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African Business

L’avenir de l’agriculture passe aussi par les petits paysans

Comment moderniser l’agriculture africaine quand celle-ci est essentiellement le fait de très petites exploitations ? Plusieurs spécialistes de cette question indiquent les pistes retenues, les expériences réussies ou celles à améliorer.

Par Paule Fax

Plusieurs décideurs du monde agricoles ont répondu à l’invitation de I-Conférences pour débattre de l’agriculture dite « à petite échelle ». Comment parler d’agrobusiness, d’agro-industrie, dans un continent où les exploitations sont très réduites et où domine encore, dans certaines régions, l’agriculture de subsistance ?

Marie-Claire Kalihangabo est coordonnatrice du mécanisme de la BAD pour la fertilisation des sols. Elle cadre d’emblée le débat sur l’agriculture « à petite échelle ». Elle considère que l’Afrique a le potentiel pour devenir autosuffisante et pour devenir un acteur agricole sur les marchés internationaux.

Au Ghana, 4 000 femmes ont bénéficié d’accès à la mécanisation, grâce au recours d’une start-up. Celle-ci ne réalise pas de miracles, elle ne fait que mettre en relation ces femmes et les grands agriculteurs ou coopératives qui ont des tracteurs !

Le continent dispose des terres, des hommes, etc. « Pourtant, l’insécurité alimentaire touche encore trop d’Africains. » Parmi les principales raisons, le fait que les paysans tissent des liens insuffisants avec les marchés, que ce soit du côté des intrants que du côté de l’offre. Le continent compterait 33 millions d’exploitations de moins de 2 hectares ; elles représentent 80% des exploitations. Et leurs contributions à l’économie restent marginales.

Gaoussou Touré est ministre de la Promotion de l’agriculture en Côte d’Ivoire. Il explique sa stratégie en la matière : « mettre au centre le producteur. » Il part du principe que tout commence et tout se termine par lui, en agriculture.

Le ministre récuse le terme de « petit agriculteur ». La politique économique privilégie l’essor du secteur privé, l’entreprise agricole. « Notre politique vise l’intégration dans la chaîne de valeur, c’est-à-dire que nous partons de l’éducation, l’aménagement des parcelles, l’exploitation proprement dite… »

L’encadrement, les conseils, l’apport des intrants sont des éléments essentiels pour que l’agriculteur ne manque de rien. En Afrique, les producteurs travaillent, en effet, sur des petites parcelles réduites, en moyenne de 0,5 hectare dans le riz.

Personne ne peut être rentable avec des parcelles si petites ; il faut au moins cinq hectares. Pourtant, la riziculture est essentielle en Afrique de l’Ouest. C’est pourquoi la Côte d’Ivoire a l’ambition d’augmenter la taille des exploitations.

Cette stratégie passe, notamment, par la réunion en coopératives. Lesquelles pourraient représenter jusqu’à 250 hectares. « En mutualisant les ressources, personne ne se sent lésé. »

Apporter de la valeur ajoutée

Cette tâche est semée d’embûches. Ainsi, des pays ont, dans le passé, tenté de faciliter la mécanisation, en distribuant du matériel aux coopératives.

Cette expérience n’a pas été couronnée de succès, parce que les investissements de base n’ont pas été faits, parce que personne ne sait réparer les outils, on ne peut pas compter sur la débrouille !

D’autant qu’il a fallu surveiller les abus, par exemple dans la mauvaise utilisation des intrants. Soutenir les agriculteurs, c’est aussi soutenir la maintenance de l’outil de production.

Lahcenn Ennahli est vice-président pour l’Afrique de l’Ouest de OCP, le producteur marocain de phosphates. Il considère que la question de la petite agriculture en Afrique n’est pas insurmontable, mais qu’elle est complexe. « Y répondre demande de la volonté politique et de lourds investissements. »

L’agriculture fait appel à beaucoup de secteurs (recherche, infrastructure, éducation, santé, finances, etc.) ce qui demande une implication générale de ceux qui sont engagés dans la chaîne de valeurs. Chacun apporte sa pierre.

Un groupe comme OCP est passé du simple statut de producteur de roche phosphaté à fournisseur d’engrais et même, désormais, transformateur de cet engrais en fonction des besoins spécifiques des fermiers.

Ainsi, les industriels comme OCP « apportent davantage de valeur ajoutée à l’industrie ». Cette montée en qualité est la stratégie à suivre, en Afrique, en dépit du défi consistant à impliquer tout le monde.

« Les États doivent s’appuyer davantage sur le secteur privé, pour améliorer les chaînes de valeur. Nous connaissons les savoir-faire, les besoins, la manière d’encadrer les fermiers, etc. »

Par exemple, l’accès aux intrants constitue une grande difficulté pour les agriculteurs, mais cette question n’est pas insoluble. On le voit au Nigeria, qui vient de décider l’accès au financement des fermiers avec des crédits à taux zéro ! Quand on connaît les taux d’intérêt demandés (20% à 25%, parfois plus), il s’agit là d’une belle mesure incitative.

Mutualiser les ressources

Bien sûr, il est évident que des infrastructures aménagées et modernisées amélioreraient le marché ; la transformation doit être encouragée, par des infrastructures dédiées qui fourniraient des débouchés aux agriculteurs.

Enfin, sur le plan foncier, Lahcenn Ennahli rejoint le ministre Gaoussou Touré : les réformes à engager doivent permettre l’agrégation des fermiers, afin de dégager des économies d’échelle. Mettre ensemble les fermiers permet de mutualiser les tracteurs, par exemple. Pour 50 fermiers, ou 50 hectares, un tracteur suffit.

La valorisation des ressources – l’Afrique n’en manque pas – et la mise en synergie de tous les acteurs concernés peuvent augmenter la production de 30%, en première étape, selon les calculs du vice-président de OCP.

Qui en veut pour preuve l’exemple du Sénégal, où l’implication de tous les acteurs a grandement amélioré la filière lait. Enfin, l’agriculture doit mieux profiter des innovations technologiques.

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