopération entre l’ONU et le gouvernement, en faveur d’un cacao qui respecte la forêt et les sols. Les Nations unies militent en faveur de l’amélioration des revenus des producteurs, contre le travail des enfants, une éducation aux thématiques de l’agroforesterie et de la reforestation.

Diverses expériences menées, par exemple au Cameroun, ont montré que l’agroforesterie constituait une alternative crédible à la monoculture du cacao, à la fois en termes de productivité, de santé des sols et stockage de carbone, et de longévité des cacaoyères.

L’enjeu du cacao durable est au cœur des discussions de la COP15 d’Abidjan. Dès la cérémonie d’ouverture, le 9 mai, le président Ouattara a rappelé les engagements de son pays et les premiers succès rencontrés. Il n’est que temps. La monoculture du cacao conduit les agriculteurs à utiliser de nombreux pesticides, à assécher les sols, puis à les laisser en déshérence avant de saccager la forêt pour y trouver une nouvelle parcelle. Pourtant, le cacaoyer est un arbre supposé s’acclimater à la forêt, à condition de laisser la place à d’autres espèces végétales. En effet, à l’origine, le cacaoyer est un arbre de sous-bois de la forêt amazonienne, sensible aux écarts de température et qui a besoin d’une humidité constante. C’est la raison pour laquelle cette plante apprécie l’ombrage et l’humidité des sols des agroforêts. Le cultiver sur des parcelles nues et en plein soleil n’a aucun sens, si ce n’est celui de chercher des rendements élevés et immédiats, sans tenir compte de l’épuisement des sols.

 

L’agroforesterie a de l’avenir

« J’ai apprécié les efforts faits par les différents acteurs pour éliminer le travail des enfants, améliorer la productivité des récoltes et augmenter les revenus des familles. J’ai été impressionnée par les efforts fournis par le gouvernement ivoirien en collaboration avec le Système des Nations unies. Enfin, j’ai eu l’occasion d’apprécier les efforts faits par la Première dame, Dominique Ouattara, pour améliorer les conditions des enfants en situation de vulnérabilité en leur facilitant l’accès à l’éducation et au système de santé », a résumé Amina Mohamed.

D’autre part, on apprend ce 10 mai que les partenaires de l’Union européenne souhaitent entamer des discussions avec les deux grands producteurs que sont la Côte d’Ivoire et le Ghana, pour remédier à la faiblesse des prix du cacao.

En effet, on demande aux Africains des efforts, les prix du chocolat explosent face à la demande, mais le producteur de base est bien mal récompensé. La plupart des producteurs ivoiriens et ghanéens vivent avec moins d’un dollar par jour, s’insurgent les parlementaires européens.

Abidjan, capitale de la lutte contre la désertification

Ces derniers demandent donc, – faisant écho aux demandes africaines –, à la Commission européenne, le « gouvernement » de l’Europe, d’« engager rapidement des négociations officielles avec les gouvernements de Côte d’Ivoire et du Ghana pour parvenir à un pacte économique pour un cacao durable », indique une lettre en date du 27 avril 2022.

 

La responsabilité des consommateurs

Ce pacte permettrait de réguler le prix de la matière première et éviter les conséquences d’un éventuel choc sur les marchés. L’Europe représente environ les deux tiers des exportations de la Côte d’Ivoire en cacao brut. Un éventuel durcissement de la législation européenne obligerait notamment les négociants à ne plus faire appel aux fournisseurs aux pratiques jugées contraires à l’éthique. En 2019, Côte d’Ivoire et Ghana ont imposé une prime de « revenu vital » sur les achats de cacao, afin d’augmenter les revenus des producteurs, mais les deux pays ne peuvent aujourd’hui que déplorer la mauvaise application de cette mesure.

Diverses expériences menées, par exemple au Cameroun, ont montré que l’agroforesterie constituait une alternative crédible à la monoculture du cacao, « à la fois en termes de productivité, de santé des sols et stockage de carbone, et de longévité des cacaoyères », explique le Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement). Pour l’organisme français, les arbres associés aux cacaoyers assurent des bénéfices complémentaires aux planteurs, notamment grâce à leurs fruits (avocats, agrumes, mangues, banane, plantain…).

La lettre des parlementaires européens témoigne, une nouvelle fois, que le cacao durable est aussi un enjeu pour les pays consommateurs. Par exemple, la France, vingtième pays consommateur au monde, s’est engagée, en octobre 2021, dans une initiative d’encouragement de la filière. Elle repose sur les trois engagements salués de leur côté par les Nations unies : améliorer le revenu des producteurs de cacao, mettre fin aux approvisionnements de cacao issus de zones déforestées, et lutter contre le travail des enfants dans les régions productrices.

Amina Mohamed (au centre) en visite dans la région de Nawa, en Côte d’Ivoire, le 8 mai 2022.

 

@NA

Écrit par
Aude Darc

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